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Blocage contre-productif

Abdellatif Mansour

Au lendemain des législatives du 7 octobre 2016, on pouvait dire qu’une crise gouvernementale ne nous ferait pas de mal. Elle permettrait de décanter, en le rendant un peu plus visible, un paysage politique encombré et confus. En somme, elle ferait œuvre utile. Seulement voilà, plus le temps passe, plus cette quête d’une gouvernance de proximité devient lointaine. À ce jour, sa faisabilité paraît de plus en plus problématique.

Une complexité qu’elle n’aurait pas dû avoir, telles que les choses se présentaient au départ. Confronté à la valse des alliances et des mésalliances; des mariages arrangés, voire contre-nature; et des divorces contraints et forcés; l’échiquier politique devenait carrément inintelligible.

Du coup, le blocage, aussi bien installé que l’anticyclone des Açores qui amène de la sécheresse plutôt que de la pluie, s’est avéré contre-productif. La transition démocratique que nous vivons en a pris un coup. Dans l’opinion publique, l’idée qui s’est progressivement installée est celle d’un réseau de partis politiques dont on peut se passer et d’une représentation parlementaire gratuitement surajoutée.

En clair, ces deux superstructures institutionnelles seraient totale- ment inutiles. On peut s’activer et même vivre sans. La preuve, une législature qui commence mal avec une session d’automne-hiver tardive et orpheline.

Ladite session s’est même réduite à une séance de ratification de la charte de l’Union africaine (UA), après avoir officialisé la présidence de Habib El Malki et esquissé le peuplement partisan de quelques commissions. Quant aux partis, ils semblent être en congé forcé; même si certains d’entre eux, particulièrement ceux qui sont toujours en course pour quelques portefeuilles gouvernementaux, s’efforcent de s’activer comme ils peuvent, histoire de manifester des preuves de vie.

En apparence du moins, tout fonctionne sans gouvernement bel et bien ficelé et sans parlement tournant à un régime de croisière qui ne soit pas une somnolence en continu, avec vue imprenable sur un hémicycle aux trois quarts déserté. On est, à ce titre, devant “le mythe de la caverne” d’où l’on confond ombres et réalité.

Le problème, c’est que pour construire une démocratie digne de ce nom et reconnue comme telle, il est impossible de faire l’impasse sur des partis politiques agissants et un parlement normalement constitué. Une évidence qu’il est bon de rappeler pour que l’on cesse de taper sur les partis, comme si casser un thermomètre pouvait faire baisser la fièvre. D’autant que l’échafaudage démocratique en construction résiste difficilement au vide actuel. Des craquements commencent à apparaître.

Les chefs des partis ont de plus en plus de mal à expliquer à leurs troupes les facteurs objectifs de l’impossibilité de mettre en place une instance exécutive. L’oisiveté est mauvaise conseillère, dit-on. Chez nous, elle semble conseiller un ronronne- ment profond et un stand-by sans délai qui ne peuvent faire fonction de vie politique.

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