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La bourde de Chabat

Mohamed Selhami

La Mauritanie fait l’actualité  politique du Maroc. Une  connexion aussi directe  sur la place publique entre  les deux pays, c’est assez  rare. Mais elle existe, pratiquement à  fleur de peau, ces derniers temps. Il  suffisait d’un mot inapproprié, d’une  phrase inopportune pour la déclencher.  Une déclaration, samedi 24  décembre 2016, de Hamid Chabat a  effectivement provoqué un faisceau  de réactions à Nouakchott et à Rabat.  Lors d’une assemblée de l’UGTM,  syndicat affilié au Parti de l’Istiqlal,  dont il est le secrétaire général,  Hamid Chabat a dit que “la Mauritanie  était une terre marocaine”. Tollé  diplomatique des deux côtés du  Sahara marocain.

On se parle à coups de communiqués  qui se télescopent et parfois s’annulent.  À Nouakchott, on s’indigne  bruyamment face à des propos qui  touchent à la souveraineté du pays et  à son intégrité territoriale. À Rabat, on  se confond en excuses. Le communiqué  du ministère des Affaires étrangères  et de la Coopération (MAEC)  «rejette vigoureusement les déclarations  qui portent atteinte aux relations  avec un pays frère».

Suite à l’entretien que S.M. le Roi a eu,  mardi 27 décembre 2016, avec le président  mauritanien, Mohamed Ould  Abdelaziz, où le Souverain a réaffirmé  «que le Maroc reconnaît l’intégrité  territoriale de la république islamique  de Mauritanie, conformément au droit  international», Abdelilah Benkirane  s’est rendu à Nouakchott pour une  présence qui a valeur de symbole  d’engagement institutionnel.  La tension est tombée, mais les  germes qui l’ont provoquée persistent,  avec les suites et les conséquences  aux niveaux national et  régional.

Hamid Chabat a-t-il raté une occasion  de se taire; le silence étant aussi  un langage politique! Une chose est  sûre, M. Chabat a prêté le flanc à tous  les détracteurs de notre cause nationale.  Les rattrapages du genre “On a  mal interprété mes paroles”, c’est un  peu court pour un leader politique.  Sans vouloir le charger plus qu’il  n’en faut, son statut sur l’échiquier  politique lui fait obligation de savoir  que sa parole est publique et qu’elle  est sujette à toutes les utilisations.  Surtout sur un terrain où l’équilibre  politique est si fragile qu’il peut, à  tout instant, devenir ouvertement  instable.

Comme prévu, le Polisario a sauté  sur l’occasion pour puiser dans son  arsenal verbal les vocables dénonciateurs  d’un “Maroc expansionniste  et colonialiste”, que l’Union africaine  ne peut accepter dans ses rangs.  Une aubaine qui fait mal, surtout à  quelques jours de l’ouverture du  sommet de l’UA à Addis Abeba et  juste après la récente tournée africaine  de S.M. le Roi.  Ceci dit, la présidence mauritanienne  n’a pas vraiment facilité la démarche  marocaine, qui privilégie le respect  des États et des territoires nationaux,  ainsi que leur intégration dans un  ensemble régional où il fait bon vivre,  en paix. Le factuel frontalier entre  les deux pays participe-t-il de cette  volonté qui permettrait l’installation  d’un voisinage apaisé et mutuellement  fructueux? Pas vraiment.

L’idée qui prévaut dans l’opinion  publique marocaine est celle d’une  Mauritanie qui s’est départie de sa  position officielle dans le conflit factice  autour du Sahara marocain. Un  exemple se déroule sous nos yeux,  celui de l’agitation du Polisario autour  de Guerguerat, dans nos provinces  sahariennes, et où la Mauritanie dispose  d’un poste frontière.

Dans ce foyer belliqueux qui s’incruste,  le moindre accrochage peut  prendre des dimensions incontrôlables.  S’il y avait suffisamment de  coordination bilatérale, l’actuelle  alerte diplomatique pouvait être  ramenée à sa plus simple expression  d’élément de langage malencontreux.  Sans plus.

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