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Après trois mois d’attente, le gouvernement enfin remanié

Ils sont venus, ils sont tous là…

Le gouvernement est donc aujourd’hui au complet. Après une année 2017 passablement cabossée et heurtée, c’est l’ordre de marche -enfin!- qui doit être activé et même accéléré.

«Tout ça pour ça!» Ce pourrait être une première réaction à propos de la nomination de quatre ministres et d’un secrétaire d’État par le Roi, avant le Conseil des ministres, lundi 22 janvier 2018, à Casablanca. Et à cet égard, y aurait-il quelque chose à dire ou à redire puisque quatre départements étaient assurés par intérim depuis le 24 octobre dernier, jour du renvoi de leurs titulaires –et pas des moindres: Mohamed Nabil Benabdallah (Habitat), secrétaire général du PPS, El Houcine Louardi, également du PPS, (Santé), Mohamed Hassad, ancien ministre de l’Intérieur et étiqueté MP depuis avril (Éducation nationale) et Larbi Bencheikh (Formation professionnelle) de ce même parti.

Profils appropriés
Seulement, cette lecture est-elle majoritairement accentuée? Nombreux sont en effet ceux qui s’emploient à aller plus loin et à mettre en avant cet élément: pourquoi le remplacement de ces membres du gouvernement a-t-il mis trois mois pour s’opérer? En réplique, si l’on ose dire, les éléments de réponse ne manquent pas: il convenait de trouver les profils les plus appropriés; laisser les organes de direction des deux partis en débattre et donner leur aval; soumettre les «ministrables» au Chef du gouvernement; enfin, il n’appartenait qu’à ce chef de l’Exécutif de les soumettre à l’approbation et à la décision du Roi, conformément aux dispositions de la Constitution (art.47, al.2).

Si le MP de Mohand Laenser a été prompt à réagir, c’est parce que le bureau politique de cette formation, réuni quelques jours seulement, a donné mandat à son secrétaire général pour mener à bien ce processus.
Tel n’a pas été le cas du PPS, qui, lui, a pris son temps. Il a ainsi convoqué son conseil national pour évaluer la nouvelle situation créée par le limogeage de ses deux ministres (Benabdallah et Louardi): quittera-t-il le gouvernement? Le président du conseil de la présidence de ce parti, Moulay Ismaïl Alaoui, se distingue pour critiquer comme «injuste» le renvoi de ces deux membres du cabinet et pour prôner le départ de la majorité. Après bien des débats, le conseil national se prononce pour le maintien dans celle-ci mais le coeur n’y est plus.

Cette formation s’estime particulièrement visée notamment par suite de son alignement sur le PJD depuis janvier 2012 et du lien personnel tissé entre leurs deux dirigeants, Benabdallah et Abdelilah Benkirane. Il est connu en effet que ce que l’on appelle le «tahakkoum» a plutôt la dent dure, surtout après la sortie de Benabdallah, en septembre 2016 –un mois avant le scrutin législatif du 7 octobre– dénonçant celui qui incarnait le PAM et cette forme de gouvernance, en la personne d’un proche conseiller du Roi.

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Cela dit, M. El Othmani a cadré la procédure de consultation et de proposition de nomination des quatre ministres. Il a expliqué que des orientations royales avaient été données dans ce sens pour la reconduction de quatre ministres (PPS, MP) dans les mêmes départements. C’était clair et simple, à première vue, mais durant près de trois mois, bien des ambiguïtés sont apparues. Ainsi, une première liste de «ministrables» lui a été soumise, elle a été retoquée, puis une deuxième qui, elle, a été corrigée; enfin, l’accord royal a été donné à celle qui a conduit à la nomination, le 22 janvier, de quatre nouveaux membres du gouvernement.

Dans l’intervalle, des faits significatifs sont intervenus, paraissant remettre en cause ce premier schéma. L’on a ainsi relevé les propos d’El Othmani critiquant, en interne lors d’une réunion de son parti, la représentation surdimensionnée donnée au PPS par son prédécesseur, Abdelilah Benkirane (2012-2016) avec quatre ministères (Habitat, Santé, Emploi, Eau) alors qu’il ne comptait que 19 députés élus. Il a ensuite corrigé de telles déclarations mais sans que celles-ci soient véritablement prises en compte par la classe politique et l’opinion publique. Ministre PJD des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid a embouché ce même cor en revenant lui aussi sur le bilan du ministre PPS de la Santé, El Houcine Louardi, puis en s’empressant de rétropédaler en téléphonant à Benabdallah pour lui faire savoir que ses propos avaient été dénaturés.

Est-ce bien crédible, tout cela? Pourquoi, durant des semaines, une telle campagne contre le PPS comme si l’on voulait préparer les justifications de sa non-participation au gouvernement? Pour certains, l’on a voulu ainsi créer un climat de nature à pousser à la sortie du PPS –ou à tout le moins à sa minoration au sein du cabinet– d’autant plus qu’il avait en mains des départements importants (Habitat, Santé); que le président du RNI, Aziz Akhannouch, militait et oeuvrait pour les voir confier à son parti; et qu’ils avaient une forte visibilité sociale et politique. Pressentant ces manoeuvres, le secrétaire général du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah, s’est repositionné, lui, sur une ligne dure, maximaliste même, soulignant que son parti n’acceptera pas d’autre formule que les deux départements qu’il avait.

Une rigidité qui n’a pas permis de concrétiser les calculs –éventuels?– du président du RNI. Se passer du PPS ou le limiter à des secrétariats d’État, c’était prendre le risque d’une déstabilisation d’El Othmani, qui avait réitéré dernièrement que l’alliance PJD-PPS était solide et qu’elle était un pacte à respecter; c’était aussi faire une plus grande place au RNI et peut-être même à ses alliés (USFP, UC, MP) sans que la formation islamiste étende sa place dans l’Exécutif; enfin, c’était une prime donnée à Benkirane et à son clan, qui auraient beau jeu d’accuser El Othmani d’avoir accepté un tel cantonnement après le compromis qu’il a fait en associant l’USFP à la nouvelle majorité, en avril dernier.

Une position moins inconfortable
Voilà qui peut conforter l’idée que tout n’est pas fini. Le PPS a sauvé sa mise et cela place Benabdallah, secrétaire général, dans une position moins inconfortable à quatre mois du prochain congrès non pas pour solliciter un «troisième mandat » –ce qu’il a exclu– mais pour quitter ses fonctions dans des conditions plus normalisées et plus apaisées. Mais en même temps, du côté des autres alliés, les gains sont moins significatifs: l’USFP reste confiné à de petits départements (Fonction publique, MRE); le RNI n’a pas les leviers de la politique sociale espérés; le MP conserve ses départements (Éducation nationale, Communication et culture, Formation professionnelle) et le PJD conserve ses ministères mais il est confronté à une division profonde par suite des résultats du VIIIème congrès des 9 et 10 décembre 2017.

En l’état, cette formule tiendra-t-elle jusqu’à 2021? Il vaut de noter que cinq nouveaux ministres ont donc rejoint le gouvernement. Il faut appuyer sur cette qualification de «nouveaux». C’est qu’en effet tous accèdent pour la première fois à une responsabilité ministérielle. Deux au nom du PPS, Abdelahad Fassi Fihri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville, alors que Anas Doukkali a été nommé ministre de la Santé.

Les deux autres pour le compte du MP, à savoir Saïd Amzazi, ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et Mohamed El Gharass, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, chargé de la formation professionnelle.

Le cinquième ministre, Mohcine Jazouli, sans appartenance politique, s’est vu confier, auprès du ministère des Affaires étrangères, les Affaires africaines, un département nouveau lui aussi et dont la création avait d’ailleurs été annoncée par S.M. le Roi dans son discours devant le parlement, le 13 octobre dernier. Ces cinq profils présentent au moins deux traits communs. Le premier, c’est qu’ils justifient tous, chacun dans son domaine, d’une expertise éprouvée attestant de compétences. Le deuxième, lui, intéresse le fait qu’ils sont des «experts» sans doute, mais des experts en action. Chacun d’entre eux est éligible à des réformes, à une gestion donc non administrative voire bureaucratique, à une prise en compte des exigences actuelles. Lesquelles? Davantage d’efficience des politiques publiques; une claire identification de ce qu’il faut faire dans la remise à plat et la correction du modèle de développement actuel peu probant –un échec même.

La mobilisation de tous
S’il a fallu pratiquement trois mois pour pourvoir les postes de quatre ministres, c’est qu’il a fallu rechercher des profils pouvant et devant répondre aux tâches qui allaient leur être assignées. Un trimestre finalement utile parce que l’on est arrivé à déceler –dans les rangs des deux partis concernés, le MP et le PPS– les compétences recherchées. Preuve est faite que ces deux partis –et cela vaut pour les autres formations–ne manquent pas de compétences précisément pour peu qu’on s’attache à les rechercher.

Le gouvernement est donc aujourd’hui au complet. Après une année 2017 passablement cabossée et heurtée, c’est l’ordre de marche –enfin!- qui doit être activé et même accéléré. Il y a tant à faire ! Six partis composent la majorité actuelle, formée en avril dernier. Coordination, solidarité, priorisation des réformes et mobilisation de tous autour de la réalisation de leurs objectifs. Il reste à ressouder la majorité, notamment au sein du Parlement, où des comportements de fronde, ici et là, ont été observés. Il faut donc signer la charte de la majorité annoncée. Il est temps, neuf mois après la nomination de ce gouvernement…

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