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Attention aux ordinateurs fantômes

Abdellatif Mansour

De vraies toilettes, de l’eau potable et de l’électricité; avant l’internet

On a régulièrement évoqué  les fonctionnaires  fantômes qui hantent  les chemins de traverse  de la fonction  publique. L’Éducation nationale  en a eu la part de lion, également  fantôme. Il y aurait même eu bousculade  et manifestations de fantômes  qui n’auraient pas bénéficié  des mêmes avancements que leurs  collègues non-fantômes. Il a même  été question d’établissements scolaires  fantômes. On n’est tout de  même pas allé jusqu’à parler de  ministère fantôme; quoique d’aucuns.

Aujourd’hui, c’est d’élèves fantômes  qu’il est question. Rachid  Belmokhtar a ouvert la chasse à  ces jeunes têtes brunes qui brillent  par leurs absences répétitives ou  totales. L’outil de cette traque d’un  autre type, plus ou moins virtuel,  est évidemment l’informatique  chère à M. le ministre, lui-même  informaticien aguerri.

Le site “Massar”, déjà en place,  a fait des petits. Il a accouché de  deux espaces. L’un, à l’attention de  parents d’élèves des trois cycles  scolaires: primaire, collège et lycée.  L’autre est destiné aux élèves du  bac. Les parents pourront ainsi  connaître les notes et toute la progression  scolaire de leur progéniture,  ainsi que d’éventuelles tentations  d’école buissonnière. En  somme, une surveillance à distance  et une manière de responsabiliser  les parents. Quant aux candidats au  bac, ils peuvent dialoguer librement  avec l’administration du lycée, en  théorie et, jusqu’ici, en théorie seulement.

Tout cela est tellement beau que  l’on se croirait entrés de plain  pied au 21ème siècle. Ce dispositif  est effectivement à la portée des  parents d’élèves des établissements  privés, haute et moyenne  gammes. Quant à l’école publique,  la pauvre, encore très majoritaire  -malheureusement trop et pas pour  longtemps, assure-t-on dans les  couloirs de la primature- l’heure de  l’informatique n’a pas encore sonné,  pas plus pour l’école que pour  les parents. Le 21ème siècle, c’est  pour les autres.

Les classes uniques que l’on aperçoit  au loin; sur les routes des vacances, perdues dans la nature,  entre plaines et montagnes, font  partie de cette majorité déshéritée.  On en est encore à l’âge de la pierre  taillée.

Va pour le suivi en ligne, mais aussi  et même d’abord, de vraies toilettes,  des vitres aux fenêtres et,  si possible, un chauffage a minima  des salles de classes dans les  confins isolés et enneigés.

Et puis, avant tout, de d’électricité  et de l’eau potable dans les  régions excentrées qui ne sont liées  à aucun réseau. Il ne s’agit pas d’aller  plus vite que la musique, pour  finalement n’obtenir rien du tout;  ou de minimiser la portée de ce  qui est possible ici et maintenant.  Mais juste d’espérer que –pendant  qu’on y est– l’on pense à planifier  aussi pour ce Maroc qui regroupe  une bonne partie des Marocains.  Et puisque tout est dans tout,  une pensée pour les moyens des  parents ne ferait pas de mal au planificateur.

Finalement, si cette informatisation  de l’espace scolaire permet de  mesurer le fossé abyssal entre ces  deux Maroc, alors pourquoi pas?  Un dernier conseil pour la route à  l’attention de M. Belmokhtar: s’il est  prévu un équipement des écoles en  matériel informatique, attention aux  ordinateurs fantômes. Ils ont coûté  50 milliards à l’État, complètement  volatilisés, Dieu seul sait où.

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