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AU-DELÀ DU BOYCOTT…

Mustapha Sehimi

Le statu quo n’est plus tenable

Le Souverain paraît vouloir laisser la séquence du boycott aller jusqu’à son terme final.

Assurément, ils sont donc des millions à poursuivre le boycott de trois entreprises, des marques de produits de grande consommation. Ce phénomène déclenché sur Internet le 20 avril 2018 se poursuit. Il entend même embrasser, si l’on ose dire, d’autres périmètres. Mais, dans tout cela, où se situe le Roi? Difficile pour lui, parce qu’il est en charge de l’essentiel, et de minorer ce fait et de l’évacuer. Il en suit certainement et au plus près le déroulé quotidien. Mais force est de faire ce constat: le Souverain n’a émis aucun signe à cet égard dans tel ou tel sens. Pourquoi pareille distanciation publique en tout cas? Difficile à décrypter donc au premier abord quoique diverses lectures peuvent être envisagées pour l’observateur politique.

La première d’entre elles intéresse la mise en cause de Aziz Akhannouch et de Meriem Bensalah-Cheqroun. Personne n’ignore que ces deux personnalités ont été adoubées par le Méchouar. Mme Bensaleh-Cheqroun en mai 2012 pour être propulsée à la présidence de la CGEM, un mandat de trois ans reconduit jusqu’au 22 mai 2018. Ce n’était pas neutre dans le contexte politique d’alors: il s’agissait d’installer une femme à la tête de la confédération patronale; ce qui était déjà une grande avancée compte tenu de la culture machiste dominante de celle-ci depuis des lustres; mais l’on voulait aussi que ce soit un symbole de la modernité alors que le nouveau cabinet issu des élections du 25 novembre 2011 était dirigé par Abdelilah Benkirane, responsable de la formation islamiste du PJD. En somme, projet contre projet, choc sociétal contre choc sociétal… Mme Bensaleh-Cheqroun n’a pas démérité, loin de là. Elle a rempli son rôle à la tête de la CGEM avec dévouement et efficacité. Elle a donné à l’institution patronale plus de poids et de visibilité.

Le cas de Aziz Akhannouch est différent. Ministre de l’Agriculture et des Pêches depuis octobre 2007, sur le compte du RNI, il a la charge de ce département depuis près de onze ans dans les trois gouvernements qui se sont succédé depuis. Or, il a démissionné du parti de la colombe le 2 janvier 2012 pour reprendre, le lendemain même, ce même ministère dans le cabinet Benkirane. Plus encore: en mai 2016, il a annoncé, publiquement cette fois, son retrait de la vie politique, déclarant qu’il ne se présenterait pas aux élections législatives prévues à l’automne. Mais une surprise a lieu, cinq jours après le scrutin législatif du 7 octobre 2016: celle de son retour au parti, cette fois-ci en tant que président par intérim suite à la démission de Salaheddine Mezouar. Une décision entérinée par un congrès extraordinaire tenu à Tanger trois semaines plus tard. Depuis, Akhannouch a renforcé sa place, devenant mandataire de partis aussi divers que le MP, l’UC et l’USFP, et, par conséquent, le seul interlocuteur de M. Benkirane, alors Chef du gouvernement désigné. Il le sera aussi avec Saâd Eddine El Othmani. Avec l’affaire Afriquia, n’est-ce pas l’hypothèse Akhannouch qui est sérieusement remise en cause? Celleci s’articulait autour de plusieurs points: réorganiser le RNI durant plus d’un an pour le mettre en ordre de bataille pour 2021 et peut-être même avant; supplanter le PJD à cette échéance; codiriger de fait le cabinet d’autant plus qu’El Othmani pâtissait d’un déficit de leadership et qu’il sortait très affaibli du congrès de son parti en décembre 2017.

Les données de 2017 tiennent-elles encore en 2018? Pas sûr. Le Roi est un démocrate, il a tenu à respecter le choix des urnes tant en 2011 qu’en 2016. Ce n’est sans doute pas ce qu’il souhaitait en son for intérieur. Mais il a joué le jeu. Il laisse le gouvernement assumer ses responsabilités sauf à l’admonester sévèrement quand cela est nécessaire –comme lors du conseil des ministres du 25 juin ou dans son discours devant le parlement le 13 octobre 2017.

Aujourd’hui, il observe. Il multiple en même temps, quasi quotidiennement, l’inauguration de projets sociaux de proximité. Une manière de rappeler qu’il est là, mobilisé, proche des citoyens et de l’amélioration de leurs conditions de vie. Sur le boycott, le Souverain paraît vouloir laisser cette séquence aller jusqu’à son terme final. Lequel? Une reprise en mains d’une politique gouvernementale où l’échec se conjugue à une contestation sociale populaire. A sa manière, et dans son style, il n’hésitera pas le moment venu à arbitrer et à prendre parti en faveur des citoyens. En l’état, le statu quo n’est plus tenable. Et la monarchie, c’est le peuple!.

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