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Audrey Azoulay élue directrice générale de l’UNESCO

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Une femme de culture

La fille du conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, a été élue directrice générale de l’UNESCO. De quoi ravir aussi bien en France, dont elle est ressortissante, que dans son pays d’origine, le Maroc.

La scène, c’est l’hebdomadaire français L’Express qui la rapporte: en 2014, encore directrice générale déléguée au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC, équivalent du Centre cinématographique marocain), Audrey Azoulay accompagne le président français François Hollande dans le voyage officiel au Mexique. Jusqu’alors, les deux concernés ne s’étaient jamais vraiment côtoyés, si ce n’est de loin, et c’est donc la toute première fois qu’ils ont véritablement l’occasion de le faire. Pour Mme Azoulay, ce sera un tournant. «C’est une fille bien, il faut lui trouver un poste,» dira M. Hollande à sa ministre de la Culture de l’époque, Aurélie Filippetti.

Depuis, en effet, cette rencontre, Mme Azoulay a fait un sacré bonhomme de chemin. Successivement conseillère èsculture et communication de M. Hollande puis ministre de la Culture et de la Communication dans le gouvernement Manuel Valls, la voici donc désormais élue, le 13 octobre 2017, directrice générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO): l’ascension est, pour le moins, fulgurante. Sa désignation reste encore à être validée (lors de la 39ème session de la conférence générale de l’UNESCO, du 30 octobre au 14 novembre à Paris), mais elle semble d’ores et déjà faire consensus. «L’élection d’Audrey Azoulay est un choix qui va permettre à l’UNESCO de choisir une nouvelle voie,» se félicite-t-on même en Israël, alors que l’État hébreu vient de se retirer pourtant en compagnie de son allié américain de l’organisation (en raison de ses prétendues positions anti-israéliennes). «Le moment est venu pour les États membres de se rassembler autour du projet que porte Mme Azoulay afin que l’UNESCO se concentre sur ses missions essentielles: la diffusion de la connaissance, la promotion d’une éducation de qualité pour tous, la protection du patrimoine de l’humanité et de notre environnement, l’autonomisation des femmes et des filles,» appelle d’ailleurs le ministre français des Affaires étrangères, Jean- Yves Le Drian.

“Le Maroc, pays de coeur”
C’est donc en candidate du rassemblement que se pose Mme Azoulay. «Dans un moment de crise, il faut plus que jamais s’impliquer, chercher à la renforcer, et non pas la quitter,» a-t-elle, aussitôt élue, réagi, en référence non seulement au retrait israélo-américain (qui risque de priver l’UNESCO d’un quart de son budget), mais aux multiples dissensions internes, notamment politiques, qui, à terme, menacent l’avenir de l’organisation. En conséquence, Mme Azoulay peut même être considérée comme son ultime bouée de sauvetage. Une mission dans laquelle tout le monde, notamment en France et au Maroc, lui souhaite un plein succès. Car à ceux qui se seraient posé la question, oui, Mme Azoulay est bel et bien la fille d’André Azoulay (la troisième de l’actuel conseiller du roi Mohammed VI avec sa femme, l’écrivain Katia Brami). Dès qu’elle le peut, l’ancien ministre française ne manque jamais de faire référence à son pays d’origine. «Le Maroc est un pays de coeur et de référence, des valeurs et des saveurs, de la musique, confiait-elle récemment au quotidien francais Libération. J’y étais très enracinée, je ne parlais pas arabe».

Une sensibilité de gauche
Sa double appartenance géographique, en plus de sa judéité, elle en a même fait une richesse. «Je puise ma force dans mon histoire personnelle, dans ma relation au Maroc, au Monde arabe et à l’Afrique, confie-t-elle aussi. J’ai été bercée par les muezzins comme par les cloches de Montparnasse et les chants des synagogues. Je compte mettre cette diversité au service de mon action.»

Née en 1972 à Paris, Mme Azoulay a dès sa plus tendre enfance baigné dans le monde de la culture, grâce à ses deux parents. Aussi, elle se sent une sensibilité de gauche depuis pratiquement toujours, ce qui lui permettra bien des années plus tard de se trouver des atomes crochus avec M. Hollande (pour l’anecdote, elle citera à plusieurs reprises au cours de sa campagne pour le poste de directrice générale de l’UNESCO l’ancien président du conseil de la France, le socialiste Léon Blum).

Après des études de gestion à Paris-Dauphine puis un MBA de l’Université de Lancaster (Royaume-Uni), doublés d’une formation à Sciences Po et à l’École nationale d’administration (ENA) -le parcours classique du commis d’État français-, elle intègre la direction de développement des médias, où elle contribue notamment au lancement du projet de télévision numérique terrestre. Par la suite, à partir de 2006, elle poursuit sa carrière au CNC et monte petit à petit en grade, jusqu’à donc être désignée directrice générale.

Là, elle laisse un souvenir pour le moins impérissable. «C’est une femme brillante et passionnée, une amie des artistes et de la création,» dira à son propos la présidente de l’institution, Frédérique Bredin. Jusqu’à, donc, ce fatidique séjour au Mexique…
Le jour de sa nomination en tant que ministre, le 11 février 2016, Mme Azoulay n’avait même pas de page Wikipédia dédiée: un sacrilège, au siècle des autoroutes de l’information. Malgré ce handicap de notoriété au départ, elle marquera là encore de son empreinte son passage rue de Valois. Ayant une véritable connaissance du monde de la culture et surtout du cinéma, projet de loi Liberté de création, architecture, patrimoine en juillet 2016. Par ailleurs, elle est derrière l’idée d’un fonds international pour la protection du patrimoine en danger et le financement d’actions de prévention et de restauration, qui sera finalement mis en place en mars 2017, après une conférence initiée dans ce sens (également par elle) quelques mois plus tôt à Abou Dhabi.

Reconnue désormais à l’échelle mondiale, elle faisait donc, logiquement, partie des favoris pour briguer la direction générale de l’UNESCO. Victorieuse du Qatari Hamad ben Abdelaziz Al-Kawari, Mme Azoulay sait qu’elle n’aura pas la tâche facile pour redorer le blason de l’organisation basée à Paris. Toutefois, au vu de son parcours et de ses réalisations aux différents postes qu’elle a occupés, on pense bien qu’elle a largement les épaules pour ce faire.

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