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Aurions-nous pu éviter la débâcle suédoise ?

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström et son homologue marocain Salaheddine Mezouar.

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström et son homologue marocain Salaheddine Mezouar.

Voilà qu’avec la 70ème  session de l’Assemblée  générale des Nations  Unies à New York, un  pays comme la Suède  entre dans la danse de l’hostilité au  Maroc. Y a-t-il là une pression irrépressible  qui pousse les autorités de  ce pays à décider de reconnaître officiellement  la prétendue RASD? Une  posture inamicale, bien sûr, mais  aussi marquée du sceau de l’inconséquence  et de l’irresponsabilité.
En tout cas, le Maroc a réagi dès le  lundi 28 septembre 2015. Ce jour-là,  sur instructions royales, le Chef du  gouvernement, Abdelilah Benkirane,  préside une réunion à la primature  à laquelle ont participé huit partis,  quatre de la majorité (PJD, RNI, MP et  PPS) et quatre autres de l’opposition  (PI, PAM, USFP et UC).

Engagement sans ambiguïtés
À l’ordre du jour, deux points surtout:  le premier porte sur les derniers  développements de la question  nationale, en particulier la décision  de la Suède; le second porte sur la  riposte de Rabat. Il a été également  décidé d’envoyer dans la capitale  de ce pays, dès dimanche 4 octobre  2015, une délégation de ces mêmes  partis à laquelle va se joindre le PSU,  représenté par sa secrétaire générale,  Nabila Mounib.
En l’état, un certain nombre d’interrogations de principe ne peuvent  être évacuées. Ainsi, l’ajout de ce  neuvième parti a suscité bien des  commentaires. Pourquoi cette formation  et pas d’autres, soit tout de  même une bonne vingtaine? L’argument  de son positionnement dans la  gauche radicale qui est volontiers mis  en avant est-il recevable et plaidable?  Ce parti a-t-il une fibre patriotique  plus forte que d’autres dans la même  mouvance ou dans un espace différent?  Enfin, n’est-ce pas frapper  de moins value en particulier deux  autres partis comme l’USFP et le PPS  qui justifient, eux, d’un engagement  sans ambiguïtés dans la cause et ce  depuis toujours?
Il reste, par ailleurs, qu’une formation  comme l’USFP ne peut qu’être mise  sur la sellette en sa qualité de vice-président  de l’Internationale socialiste.  En juillet 2015, cette organisation  s’était distinguée par le recyclage  de la position des séparatistes sur la  nécessité d’une extension du mandat  de la Minurso au suivi des droits de  l’Homme dans les provinces méridionales  récupérées. Une position  tournant le dos à celle de la majorité  de la communauté internationale et  à celle, réitérée depuis des années  par le Conseil de sécurité et reprise  de nouveau dans sa résolution 2152  du 28 avril 2015. Comment l’USFP  a-t-elle pu laisser passer ce parti-pris,  appuyé et validé par le président de l’IS, un certain Juan Antonio Yanez  Barnuevo du Parti socialiste ouvrier  espagnol, ex-secrétaire d’État aux  Affaires étrangères?

Symptôme diplomatique
Une autre interrogation porte,  elle, sur l’action diplomatique du  Royaume, dont cette affaire n’est  qu’un symptôme. En effet, Rabat n’a plus d’ambassadeur à Stockholm  depuis janvier 2014, Bouchaïb Yahdih  ayant été nommé à cette date wali de  Laâyoune. A quoi tient cette situation,  que l’on retrouve d’ailleurs à Berne et  au Koweït, entre autres?
Pour la Suède, a-t-on voulu faire savoir  nos réserves et notre état d’esprit  face à un certain discours paraissant  prévaloir dans ce pays à propos de  la cause nationale? Si tel était le cas,  est-ce une attitude qui pouvait porter  ses fruits, puisque la politique de la  “chaise vide” n’est payante, dans la  pratique diplomatique, que dans des  situations bien particulières.
Dans cette même ligne, que sont  devenues les orientations royales  contenues dans le discours devant  le Parlement en octobre 2014, sur la  mobilisation de tous les acteurs et  de toutes les potentialités autour du  Sahara marocain? Quelles initiatives  ont été ainsi prises en direction de  la Suède sur ce dossier? Il a fallu la  présente conjoncture pour que le  ministre des Affaires étrangères marocain,  Salaheddine Mezouar, entre en  contact avec son homologue suédoise,  Margot Wallström, membre du nouveau  cabinet depuis septembre 2014, le mardi  29 septembre 2015 à New York, en marge  des travaux de la 70ème assemblée de  l’ONU.

Qu’a fait le Parlement dans cette même  direction? Pas de groupe d’amitié avec  les élus de ce pays. Et les partis? Et les  acteurs associatifs et autres? Silence  radio alors que l’on sait depuis des  années que les pays scandinaves –en  premier la Suède– ont bien de l’empathie  pour les séparatistes. Faut-il rappeler  qu’en décembre 2012, le parlement  suédois a voté une motion exhortant le  gouvernement à reconnaître la “RASD”  alors que le cabinet était dirigé par une  majorité de droite et de centre droite?

Projet marocain
Un texte qui n’a pu être adopté qu’avec  les voix d’un parti d’extrême droite,  Sverigedemokraterna, disposant de 20  sièges, connu pour son islamophobie et  son discours contre les immigrés. Les officiels marocains escomptent-ils  sérieusement faire revenir le gouvernement  suédois à une position différente  pouvant se traduire par le “gel”  de la proposition de loi actuelle de  reconnaissance de l’entité séparatiste?  C’est évidemment souhaitable, mais la  faisabilité de cette mesure reste bien  incertaine. C’est en effet un lobby, avec  un maillage démultiplié dans de nombreux  secteurs partisans et associatifs,  qui s’échine à conforter son hostilité à  l’endroit du Royaume. Il a oeuvré, pasà-  pas, dans cette voie et il ne faut donc  pas se faire trop d’illusions quant à un  éventuel rééquilibrage.

Mesures de rétorsion
Membre de l’Union européenne, la  Suède se démarque de la position de  celle-ci, favorable à la recherche et à  la finalisation d’un plan de règlement  négocié, s’inscrivant dans le cadre  des paramètres définis par le Conseil  de sécurité et prenant en compte le  projet marocain d’autonomie interne  présenté en avril 2007.
Pour autant, il faut redoubler d’efforts  et d’initiatives pour confondre  le gouvernement suédois et l’inviter  instamment à davantage de neutralité  alors que ce pays brigue un siège de  membre non permanent au Conseil  de sécurité pour 2016-2017. Parallèlement,  des mesures de rétorsion  économique seront-elles efficaces?  L’ouverture du premier magasin Ikéa,  prévue le 29 septembre 2015, a été  en effet annulée faute de certificat de  conformité de la construction de ce  centre commercial.

Les échanges commerciaux entre les  deux pays se sont élevés à 4,4 milliards  de dirhams, le déficit de Rabat étant  de 2,3 milliards de dirhams. Un chiffre  marginal de 0.5% des parts dans le  commerce marocain. Mais l’impact  telles mesures sur le climat d’affaires  et d’investissement dans le Royaume  peut écorner l’attractivité de l’économie  nationale, dans la mesure où la  conjoncture politique et diplomatique  n’est pas autonomisée ni décrochée  par rapport aux intérêts bilatéraux.

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