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BERRECHID ET LE RESTE DU MONDE

Abdellatif Mansour

On a envie de leur dire, donnez sur l’aire de jeu de quoi vous reconnaître à ces patrons de la première division.

C’est un gros événement sportif. Que dis-je, il dépasse le cadre étriqué du sport pour s’inscrire dans le factuel mondial. Vous ne le savez peut-être pas, je vous l’apprends volontiers, le CAYB (Club athlétique Yousoufia Berrechid) est monté en première division. Énorme. La nouvelle a vite fait le tour du monde du ballon rond. Berrechid, la métropole de la Chaouia nord, n’a pas fermé l’oeil dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 mai 2018. Les fast-foods de la devanture du boulevard principal et unique ont vendu plus de brochettes qu’il n’y avait de viande affichée pour en faire. Mystère. Dès la matinée, un porte-voix embarqué invitant le public à se rendre au stade municipal pour assister à la rencontre décisive CAYB-Rachad Bernoussi. Message reçu, le match s’est déroulé à guichet fermé. Berrechid, presque ville morte, car le tagine n’attend pas, mais la ville retient son souffle.

Bon, passons sur ces élucubrations de bon aloi. Rassurez-vous, il n’y a jamais eu de match du siècle, Berrechid contre le reste du monde. De même que le CAYB n’achètera pas Neymar, même bradé, pour incompatibilité avec le climat social des Ouled Hriz. Plus sérieusement, il faut rappeler que Berrechid a eu ses heures de gloire où l’unique moyen de distraction était le foot. C’était il y a un peu plus d’un demi-siècle; ça n’a pas changé depuis. Dans ce club fondé en 1927, la pratique du foot ne date donc pas d’hier, ni même d’avant-hier. Elle a des racines bien ancrées dans un passé proche de l’histoire du football national. Par on ne sait quel hasard, et ses voies insondables, le CAYB a eu la chance d’avoir dans ses rangs des joueurs d’exception.

Nous sommes dans les années difficiles de l’après indépendance. Le Maroc est en construction. Le football aussi. Les deux se complètent, sans effet réducteur d’un côté comme de l’autre; car c’est de l’image du Maroc renaissant qu’il s’agit. Pour donner une impulsion supplémentaire à un championnat prometteur, Hassan II avait créé, le 1er septembre 1958, le club foot des Forces armées royales (FAR). Passé l’effet d’annonce et les polémiques autour, il est vite apparu que cet intrus militaire dans un univers ludique, était un atout. Il a créé l’émulation.

Encore faut-il constituer un groupe à même de permettre de dégager une équipe. Tout au long de cette gestation, la vision royale s’est portée sur ces joueurs méconnus de Yousoufia Berrechid. Les meilleurs d’entre eux ont rejoint l’équipe des FAR, tels Driss Bamousse, Hattab, Mokhtatif et Beggar, le gardien de but, entre autres, qui arriveront dans la foulée. Très vite, l’ossature des FAR deviendra la colonne vertébrale de l’équipe nationale avec Driss Bamousse comme capitaine. Un double emploi national et international performant, à part des situations du genre «à l’impossible, nul n’est tenu». Aujourd’hui, le CAYB fait un retour, comme pour honorer ses anciens, défunts ou toujours en vie. On a envie de leur dire, donnez sur l’aire de jeu de quoi vous reconnaître à ces patrons de la première division qui ont fonctionné sans vous. Une précision sans l’ombre d’une subjectivité quelconque, je suis hrizi

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