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Benkirane prisonnier de ses alliés

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Voilà bien une situation singulière:  celle d’un remaniement  de ce gouvernement  qui est bien à l’ordre du  jour, mais qui n’arrive pas encore à  être acté. Le 7 janvier 2015, Mohamed  Ouzzine, ministre de la Jeunesse et  des Sports, présente sa démission. Il  n’avait pas d’autre choix compte tenu  de la rocambolesque affaire du stade  de football Moulay Abdellah, inondé  alors que devait s’y dérouler la Coupe  du monde des clubs. Passons… Ce  n’est que deux semaines plus tard,  le 20 janvier, que Mohand Laenser  se voit confier l’intérim. Ouzzine et  Laenser sont des dirigeants du même  parti, le Mouvement populaire (MP).  Pourquoi cet intérim a-t-il autant tardé?  En d’autres temps, il aurait dû être  assuré dans les délais les plus brefs  parce qu’il faut assurer la continuité  de l’Administration. Mais c’est oublier  que le secrétaire général de ce parti,  M. Laenser, n’a pas été en mesure de  proposer rapidement des noms pour  la succession de M. Ouzzine. Il a dû en  effet prendre langue avec les uns et les  autres –tous des “ministrables” d’ailleurs  au sein de son bureau politique–  et tenter d’arriver à une short liste.  Celle-ci a pu être finalisée laborieusement  autour de trois noms.
Il aura fallu pratiquement deux mois  pour mener à bien cette procédure  informelle de concertation et d’arbitrage.  Le Chef du gouvernement ne  s’est pas particulièrement ému de  cette situation, déclarant durant des  semaines qu’il attendait les propositions  de Mohand Laenser, responsable  de la formation concernée.
Quatre mois après la démission de M. Ouzzine, où en est-on? Rien de bien  précis, en vérité, et c’est bien tardivement  que le dossier a été soumis à  l’approbation royale constitutionnellement  requise, le Souverain se trouvant  à l’étranger depuis une vingtaine de  jours -notamment dans les pays du  Golfe- et il faudra donc attendre son  retour dans le Royaume pour que cette  situation d’intérim soit réglée.
Il est admis aujourd’hui que, au-delà du  seul département de la Jeunesse et des  Sports, il soit question d’un remaniement  ouvert à d’autres départements.  Quelle peut être la dimension de cette opération? S’étendra-t-elle à des secteurs  où les titulaires actuels n’ont pas  fait la preuve de leur crédibilité et de  leur visibilité? Manifestement, tout le  monde s’accorde à parler de “ratages”  de casting, même si les mis en cause  peuvent exciper de profils de qualité.  C’est le cas au RNI, peut-être même au  PPS et au PJD. On prête ainsi au Chef  du gouvernement en personne bien  des réserves sur “ses” ministres du PJD.  Il ne l’a pas caché dans une déclaration  publique voici plus d’un an. En tout  état de cause, les nouveaux promus n’auront pas beaucoup de marge de  manoeuvre. Ils vont appliquer un  budget inscrit au titre de la loi de  finances pour 2015 et s’en tenir strictement  à ce qui aura été prescrit.  De plus, pour le prochain exercice  2016, que pourront-ils bien décliner  en propre, les axes et les priorités du  programme du gouvernement étant  pratiquement verrouillés jusqu’à la  fin de la présente législature? Dans  tout cela, Abdelilah Benkirane a un  souci principal: celui d’assurer la stabilité  de son cabinet et de préserver  les équilibres de sa majorité. Difficile  d’escompter donc une relance et une  redynamisation de l’action gouvernementale  pour les douze mois restant  jusqu’au scrutin législatif de septembre  2016 relatif à la Chambre des  représentants. Au reste, le calendrier  électoral, qui va s’étirer dès le mois  de juin jusqu’à septembre 2015, ne  peut qu’être un facteur inhibant au  lancement des grandes réformes  attendues.
Au fond, ce gouvernement n’a pas  réussi, depuis son investiture à la fin  janvier 2012, à renforcer et à accélérer  la dynamique réformatrice sous  l’égide de laquelle il s’était volontiers  placé voici plus de trois ans. Il a pâti,  notamment, de la crise de la majorité  tout au long de l’année 2013,  liée aux conditions du retrait du  Parti de l’Istiqlal. Depuis janvier de  cette année 2015, il subit une autre  situation relative au limogeage d’un  ministre et à un remaniement “dans  l’air” depuis quatre mois. Un rythme  a été interrompu. Une gouvernance  accuse un déficit. Tout ce passif est-il  rattrapable?

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