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Ali Chaabani: « La campagne de boycott a atteint ses objectifs »

ALI CHAABANI, ancien professeur de sociologie à l’université Mohammed V de Rabat

En votre qualité de sociologue, comment voyez-vous le recours aux réseaux sociaux pour appeler au boycott?
D’abord, le boycott de certains produits est une nouvelle forme de protestation chez nous. Elle a été rendue possible avec les moyens qu’offrent les nouvelles technologies (réseaux sociaux). Cette forme de protestation fait mal d’autant plus qu’elle dure et son impact dépasse les frontières. Cela dit, il faut bien convenir que les citoyens ont compris que les anciennes formes de protestation (manifestations dans la rue, sit in, grève…) ne donnent plus de résultat. Pire, une manifestation tourne généralement à l’affrontement avec les forces de l’ordre qui interviennent pour la disperser. Le boycott dont l’appel est lancé à travers les réseaux sociaux, évite cette confrontation. Autant dire que les protestataires ont bien étudié leur opération qui s’avère payante.

Vous pensez que le boycott a eu des résultats?
J’en suis persuadé malgré les dénégations des sociétés concernées. Des sociétés que les initiateurs du boycott considèrent comme puissantes et monopolistiques. Le message que l’on veut faire passer à travers cette opération visant trois sociétés est multiple. D’abord, les Marocains prennent leur destin en main vu que les partis ou les syndicats sont loin de les représenter et de défendre leurs intérêts. Ensuite, quel que soit le poids de la société visée, elle n’y peut rien devant la volonté des citoyens. Enfin, le gouvernement est incapable de défendre les intérêts de la population et s’est ligué avec les puissants de l’économie. Autrement dit, pourquoi un ministre, porte-parole du gouvernement, se permet-il de défendre une entreprise privée? Et c’est là le deuxième axe de cette campagne de boycott, à savoir l’axe politique.

A la base, la campagne de boycott était d’ordre économique…
L’appel à boycotter tel ou tel produit n’est pas forcément qu’économique. Loin de là. Maintenant, en visant trois symboles du libéralisme marocain, les meneurs de la campagne veulent dire que la cherté de la vie est devenue insupportable, mais ils veulent aussi et surtout dire que le mélange entre argent et pouvoir n’est plus acceptable. Que le patronat ne fait rien pour défendre l’économie à travers l’investissement et l’emploi des jeunes, mais que l’organisation patronale fait tout pour s’accommoder avec les puissants lobbys et le pouvoir politique. De même pour ce qui est de Centrale laitière, ce qui est visé n’est pas tant la marque mais toutes les sociétés étrangères qui font leurs affaires au Maroc et rapatrient l’argent dans leur pays d’origine.

Ces sociétés sont-elles responsables de la situation pour subir les foudres du boycott?
Je ne dis pas qu’elles sont responsables mais c’est le modèle économique tel qu’il a été développé ces dernières années qui a viré à un libéralisme sauvage de fait. Un gouvernement faible comme celui qu’on a maintenant ne remplit pas sa mission première de contrôle et de supervision du secteur économique. Les institutions de régulation prévues par la Constitution ne sont pas opérationnelles, pour celles d’entre elles qui ont vu le jour. Et puis, c’est connu, le capital n’a pas d’état d’âme. Seule la force de la loi peut le contenir…

Le gouvernement actuel rejette la responsabilité sur le précédent, dirigé par Abdelilah Benkirane…
Dans la gestion des affaires de l’Etat, il y a le principe de la continuité. Les décisions de l’ancien gouvernement engagent l’Etat. Ceci pour dire que se défausser sur les précédents cabinets n’a aucun sens. Et puis, c’est l’attitude du gouvernement et les déclarations gauches de ses ministres qui ont aggravé la situation. Comment voulez- vous que les citoyens ne cherchent pas l’escalade et frappent de boycott d’autres produits lorsqu’un ministre les qualifie de tous les noms? Ou lorsqu’un autre membre du gouvernement les menace?
Cette campagne de boycott doit servir de leçon à tout le monde. Son message clé est que les Marocains n’en peuvent plus, ne tolèrent plus l’injustice et le font savoir.

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