Dépêche
Accueil » Economie » Asmaa Morine Azzouzi : « Les femmes n’osent pas encore créer des sociétés commerciales »

Asmaa Morine Azzouzi : « Les femmes n’osent pas encore créer des sociétés commerciales »

Asmaa Morine Azzouzi, présidente de l’Association des femmes chefs d’entreprise

Maroc Hebdo: Ce vendredi 3 mars  s’ouvre, à Rabat, le South Economic  Women Initiative, un sommet dédié aux  femmes d’affaires. Pourquoi un tel forum?
Asmaa Morine Azzouzi: En tant qu’association  pour femmes chefs d’entreprises,  nous voulons institutionnaliser ce sommet  pour enrichir le débat sur la participation  de la femme au développement socioéconomique  du pays. D’autant que nous  avons obtenu le Haut Patronage de S.M.  le Roi Mohammed VI. C’est un sommet  attendu par toutes les femmes entrepreneurs.  Cette année, le sommet, qui en est  à sa deuxième édition, se déroule sous  le thème «Entreprendre demain, les clés  de la réussite». Le choix de ce thème signifie  que nous nous projetons déjà dans  l’avenir. Autrement dit, avec la participation  d’intervenants de haut niveau venus  d’Europe, d’Afrique et d’Asie, nous allons  tenter de chercher de nouveaux modèles  de gestion et d’entreprenariat pour les  femmes.

Maroc Hebdo: La femme entrepreneur  joue-t-elle un rôle important dans le développement  socioéconomique du pays?
Asmaa Morine Azzouzi: Certainement,  elle joue un rôle important dans le développement  socioéconomique du pays.  Mais il n’y pas que l’entreprenariat féminin  officiel, c’est à dire, celles qui investissent  dans les sociétés commerciales.  Ces femmes-là, pour tout vous dire, ne  représentent que 10% des créations d’entreprises  au niveau national.  C’est très faible par rapport à nos ambitions.  Le plus dramatique encore, c’est  que ce taux n’évolue pas depuis une quinzaine  d’années.

Maroc Hebdo: Pourquoi cet entreprenariat  féminin est si faible?
Asmaa Morine Azzouzi: Les femmes n’y  vont pas encore parce qu’elles sont face  à la peur des stéréotypes dans notre société.  La femme, chez nous, se sent encore  incapable de convaincre sa famille  de se lancer dans des sociétés commerciales.  Une autre raison à cela: l’absence  des structures communales d’accueil  (crèches) pour leurs enfants en bas âge.  Les femmes y réfléchissent à deux fois  avant de les inscrire dans les structures  privées en raison de leurs prix exorbitants.  Cette difficulté à concilier entre vie professionnelle  et vie familiale les dissuade  souvent de se lancer dans l’entreprenariat.

Maroc Hebdo: Quelles sont les autres  formes de l’entreprenariat féminin chez  nous?
Asmaa Morine Azzouzi: Je cite, entre  autres, l’auto-entreprenariat et l’entreprenariat  rural, matérialisé par les coopératives.  Le premier est à 40% de l’économie  globale et le second à 50%. De même  dans le secteur informel et le micro-crédit,  où s’activent un nombre important  de femmes. Sur ces trois segments, la  femme marocaine est parvenue, symboliquement,  à atteindre la parité hommefemme.

Maroc Hebdo: Comment les femmes  d’affaires marocaines peuvent contribuer  à la dynamique d’investissement en  Afrique?
Asmaa Morine Azzouzi: Pour les raisons  que je vous ai expliquées, notamment de  mobilité et de difficulté à concilier entre  vie professionnelle et vie familiale, très  peu de femmes d’affaires marocaines  sont intéressées par la dynamique d’investissement  en Afrique. Peut-être ça  viendra, mais il faudra lever les obstacles  qui obstruent son chemin

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !