Dépêche
Accueil » Chronique » ATTENDRE, ALORS !

ATTENDRE, ALORS !

Mustapha Sehimi

Les responsables en place peuvent-ils être porteurs de changement?

Il y a un décalage entre le discours officiel, volontiers lénifiant, et les réalités sociales, marquées par une dynamique revendicative.

Ce n’est pas céder à on ne sait trop quelle sinistrose de commande que de dire que le sentiment dominant aujourd’hui est bien celui de l’attente. Attendre quoi, au fait? Que la politique rebondisse; qu’il y ait un cap et une feuille de route; et que les citoyens retrouvent un brin d’espoir en lieu et place du sentiment général qui paraît prévaloir un peu partout. Dans le monde économique, un tel état d’esprit se retrouve également. N’est-ce pas le nouveau président de la CGEM, Salaheddine Mezouar, qui vient de faire état, pour sa première sortie médiatique, d’une confiance passablement mise à mal et qu’il convient de restaurer? Diable! Si même les patrons sont dans cet état d’esprit, c’est qu’il y a fort à faire… Les fondamentaux ne sont pas pour autant en cause; tant s’en faut. Le Maroc se distingue dans l’aire maghrébine et arabe –pour ne citer que cet espace– par sa stabilité politique, assurée et garantie par l’institution monarchique et par le leadership personnel, moral et politique de S.M. Mohammed VI.

La première cause nationale, celle de l’intégrité territoriale, est consolidée avec succès dans les instances internationales, que ce soit au sein de l’Union africaine ou aux Nations Unies. Tel un roc, le Royaume tient bon et ne lâchera rien. Mais c’est la cohésion sociale qui accuse une distension de plus en plus accentuée des liens et qui nourrit une dynamique revendicative tournant souvent à la contestation. Être à l’écoute des citoyens, nous dit toujours le cabinet actuel et son chef, Saâd Eddine El Othmani. Mais si tel était réellement le cas, nous n’en serions sans doute pas dans un tel palier.

Dialogue social en panne, prolifération virale des manifestations, mise hors course des structures d’intermédiation et de représentation, notamment les élus nationaux et locaux: voilà qui atteste bien qu’il y a un décalage entre un certain discours officiel volontiers lénifiant -et cédant ainsi à l’autosatisfaction ou au déni- et les réalités sociales telles qu’en elles-mêmes. La place prise par les réseaux sociaux témoigne bien des avatars intervenus ces dernières années dans le champ social et politique.

Les partis d’opposition pâtissent de ce phénomène et n’arrivent pas à se donner une visibilité. Que dit, par exemple, le PAM en ce milieu de l’année 2018? Et qui l’écoute? Le Parti de l’Istiqlal de Nizar Baraka mesure la difficulté et s’emploie à parler concret –des mesures sociales– et à plaider pour une nouvelle séquence d’autocritique et de réconciliation nationale dépassant en particulier les évènements d’Al Hoceima et conduisant plus encore à une réhabilitation de la région et des victimes de la répression de 1958- 1959. Cela suffit-il pour autant? Rien n’est moins sûr. Il faut relire les discours du Souverain –celui de la Fête du Trône, le 30 juillet 2017, et celui devant le parlement le 13 octobre 2017– pour mesurer que le diagnostic a été fait à maintes reprises et qu’il faut aller au-delà; qu’il importe de réfléchir et de se mobiliser pour faire autre chose.

Mais quoi? Les responsables en place – parfois depuis une génération– n’ont-ils pas épuisé leur potentiel réel ou supposé de départ? Peuvent-ils être porteurs de changement alors qu’ils paraissent surtout veiller à gérer le “statut” de leurs positions de pouvoir respectives? Peuvent-ils appréhender d’une manière conséquente qu’une longue séquence d’une vingtaine d’années s’est achevée avec un bilan – un actif et un passif? Et que s’impose une vaste délibération nationale, sous une forme ou un autre, pour définir une nouvelle étape avec une génération de réformes mobilisatrices à long terme? Le court termisme dominant axé sur la compétition électorale et le nez sur le guidon des élections de 2020 et 2021 stérilise l’élan des partis réduits à des comités électoraux et à des machines de conquête de voix.

C’est tout cela qu’il faut remettre à plat avec une nouvelle gouvernance des politiques publiques et des élites à la hauteur des enjeux et des défis du Maroc de 2030 et même au-delà. Faute de quoi, la période estivale actuelle se prolongera jusqu’au mois de septembre et l’on continuera… à attendre. Franchement, l’attente comme projet de société, on a connu mieux, non?

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !