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Le baptême du feu de Laftit

© ph: AFP

Il était là, le fils prodige: c’est dans  son Rif natal, plus précisément dans  la province d’Al Hoceïma, que Abdelouafi  Laftit, fraîchement auréolé de  son statut de ministre de l’Intérieur,  a effectué sa première visite de terrain  depuis sa nomination le 5 avril 2017. Point  de régionalisme là: c’est le roi Mohammed  VI qui l’a chargé d’aller à la rencontre des  instances élues, des services extérieurs et  de la société civile locaux pour réitérer sa  “sollicitude” à l’endroit de la province et  de sa population.

Une réunion s’est, à cet égard, tenue le  lundi 10 avril 2017 en présence notamment  du président de la région de Tanger-  Tétouan-Al Hoceïma, Ilyas El Omari,  du président du conseil municipal d’Al  Hoceïma, Mohamed Boudra, et du président  de l’assemblée provinciale d’Al  Hoceïma, Ismail Rais. Le wali de la région  Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Mohamed  El Yaâkoubi, et le gouverneur par intérim  d’Al Hoceïma, Mohamed Faouzi, étaient  également là.

Répondre aux revendications
La réunion s’est déroulée au siège de la  province dans son chef-lieu de la ville d’Al  Hoceïma. “Cette première visite (…) réaffirme  l’engagement de l’Etat à entamer la  mise en oeuvre de la grande majorité des  projets de développement inscrits dans le  cadre du programme de développement  de la province d’Al Hoceïma”, a, à cette  occasion, déclaré M. Laftit.

Les suiveurs de l’actualité rifaine auront  compris: c’est aux mouvements de protestation  qui, depuis la mort en octobre  2016 d’un poissonnier broyé dans la  benne-tasseuse d’un camion de ramassage  d’ordures, secouent la région que  s’adresse le ministre. M. Laftit les a d’ailleurs  clairement apostrophés. “Toutes  ces mesures ambitionnent en particulier  de répondre aux revendications des habitants”,  a-t-il indiqué. Il faut dire que les  manifestations ont été à leur comble ces  dernières semaines dans le Rif, au point  d’avoir provoqué, dit-on, la révocation  de Mohamed Hassad et de Charki Draiss  de leurs postes respectifs de ministre de  l’Intérieur et ministre délégué auprès du  ministre de l’Intérieur: vingt-sept éléments  des forces de l’ordre furent, en février  2017, blessés lors de heurts dans le village  de Boukidan, dans la province d’Al  Hoceïma. C’était lors de la commémoration  du cinquante-quatrième anniversaire  de la disparition du résistant rifain Abdelkrim  El Khattabi.

Un message positif
M. Draiss s’était d’ailleurs dès le lendemain  rendu à Al Hoceïma pour appeler  les pouvoirs publics à se pencher sur  l’accompagnement des plans de développement  dans la province. Le 26 mars  2017 cependant, le Rif allait de nouveau  enregistrer des affrontements entre manifestants  et forces de l’ordre, cette fois-ci  dans les villes d’Imzouren et de Beni  Bouayach. Quatre voitures et un bus des  forces publiques furent notamment brûlés  Dépêchés sur place le surlendemain, MM.  Hassad et Draiss sévissaient: le gouverneur  d’Al Hoceïma, Mohammed Zhar, est  le jour même rappelé à l’administration  centrale. Allaient également suivre dixsept  responsables locaux du ministère de  l’Intérieur, dont cinq pachas et dix caïds.  Leurs remplaçants sont, pour l’anecdote,  pour la plupart originaires des provinces  rifaines. “Le ministère de l’Intérieur a pris  une batterie de mesures visant à insuffler  un nouvel élan à la relation entre les autorités  locales, les citoyens, les associations  de la société civile et les acteurs politiques  et syndicaux, en dotant la province d’Al  Hoceïma de meilleurs cadres de l’administration territoriale à tous les niveaux”, a,  à cet égard, déclaré M. Laftit.
Les mots du ministre suffiront-ils cependant  à calmer le Rif? Dans la région,  certaines sources affirment que les  réactions ont été “positives”.

La “marche des linceuls”
“Que M. Laftit effectue sa première  visite en tant que ministre de l’Intérieur à  Al Hoceïma est déjà, en soi, un message  positif,” nous déclare Mohammed Ahaddad,  journaliste au quotidien Al-Massae  originaire d’Al Hoceïma et qui se trouvait  in situ lors de la réunion au siège de la  province. Ce dernier ajoute toutefois que les manifestants  sont, d’après lui, “difficiles”: il  faut dire que rien n’indique que le mouvement  de protestation perdra de son  intensité dans les semaines à suivre. Le  dimanche 9 avril 2017, soit la veille de la  visite de M. Laftit, une “marche des linceuls”  a été organisée à Al Hoceïma, qui  fait suite à des menaces de mort que la  mère du leader des protestataires, Nasser  Zefzafi, aurait reçues au téléphone  contre son fils: elle aurait indiqué aux  parties qui l’auraient appelée qu’elle était  elle-même prête à lui payer le linceul.

La libération, mardi 11 avril 2017, du militant  rifain Mohamed Jalloul, condamné  à cinq ans de prison ferme en 2012 suite  à des manifestations dans la province  d’Al Hoceïma, a également été l’occasion  d’un long cortège depuis la prison  locale de la ville de Tiflet, où il avait été  transféré en février 2017, à son fief de  Beni Bouayach. Une marche pour le  soutenir devait être organisée le jeudi  13 avril 2017 dans plusieurs villes et  villages du Rif. Dans son intervention à  Al Hoceïma, M. Laftit a directement mis  en cause “certains éléments et parties  [qui] oeuvrent” d’après lui “à exploiter  les mouvements de protestation.” “Ces  objectifs suspects n’étaient pas seulement  planifiés sur le terrain, mais sont  encadrés politiquement à travers la promotion  de plusieurs slogans à caractère  politique extrémiste et d’un discours de  la haine à l’encontre des institutions”,  a-t-il déclaré.

Accélérer le développement
Les instances élues ont, pour leur part,  mis l’accent sur l’impératif d’“approfondir”  le dialogue avec la société civile.  Pour M. Boudra, il s’agit de l’“unique”  solution qui puisse aboutir à des solutions  “rapides et concrètes”. Il a, d’après  le communiqué du ministère de l’Intérieur  publié à l’issue de la réunion d’Al  Hoceïma, fait état de l’impératif d’accélérer  la réalisation des projets routiers  programmés et de renforcer les lignes  maritimes reliant la province aux autres  villes du Maroc.

Même topo du côté de M. El Omari, qui  a appelé à accélérer la mise en oeuvre  des projets de développement inscrits  dans le Fonds de développement rural.  Dans ce cadre, 2 milliards de dirhams  (MMDH) sont consacrés à la province d’Al Hoceïma. Quelle sera maintenant  la suite? Pour l’instant, l’Etat poursuit la  mise en oeuvre du programme de développement  spatial de la province d’Al  Hoceïma, baptisé Al Hoceïma, Manarat  Al-Moutawassit (Al Hoceïma, phare de  la mer Méditerranée, en langue arabe).  Doté d’un budget de 6,515 MMDH, le  programme vise à désenclaver les zones  rurales à travers la plantation de 8.700  ha d’arbres fruitiers et la valorisation des  produits de terroir, l’aménagement des  entrées d’Al Hoceïma, des principaux  axes routiers, des places publiques et des  espaces verts et la construction d’une  marina et l’aménagement de plateformes  panoramiques. Il arrive à échéance en  2019.

L’équation gagnante
Dans l’autre grande province rifaine  de Nador, la deuxième phase du projet  d’aménagement du site de la lagune de  Marchica doit incessamment débuter.  Elle consistera en la réhabilitation  environnementale, le développement  économique, social et culturel, le développement  territorial et la réalisation de  sept nouvelles cités à savoir la cité d’Atalayoun,  la cité des deux mers, le village  des pêcheurs, la baie des Flamants,  Marchica Sport, les vergers de Marchica  et la nouvelle ville de Nador. Coût total  estimé: 46 MMDH.

Pour l’anecdote, le projet fait désormais  des émules dans d’autres pays africains,  à savoir Madagascar, où Marchica Med,  qui s’occupe de l’aménagement du site  de la lagune de Marchica, se charge  actuellement de la valorisation et de la  sauvegarde du canal des Pangalanes.  A Al Hoceïma, M. Laftit a mis en avant  l’engagement de l’Etat à consacrer tous  les moyens nécessaires, qu’ils soient  financiers, logistiques ou humains, pour  mettre en oeuvre les projets engagés  dans les délais et rattraper les retards  enregistrés. Réputé crack en mathématiques  -encore lycéen, il fut distingué aux  Olympiades internationales de la discipline-,  le ministre aura sans doute à coeur  de trouver l’équation gagnante pour sortir  le Rif de sa grogne

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