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BRAVO, LES LIONS

Hervé Renard: «On a savouré l’instant présent. C’est le plus important. On aura le temps de se tourner vers l’avenir».

Il est près de 22h ce lundi 25 juin 2018 au Stade de Kaliningrad, capitale de l’exclave russe du même nom, et l’arbitre ouzbek Ravshan Irmatov vient de siffler la fin de la rencontre entre l’Espagne et le Maroc, troisième et dernier match de l’équipe nationale marocaine dans la Coupe du monde de football qui se tient depuis le 14 juin en Russie.

Dans la première minute du temps additionnel, l’attaquant espagnol Iago Aspas a, d’une talonnade, permis à son équipe d’arracher le nul 2 à 2 et par conséquent de chiper la première place du groupe B au nez et à la barbe du Portugal, rattrapé presqu’au même moment au score par l’Iran (1-1). Un but entaché de deux erreurs d’arbitrage, les énièmes à l’encontre du Maroc depuis le début de la compétition, après que l’Espagne se soit vu accorder un corner alors que les Lions de l’Atlas devaient bénéficier d’une sortie de but; lequel corner a, au surplus, été joué du mauvais côté.

Une erreur d’arbitrage, celle-là favorable aux joueurs marocains, aurait pu faire annuler la réalisation, puisque Iago Aspas a été faussement signalé hors jeu par l’arbitre de touche, mais M. Irmatov a décidé de se référer à cette désormais fameuse assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), qu’il n’a pourtant pas utilisée plus tôt en faveur de la sélection marocaine, alors que celle-ci aurait pu se voir accorder deux penaltys suite à deux mains dans la surface de réparation du défenseur central espagnol Gerard Piqué.

“VAR is bullshit”
L’ailier droit marocain Nordin Amrabat ne le faisait pas dire à la fin de la rencontre devant les caméras de la télévision: «VAR is bullshit», en gros que l’assistance vidéo, c’est de la m…, constat amer mais non dénué de vérité, devenu un hashtag sur les médias sociaux. Car une grande partie du public marocain a fait sienne la cause de son équipe, qui ne pouvait pas espérer mieux tant l’arbitrage et, quand ce n’était pas le cas, la chance étaient en sa défaveur.

D’ailleurs, au Stade de Kaliningrad, les supporters marocains, présents en masse en Russie et formant selon certains dires le premier contingent de supporters toutes nations confondues, en dehors bien sûr des supporters locaux, ont réservé une standing ovation du tonnerre aux Lions de l’Atlas, pour les remercier de s’être battus, pour eux, sur le terrain.

Un modèle d’abnégation
Chose improbable en d’autres circonstances, tant la culture du résultat était bien ancrée dans les esprits, quand bien même la sélection nationale pouvait dérouler. La voix enrouée d’émotion, le sélectionneur national Hervé Renard, grand artisan de ce retour en force de la sélection, a tenu à rendre un hommage appuyé aux principaux intéressés.

«Les Lions de l’Atlas auraient aimé lutter pour la qualification mais malgré le regret de passer si près de l’exploit, l’on doit être fier de ces joueurs et du public fantastique,» a-t-il lâché en conférence de presse. Sur Facebook et autres Twitter, beaucoup soulignent l’ironie de la situation, où on en vient à se mordre les doigts d’avoir fait match nul face à une équipe dont cinq des onze titulaires sont champions du monde, et d’avoir perdu la partie précédente face au champion d’Europe en titre, le Portugal, sur un but plus que controversé (défaite sur le plus petit des scores, 1-0). C’est que notre sélection se porte, malgré les apparences, bien. «[Les joueurs marocains] ont apporté la preuve de leurs capacités et de leurs moyens,» a lancé le sélectionneur espagnol, Fernando Hierro, en concédant que son équipe devait une fière chandelle à la VAR (les quotidiens sportifs espagnols de référence Marca et AS ont tous deux titré le lendemain «Vive la VAR !»).

Pas forcément la plus technique de l’histoire du football national, voire même laborieuse par moment sur ce plan à l’image de l’attaquant Khalid Boutaïb, jamais passé par un centre de formation et amateur jusqu’à l’âge de 27 ans, l’actuelle sélection se distingue surtout par sa combativité et un sens du sacrifice à toute épreuve. Nouveau héros, Amrabat, victime d’une commotion cérébrale lors de la défaite (0-1) face à l’Iran, et qui a néanmoins voulu continuer la partie, bien qu’il apparaissait à tout le monde qu’il était groggy et hors d’état de jouer.

L’esprit de Renard
Out en principe six jours, il est aligné en tant que titulaire face au Portugal, où de l’avis de nombreux observateurs il dispute une de ses meilleures parties sous les couleurs nationales. L’arrière gauche portugais Raphaël Guerreiro, chargé par son entraîneur de le marquer, s’est, à un moment du match, arrêté et souriait, tant il n’arrivait pas à maîtriser «la bête». Amrabat a même pris un risque inconsidéré en jetant au bout d’une vingtaine de minutes son casque de protection, malgré les avertissements du staff médical. Le modèle d’abnégation que tout le monde cherchait est tout trouvé. «Amrabat a été un véritable guerrier. Il voulait tellement jouer et a fourni une excellente démonstration de ses qualités,» a commenté, après le match, Renard. «On n’est pas les meilleurs du monde mais on a beaucoup de coeur et aujourd’hui on l’a vu. On a vu des joueurs comme [Mbark] Boussoufa qui font 1m50 gagner leurs duels contre des mecs qui font deux mètres. Je le cite parce que c’est le plus ancien mais je pourrais dire tout le monde. On a vu une équipe d’hommes» a, pour sa part, synthétisé le capitaine de la sélection, Medhi Benatia. Aziz Bouhaddouz, qui dans une autre vie aurait été cloué au piloris suite à son but contre son camp face à l’Iran dans la cinquième minute du temps additionnel, a été pris en sympathie par le public, ému par ses larmes.

Encadrement technique
Les Marocains ont été clairs: il est permis d’échouer, et même de faire des erreurs quand bien même elles soient fatales, mais pas de ne pas essayer de se relever et de tout donner. Un esprit que Renard a, au fur et à mesure depuis son arrivée aux commandes, su insuffler avec brio à son équipe.

Quoi qu’on pense de lui, les résultats sont en sa faveur: de 81ème mondiale, la sélection marocaine a aujourd’hui bondi de 40 places pour se positionner au deuxième rang arabe et quatrième au plan africain. Lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de 2017, il a permis au Maroc de se qualifier pour la première fois en treize ans aux quarts de finale, sans parler bien sûr de la Coupe du monde, que le Royaume n’avait plus disputée depuis 1998. Des équipes comme le Portugal, quatrième mondial, et l’Espagne, dixième, ont désormais toutes les difficultés du monde à se défaire des Lions de l’Atlas, alors qu’en novembre 2015 encore, ils avaient failli être éliminés de la course à la reine des compétitions footballistiques internationales par une sélection aussi faible que la Guinée équatoriale. Logique donc que beaucoup demandent la continuation de Renard. «Je pense que si demain, on lui donne une équipe européenne avec les joueurs qu’il faut, il aura largement la capacité d’aller chercher des titres. Il a les capacités, sans aucun doute. Je le dis par expérience, après avoir travaillé avec une multitude d’entraîneurs,» témoignait, admiratif, en janvier 2017, sur le site web du mensuel footballistique français So Foot, Cédric Tafforeau, analyste vidéo de la sélection.

Et justement, Renard aurait des envies d’ailleurs. Après le match face à l’Espagne, il a laissé planer le doute, en conférence de presse. «Pour l’instant on a savouré l’instant présent. C’est le plus important. On aura le temps de se tourner vers l’avenir,» a-t-il répondu à une question d’un journaliste de l’Agence France- Presse (AFP), qui lui posait la question sur son avenir au Maroc. Pas des plus clairs…

Un avenir incertain
De son côté, le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, a officiellement notifié à l’entraîneur, et ce dès après le match face au Portugal, qu’il voulait le voir garder les rênes au moins jusqu’à la Coupe d’Afrique des nations de l’an prochain, prévue en juin et juillet 2019 au Cameroun, mais qui pourrait bien être délocalisée vers… le Maroc en cas de désistement -fort probable- du pays de Samuel Eto’o.

Certains problèmes rencontrés ces derniers temps par Renard avec une partie de l’encadrement technique pourraient cependant le faire renoncer à aller jusqu’au bout de son contrat, qu’il avait renouvelé en juin 2017 jusqu’en 2022. On parle notamment d’un conflit avec son entraîneur adjoint, Mustapha Hadji, qui avait déjà eu maille à partir avec le précédent sélectionneur, Badou Zaki; raison, soit dit en passant, du limogeage de l’ancien gardien de but de la sélection en février 2016. À la fin du match face au Portugal, Benatia avait d’ailleurs pris à partie «certaines personnes proches de l’équipe [qui] pensaient qu’on était devenus des enfants gâtés depuis la qualification à la Coupe du monde, qu’on ne méritait pas d’être là».

«Nous les joueurs, on a voulu leur montrer à ces guignols de quoi on est capables, » a-t-il ajouté. Hadji serait, selon différentes sources médiatiques, la personne désignée par Benatia. À titre personnel, Renard a toujours rêvé de réussir en Europe, comme il l’avait avoué en février 2018 au micro de la chaîne qatarie BeIn Sports.

Le choix de la continuité
Son dernier passage sur le Vieux Continent, au début de la saison 2015/2016, s’était terminé sur un échec à Lille, en France -limogé au bout de quatorze matchs seulement. Mais beaucoup l’annoncent dans d’autres pays africains, et notamment à la tête de la sélection algérienne. Le président de la Fédération algérienne de football (FAF), Kheireddine Zetchi, l’a même donné, dans une déclaration à la presse la veille du match contre l’Espagne, comme favori pour succéder à Rabah Madjer, limogé quelques heures plus tôt. Une déclaration qui forcément n’aurait pas été vraiment du goût de Lekjaâ… L’Égypte fait également partie des pays prêts à accueillir Renard sur leur banc.

Alors que la course à la qualification à la prochaine CAN reprend en septembre, avec un match contre le Malawi probablement à Casablanca, le moins judicieux serait sans doute de changer une équipe qui, à défaut de forcément gagner, n’en tombe pas moins avec honneur…

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