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Les approximations du rapport des experts de la CEDEAO

Nasser Bourita et le président de la Commission de la CEDEAO, M. Marcel de Souza. Abidjan, le 28 novembre 2017.

Manœuvres et mauvaise foi

Sur quoi se fondent-ils pour avancer que l’admission du Maroc peut potentiellement perturber les relations harmonieuses» entre les États membres?

Le Maroc a été absent de la 52ème réunion au sommet de la CEDEAO, tenue à Abuja (Nigéria) le 16 décembre 2017. Cette question a été commentée pour se focaliser sur une étude d’impact de l’adhésion du Royaume à cette entité régionale. Un dossier qui a été soumis à un quintet composé des présidents togolais, ivoirien, ghanéen, guinéen et nigérian, lequel doit adopter les termes de référence et superviser l’approfondissement de cette étude relative aux implications de l’adhésion de Rabat.

Pour commencer, ce premier rappel: le précédent sommet, tenu à Lomé (Togo), le 4 juin 2017, avait donné son «accord de principe» à cet acte d’adhésion. Il fait suite au dépôt officiel de la demande marocaine, en date du 24 février 2017 –après le retour du Maroc à l’UA, le 20 janvier. Ce fait doit être appréhendé pour ce qu’il est en ce sens qu’il constitue un acquis irréfragable; il n’a été assorti en effet d’aucune réserve ni conditionnalité de quelque nature que ce soit. Et c’est précisément sur cette base que devait être engagé un processus complexe, sans doute laborieux, de transition devant conduire alors, à terme, à une adhésion pleine et entière du Maroc.

Réserves et préventions
L’étude de la CEDEAO met en relief les implications potentielles positives au plan politique et en matière de paix et de sécurité et ce à l’appui de sa demande d’adhésion (missions militaires et humanitaires, relations historiques avec l’Afrique de l’Ouest, Islam modéré et favorable au dialogue interreligieux…). Mais il s’étale aussi sur des aspects négatifs.

Sur quoi se fondent, en effet, les experts de la CEDEAO pour avancer que l’admission du Maroc peut «potentiellement perturber les relations harmonieuses» entre les États membres et «créer de profondes divisions au sein de cette Communauté»? Qu’est-ce qui fonde de telles assertions? Il faut ajouter un commentaire tout aussi contestable à propos de la question nationale. Il est ainsi souligné que la CEDEAO «doit anticiper sur la manière de régler la question du Sahara occidental, car celleci peut provoquer des divisions au sein des États membres actuels en cas de validation de l’adhésion du Maroc».

Ce rapport se trompe de registre: le dossier du Sahara est entre les mains des Nations Unies et du Conseil de sécurité de cette Organisation mondiale. Quels peuvent être l’apport et le concours de la CEDEAO si ce n’est instrumentaliser cette question à des fins de propagande répondant à des préoccupations étrangères à la CEDEAO et prenant en charge celles d’un pays hostile comme l’Algérie? La CEDEAO n’a-t-elle pas fort à faire dans sa région, dans la lutte contre Boko Haram, au Sahel, en Guinée- Bissau, au Togo, au Mali…? Il faut aussi mentionner l’amalgame insidieux fait entre l’adhésion du Maroc et la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement, d’un côté, et le risque pour les pays membres de «faire face, à nouveau, au spectre du terrorisme et de l’extrémisme violent». C’est oublier que le Maroc se distingue par sa politique antiterroriste et que les membres de la CEDEAO ne pourront que tirer profit de son expérience et des acquis et bénéficies d’une coopération dans ce domaine.

Valeur ajoutée
Enfin, que veut dire cette interrogation à savoir «si le Maroc, en tant que monarchie constitutionnelle, serait prêt ou non à se soumettre au Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance»? S’il y a un pays engagé de plain-pied dans cette voie, c’est bien le Maroc! La Constitution de juillet 2011 en est la consécration avec son cortège de réformes sur la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, des élections libres et transparentes saluées par des observateurs étrangers, une décentralisation et une régionalisation avancée? Comme nouveau membre de la CEDEAO, le Maroc apporte à cette communauté une valeur ajoutée attestée par son tissu économique, son secteur moderne, le dynamisme de ses groupes privés et le bond des investissements dans le continent de l’ordre de 8 milliards de dollars en 2017. Son adhésion va promouvoir le commerce interafricain et permettre d’élargir les potentialités des marchés de la CEDEAO et du continent.

Il s’agit là d’un choix, d’une stratégie, d’une nouvelle vision de coopération et de partenariat Sud-Sud dont le crédo est «gagnant-gagnant». Il ne recherche pas des alliés mais des partenaires avec lesquels peuvent et doivent être noués des relations mutuellement bénéfiques. Ce n’est pas une politique de circonstance, opportuniste mais un redéploiement stratégique dans un monde où le protectionnisme nourrit en même temps une âpre concurrence tournant même à la guerre économique.

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