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Amrabat d’ici et d’ailleurs

WISSAM EL BOUZDAINI

Cinq Lions de l’Atlas sont originaires du Rif

Nordin aurait pu être condamné à passer ses plus belles années à l’ombre.

Amrabat est un nom très répandu au Rif. Il l’est tellement que pour l’anecdote, le père de ma grand-mère paternelle, qui le portait, fut sommé au moment d’établir son carnet d’état civil, après l’indépendance du Maroc, de le changer, et l’employé de l’administration à qui il avait affaire lui en choisit un autre à la place. J’imagine donc que parmi les milliers d’habitants de la province d’Al-Hoceima ayant pris part l’année dernière au Hirak, il y avait foule d’Amrabat. Quelle différence entre ces Amrabat-là et Nordin Amrabat, l’ailier droit de l’équipe nationale de football? Ce dernier, depuis son match héroïque face au Portugal en Coupe du monde, rencontre qu’il a disputée malgré sa commotion cérébrale cinq jours plus tôt face à l’Iran, est porté aux nues par nombre de supporters marocains; étant désormais perçu comme un modèle de don de soi et de sacrifice.

On loue son esprit et son attachement aux couleurs nationales -car comment, autrement, expliquer sa décision de jouer, alors qu’il risquait tout simplement sa vie (une deuxième commotion cérébrale en un aussi court laps de temps aurait pu lui être fatale)? Pourtant aujourd’hui, de jeunes gens qui sont animés par les mêmes sentiments et la même passion pour leur pays sont condamnés à 20 ans de prison ferme. Vingt années! Une vie! Rien que de me ressasser tous les événements vécus au cours de mes deux premières décennies d’existence est pour humidifier mes yeux, pour tout vous avouer. À quelques décennies près, c’est ce même Nordin Amrabat qui aurait pu être condamné, dans la nuit de ce mardi 26 juin, à passer certaines de ses plus belles années à l’ombre, puisque sa famille est originaire de la ville de Ben Taïeb, dans la province de Driouch, à seulement 1h30 de route d’Al Hoceima.

Ses parents ont cependant eu la présence d’esprit, si l’on ose dire, d’émigrer aux Pays- Bas, pays où le footballeur a vu le jour et où il a pu accéder à une des meilleures formations au monde pour désormais être considéré comme un héros national. À quelques détails près, le leader du Hirak, Nasser Zafzafi, aurait pu se retrouver dans la même situation, puisqu’il est lui-même sportif et qu’il a été volleyeur et basketteur dans différentes équipes de la province d’Al-Hoceima. Mais bien mal lui en a pris, il est né au mauvais endroit.

Parmi le onze habituel de la sélection, quatre joueurs outre Amrabat sont originaires du Rif, à savoir le gardien de but Munir, le milieu de terrain Karim El Ahmadi, le milieu offensif Hakim Ziyech et le buteur Khalid Boutaïb. Ils ont grandi en Espagne, aux Pays-Bas ou encore en France, parlent presque exclusivement les langues de ces pays, et pourtant ils se sont toujours d’abord considérés comme étant Marocains, parce que leurs parents leur ont depuis leur enfance transmis ce sentiment d’appartenance. On l’imagine bien, les enfants d’Al-Hoceima, Driouch et Nador ont reçu la même éducation, et il est presque indécent de devoir l’écrire et le justifier, comme je suis en train de le faire présentement. Bien que forcément déçu, à titre personnel, je garde tout de même espoir que la justice saura en appel entendre raison, car en ces temps troubles, le Maroc n’a certainement pas besoin de davantage de divisions

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