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Les anciennes médinas ont de l’avenir

Hommage à ces oubliés de la modernité

Ce lundi 22 octobre 2018 avait les allures d’une journée nationale dédiée aux anciennes médinas. Préservation, valorisation et réhabilitation; mais pas seulement. Il s’agit aussi de leur intégration dans le tissu économique et social du pays.

Jusqu’ici, l’expression «ancienne médina» évoquait un espace en déshérence. Chaque fois qu’une habitation bâtie à l’ancienne s’écroulait, cette évocation revenait à la charge, au point de véhiculer un sentiment diffus de sinistrose. Les images parlantes des familles subitement jetées à la rue, s’égrenaient sous nos yeux. Pire, on était pris à témoin sans que l’on y soit d’une quelconque complicité. Sauf la liberté de parole retrouvée, mais insuffisamment utilisée.

Désormais, ces spectacles improvisés, qui ne connaissent pas de frontières de paliers, ne seront plus de mise.

Présence physique
La télévision continuera à faire son travail de transmission de la réalité des choses et d’un vécu social improbable, mais à partir d’un vaste programme de reprise en main de cette partie de nos villes, qui est en même temps une partie de notre histoire, c’est à dire de nous-mêmes, qui s’écroule en notre présence physique ou virtuelle. L’activité royale du lundi 22 octobre 2018, une journée chargée, était dédiée à ce problème à dimensions multiples. Depuis la place Riad El Aârouss, à Marakech, S.M. Mohammed VI a présidé d’une large opération de réhabilitation de cinq anciennes médinas, et pas des moindres, Meknès, Salé, Tetouan, Essaouira et Marakech. Des lieus qui nous chuchotent à l’oreille notre propre histoire, chaque fois que l’on était dedans sans se donner la peine de lire sur les murs notre passé commun en héritage.

Ravalement des façades
Les sites historiques de nos vieilles cités urbaines sont évidemment les premiers concernés. Mais il ne s’agit pas que de ravalement des façades, voire même des réfections de monuments qui nous parlent, mais d’une véritable planification de mise à niveau générale et de développement intégré où les médinas seront partie prenante de l’activité économique, sociale et culturelle de leur espace de vie. Les programmes présentés par les intervenants concernés, Mohamed Laftit, ministre de l’Intérieur, en tête, sont moins généralisateurs que spécifiques par rapport aux besoins de la ville et à ses atouts jusqu’ici sous-utilisés À passer en revue le ciblage de certaines activités à promouvoir, les connaisseurs les plus regardants sont parfois surpris.

Un exemple pour parler concret. Tout un chacun motorisé a vécu à Marakech des difficultés de circulation et de rangement de voitures qui tournaient au calvaire. Précisément, dans le programme d’aménagement des espaces publics de la ville ocre six parkings, dont deux souterrains, sont prévus. Dans ce même ordre d’idées, il est question de renforcement du système de signalisation et du réseau d’éclairage, ainsi que la mise en place de plates-formes interactives d’information touristique sur la qualité de l’air, par exemple. Après ces centres d’intérêts portés sur le futur technologique, on passe à un tout autre type de préoccupation, tout aussi justifié, tel l’aménagement d’une ancienne école en centre de renforcement des compétences des femmes artisanes.

Des chiffres impressionnants
Des exemples de ce genre renseignent qu’un travail de terrain et d’écoute a été fait au préalable. On n’est pas pour autant surpris par la seule variété des programmes, mais aussi par leur coût. Un alignement de chiffres colossaux. 900 millions de dirhams pour Salé, 800 millions de dirhams pour Meknès, 350 millions de dirhams pour Tetouan et 300 millions de dirhams pour Essaouira. Des chiffres impressionnants qui devraient donner un peu plus de boulot que d’habitude à la Cour des comptes de M. Jettou.

On est également interrogé par le financement de ces chantiers légitimement budgétivores. Ça ne va pas chercher très loin. Sont mis à contribution, le fond Mohammed V pour la solidarité, l’INDH, la holding Al Omrane, en plus de l’apport des différents départements ministériels et des Conseils communaux des cinq villes concernées. Reste le calendrier de réalisation et les délais de livraison; autrement dit, la notion du temps, une dimension temporelle qui semble être notre dernier souci, particulièrement dans la gestion de la chose publique. Le Souverain a réintroduit cette notion devant le parlement lorsqu’il a confié à une commission ad hoc de réfléchir sur un nouveau modèle de développement global et intégré. Ladite commission a également une obligation de résultat de cette réflexion dans les trois mois qui suivent. Les anciennes médinas et leur intégration dans une stratégie nationale sont dedans.

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