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Boucs émissaires

Driss Fahli

Driss Fahli

A chaque fois que  survient un problème  qui soulève  le couvercle sur les  images honteusement  cachées de la société, il se  produit un tel buzz qu’on ne sait  plus à quel imam se fier. Dans  le brouhaha digital, bruyant  et irrationnel qui s’ensuit, il y  a toujours une cause désignée  toute prête : Tous nos malheurs  nous viennent du machiavélisme  invisible des sionistes. Les  cerveaux étriqués du pays, allant  du poids pois-chiche de l’analphabète  au poids sans matière  grise des nombreux docteurs en  sciences politiques en passant  par les doctes infatués de la  religion désignent la juiverie  comme responsable de notre  mal-être social et notre schizophrénie  comportementale.

Cela n’est pas étonnant car  chez nous, reconnaître notre  responsabilité dans notre sainte  débâcle sociétale n’est pas  la culture la mieux partagée.  Quand on arrive en retard, ce  n’est jamais notre forfait, c’est ce  satané réveil qui n’a pas sonné à  l’heure dite.

Qu’un verre se casse, ce n’est  pas une faute de notre fermeté  ramollie, mais c’est lui, matière  inanimée devenue soudain objet  doué d’intelligence cinétique,  qui s’est échappé par horreur de  la moiteur de notre main. C’est  ainsi que le fatwatiste salafiste  Abou Ennaim- le mot n’existe  pas encore, mais admettons  le comme celui qui sème des  fatwas takfiristes à tirelarigotconnu  pour ses élans verbaux  ses débordements à répétition  s’en est pris au Festival Mawazine  qualifié de «guerre contre  Allah et son Prophète et de  ruine de la Oumma». Le rhéteur  salafiste résume ainsi l’affaire  en nous disant que Mawazine  n’est qu’un plan diabolique du  sionisme. Il n’hésite pas à sauter  le pas pour attribuer illico presto  l’impact de la débauche de ce  festival qu’il décrie, à la main  cachée des juifs, de leurs enfants  et de leurs petits-enfants.

Rien  que cela!  Notre fatwatiste continue ses  vomissements épithètes sur  des média bien marocains et  sur la chaîne de télévision 2M,  tous qualifiés de sionistes. Les  chanteurs qui se sont produits au  festival en prennent aussi pour  leur ADN et les insultes ne sont  pas des plus tendres. Le Chef de  Parti Driss Lachgar et le chercheur amazigh Ahmed Assid  passent également à la casserole  verbeuse du Salafiste.  Abou Ennaim n’est pas le seul  hâbleur à parler de la sorte. Sur  les diarrhées verbales et médiatiques  qui ont suivi la publication  du film Much Loved on  pouvait lire dans un long article  d’un hebdomadaire, qui pestait  contre le film, que l’avortement,  la laïcité, la liberté de  conscience, l’homosexualité et  bien d’autres réalités criantes  de ce pays sont des terrains où  convergent les mains des néoconservateurs  américains, des  francs-maçons, et des menées  répétées du sionisme.

Ok docteurs, Ok rhéteurs. Nous  avons compris. Les dizaines de  foetus jetés quotidiennement  dans les poubelles faute de  pouvoir avorter, la prostitution  masculine et féminine à  ciel ouvert et tous les maux  sociaux ne sont pas des faits  marocains qu’il faut mettre en  exergue et résoudre au mieux  des évolutions de la société,  mais des tares à cacher, provoquées  par la main invisible  des Américains, des sionistes  et des francs-maçons qui se  sont ligués contre la Oumma  musulmane.  Avec ça, ce n’est pas demain  la veille qu’on va sortir de  l’auberge…

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