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Badr Tmanoukti : Le funk dans la peau

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Parcours. A 25 ans, Badr Tmanoukti, alias Lionbad, est une star montante de la scène rap au Maroc. Son style funky plaît de plus en au public.

Avec son style extrêmement  funky, sa voix  lourde et son flow  étouffé, Badr Tmanoukti,  alias Lionbad,  se démarque clairement sur  la scène rap au Maroc. Son tout  dernier morceau, «9tel’em all»,  sorti mi-octobre 2015, confirme  ce constat. Né le 2 mars 1990, il  passe les dix premières années  de sa vie dans sa ville natale,  Taza, avant de déménager avec  sa famille à Salé. Cette ville est  un des berceaux de la culture  hip hop au Maroc. Ainsi, Badr,  alors encore adolescent, commence  à s’intéresser à ce style.  A cette époque, le rap, qui faisait  ses premiers pas au Maroc, était  déjà développé aux USA et en  Europe. «J’écoutais Booba, IAM et  d’autres rappeurs français, d’autant  plus que mon frère était fan  aussi, et que mes cousins m’amenaient  des CD de l’étranger».

Just for fun
Mais l’influence des artistes américains  sera encore plus grande.  Tupac et surtout Notorious B.I.G,  deux mythiques rappeurs outre-  Atlantique, marqueront le jeune  Badr. D’ailleurs, son style funky  est largement inspiré d’eux.  «Pour moi, Notorious constitue  la quintessence du rap. Ses morceaux  incarnaient parfaitement  l’esprit du rap comme je le vois»,  ajoute-t-il, avec pas mal de ferveur.

En gros, le rap est fait exclusivement,  ou presque, pour le fun. C’est ce qu’avance Badr avec une  infaillible certitude. En dépit de  tout les facteurs et les circonstances  qui l’ont amené à devenir  rappeur, le jeune avoue chanter  pour s’éclater, ni plus ni moins.  «J’évite les sujets trop sérieux à  mon goût», nous explique-t-il.  Chose facilement vérifiable en  jetant un coup d’oeil sur les  productions du jeune rappeur,  comme «Mor l3aser» (2013),  «L’Ordonnance» (2014), ou encore  «9tel’em all» (2015). Les paroles  et les vidéos reflètent une certaine  nonchalance, mais avec  une touche artistique indéniable,  à travers des références soigneusement  recherchées, et des rimes  délirantes. «D’ailleurs je compte  baptiser ma première mixtape, sur  laquelle je travaille actuellement,  «Attafawou9 fi 3adam tassawou9»  pour montrer justement que je  veux uniquement m’amuser», ditil  tout en poussant un rire.

Pour lui, un rappeur c’est avant  tout quelqu’un ayant l’art de  lancer des vannes, des commentaires,  des répliques en présence  des autres, et les faire rire ainsi.  «Rapper, c’est partager cette attitude,  cette capacité. Et pour y arriver,  il faut disposer d’un excellent  bagage linguistique».

Revirement surprenant
Dans ce sens, Badr nous révèle son  petit secret. Fils d’un enseignant  de philosophie, le rappeur était  un féru de lecture. Il découvre  les ouvrages de grands auteurs  arabes, notamment Jibrane Khalil  Jibrane et Lotfi Manfalouti, développant  ainsi ses capacités linguistiques.  A peine âgé de 12 ans, Badr  tente de rédiger ses premiers vers  de poésie en langue arabe. Mais  après un petit bout de temps, il  délaisse l’arabe classique au profit  du dialectal marocain, estimant que ce dernier est plus susceptible  de toucher le public. C’est ainsi  que Badr découvre l’univers du  rap en tant qu’artiste en herbe.  En 2008, il obtient son baccalauréat  option sciences physiques à  Salé, puis intègre l’Ecole supérieure  de technologie (EST) de la  même ville. Un an plus tard, il  décide de changer d’air et part à  l’EST Meknès, où il décroche un  diplôme de technicien supérieur  en informatique en 2011, mais pas  que.

L’ascension, enfin
C’est dans la capitale ismaélienne  que Lionbad fait la connaissance  de Hamza, alias Lil Shoot, un  membre du groupe de rap engagé  «Lbassline». «On étudiait  ensemble à l’EST, et on a décidé  de rapper ensemble. D’ailleurs,  mon tout premier morceau, «38»,  était conjointement produit avec  Lbassline»

Mais Badr met fin à son séjour à  Meknès quelques mois plus tard,  et poursuit son petit voyage. Il  débarque à Fès pour continuer  ses études, mais déchante rapidement.  «Je n’ai pas trop aimé l’ambiance  là-bas, alors j’ai décidé de  rentrer à Rabat».

Ce retour s’avère fructueux pour  le jeune artiste. Il obtient une  licence professionnelle de la  faculté des sciences, et rencontre  Youns Talib, alias Lmoutchou, un  autre rappeur qui aura un impact  majeur sur la carrière de Badr.  Les deux artistes font connaissance  sur Facebook puis se rencontrent.  A cette époque, Lmoutchou  préparait l’ouverture de son  studio d’enregistrement, «Adghal  Records». Il sollicite alors l’aide de  Badr afin de sortir un free-style,  pour inaugurer le projet.

Assurer son avenir
A partir de là, Badr devient Lionbad,  ou encore Sheikh Nores,  ses deux sobriquets artistiques,  et gagne en notoriété. Son premier  featuring avec Lmoutchou,  le célèbre «1.2.13» est un franc  succès. Badr décide, après, de se  concentrer encore plus sur ses  projets individuels. «Mor l3asser»,  «L’ordonnance» et «9tel’em all»  confirmeront plus tard l’ascension  de Badr. Celui-ci compte confirmer  cette tendance avec sa prochaine  mixtape, qu’il n’hésite pas à qualifier  de «légende personnelle»,  pour reprendre le terme de l’auteur  brésilien Paulo Coelho.

Toutefois, Badr préfère rester  réaliste. «Au Maroc, il est impossible  de vivre de son art». Pour  assurer son avenir, il compte  continuer ses études, mais, cette  fois-ci, en psychologie. D’ailleurs,  il découvre maintenant la philosophie  européenne et ses grands  auteurs. «J’ai retrouvé mon penchant  pour la lecture, et je m’intéresse  actuellement à la pensée de  Frédéric Nietzsche».

Toutefois, Badr rassure ne pas  vouloir abandonner la scène  artistique. Sa devise? Quand on  est rappeur, on l’est pour la vie.

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