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Allez comprendre

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Le Moyen-Orient était  déjà assez compliqué,  comme marqué d’une  malédiction historique  transcendante. Compliqué,  il l’est davantage aujourd’hui,  au point de devenir carrément illisible.  À moins d’avoir une science  infuse spécialement conçue, il est  difficile de savoir qui fait la guerre à  qui et pour quels objectifs.

Pas plus tard que lundi 23 novembre  2015, un avion militaire  russe a été abattu par la Turquie.  Les deux pays sont supposés faire  cause commune contre Daech. En  survolant une zone sur la frontière  turco-syrienne, l’avion russe  était censé apporter un appui aux  Kurdes qui combattent Daech. Or,  ces mêmes Kurdes sont pourchassés  par l’armée turque. Ils sont  ainsi pris entre deux feux et se  demandent vers qui diriger leurs  tirs en priorité. Eux qui savent pertinemment  que la Turquie achète le  pétrole syrien squatté et vendu par  Daech. Allez comprendre.

Les Français, qui se sont d’emblée  mis en avant, veulent qu’une  destruction totale de Daech soit accompagnée  du départ de Bachar El  Assad, séance tenante, son affaire  étant entendue. Les Américains,  quant à eux, apportent un timide  soutien militaire aux Français,  mais ils voudraient bien négocier  une sortie politique avec Bachar El  Assad. Les Anglais, fidèles à leur  “wait and see” habituel, approuvent  du bout des lèvres et de loin, sans  plus. En clair, une coordination à  géométrie variable.

Jusqu’ici, la Russie se contentait de  livrer des armes à Bachar. Après l’attentat  contre son avion civil, revendiqué  par Daech, la donne a quelque  peu bougé, sans vraiment changer.  Depuis, l’aviation russe intervient  directement, mais ses frappes  évitent soigneusement les combattants  de Daech, pour se concentrer  sur les postes avancés de l’opposition  syrienne; laquelle représente,  potentiellement, l’après-Bachar. Elle  est ainsi reconnue par nombre de  pays européens. Sauf que la Russie,  elle, défend Bachar bec et ongles.

Au même titre que l’Iran, le grand  absent, fortement présent. Un puzzle  des plus complexes, comme seul le  Moyen-Orient peut en produire.  Nous voilà donc dans une guerre  régionale aux répercussions internationales,  où les alliés n’ont pas les  mêmes objectifs. On fait la guerre  sans objectifs de guerre; ce qui, en  soi, est surprenant. La France, ellemême,  n’a décidé d’intensifier ses frappes aériennes qu’après les  attentats estampillés Daech en  plein Paris, les 13 et 18 novembre  2015. Rien ne l’empêchait de le  faire avant. D’autant plus que  Daech a une adresse; ses positions  sont connues. Quels que soient les  moyens dont il dispose, difficile  de croire qu’il peut tenir en échec  une coalition internationale euroaméricaine.

Au regard de toutes ces dissonances  et autres ambigüités dans  les propos et les actes des coalisés,  on se demande s’il existe une volonté  réelle d’en finir avec Daech.  Et puis, qu’est-ce que cette chose  bizarre nommée Daech? Voilà un  mouvement aussi diffus que les  mirages du désert, et qui possède  autant de chars que la France  pendant la Deuxième Guerre  mondiale, des milliers, ainsi que  des fusées capables d’abattre  des avions.
Contrairement à ce  qu’indique son acronyme, sur son  califat délirant, il n’a pas vraiment  l’intention de prendre le pouvoir  en Syrie, en Irak ou ailleurs. En  échange, il a déclaré la guerre au  reste de l’humanité, sept milliards  de mécréants, à l’exception des  adeptes de Daech. Autre exception  et pas des moindres, Israël et  ses exactions infligées aux Palestiniens.  Abou Bakr El Baghdadi  et ses lieutenants n’en ont jamais  pipé mot, même dans leurs diatribes  menaçantes à l’adresse de la  globosphère. Troublant!.

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