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Les algériens de plus en plus inquiets quant à l’avenir de leur pays

© ph:AFP

L’Algérie sous perfusion

Voici que le lundi 20 février 2017,  a été annulée la visite de la  chancelière allemande, Angela  Markel, à Alger à la demande  des autorités de ce pays. Le motif invoqué  fait référence à l’“indisponibilité temporaire”  du président Abdelaziz Bouteflika  par suite d’une “bronchite aiguë”.

Il faut donc que son état de santé se soit  passablement aggravé pour en arriver là.  Mais est-il encore en état? Ses apparitions  publiques sont de plus en plus rares  et l’opinion publique algérienne nourrit de  nouveau de fortes interrogations.

C’est que l’“après-Bouteflika” pèse de  tout son poids depuis des années, en  particulier depuis son AVC en avril 2013.  Il n’y a que Ahmed Ouyahia, directeur du  cabinet du président et secrétaire général  du parti RND, qui maintient que rien  n’empêchait Bouteflika de poursuivre son  mandat.

Hypothèques majeures
Dans ce même registre, voilà Amar Saadani,  ancien secrétaire général du FLN,  qui soutient que “la prochaine élection  présidentielle aura lieu en 2019 et non pas avant”; une manière d’indiquer que la  question est posée…

En tout cas, les candidats sont là, déclarés  ou non. Le mieux placé, celui qui  tient la corde pourrait-on dire, est sans  conteste le général Ahmed Gaïd Salah,  vice-ministre de la défense nationale et  patron de l’armée. Après le limogeage  du général Ahmed Toufik, tout puissant  responsable l’appareil sécuritaire et du  DRS, en septembre 2015, l’institution  militaire n’est plus à “deux têtes”. Gaïd  Salah, 76 ans, se veut sans doute le “Sissi  algérien”, à savoir le garant de la stabilité, de la continuité et de l’unité alors que l’Algérie  doit faire face à tant d’hypothèques  majeures.

La plus pesante est sans doute la forte  austérité à l’ordre du jour après quelque  quinze ans d’une insolente aisance financière  liée au renchérissement du cours  du baril de pétrole jusqu’en juin 2014. La  loi de finances 2017 témoigne de cette  situation. Elle impose des augmentations  quasi-générales, étend les taxes et se  voit contrainte d’acter de fortes restrictions  budgétaires. La situation sociale  s’est ainsi gravement détériorée avec  des mouvements sociaux et même des  émeutes à Béjaïa (Kabylie) et d’autres  localités. Le spectre du “printemps arabe”  réapparaît, nourri par l’exaspération des  populations du fait de leurs mauvaises  conditions sociales. C’est dire que la  situation financière et économique va  s’aggraver et compliquer un champ politique  déjà sous astreinte.

Réformes douloureuses
Déficitaire à hauteur de 25 milliards de  dollars en 2015, puis à 30 milliards de  dollars en 2016, l’État doit faire face à de  grandes difficultés financières. Pour 2017,  le plus dur est à venir et le FMI prévoit que  l’Algérie restera déficitaire jusqu’en 2020.  Les rentrées fiscales vont davantage se  contracter. L’Algérie est bien loin du minimum  de 100 dollars/baril pour équilibrer le  budget, alors que le gouvernement table  encore sur une reprise en vue. Il n’y a pas d’autre choix que d’entreprendre des  réformes structurelles, douloureuses et  impopulaires parce que devant porter sur  les subventions de produits de base ou  encore la réduction des dépenses d’investissement  et de fonctionnement.

“L’année de la dernière chance”
Autre préoccupation: le matelas des  réserves de change, qui, selon le Premier  ministre, Abdelmalek Sellal, ne baisseront  pas sous les 100 milliards de dollars,  “quelles que soient les circonstances”.  Mais au rythme actuel des dépenses  d’importation –dont 10 milliards de dollars  de facture alimentaire–, l’Algérie ne  pourrait tenir que 4 ans des réserves de  change actuelles de 116 milliards de dollars.  Il faut ajouter que la valeur du dinar  est en chute libre depuis deux ans face  au dollar. Cela ramène cette monnaie à sa  valeur réelle, surévaluée par rapport aux  fondamentaux de l’économie mais aussi  pour minimiser les déficits et l’impact de  la chute des prix de pétrole par un effet de  change. La conséquence en est cependant  le phénomène de l’inflation importée,  un dinar faible renchérissant mécaniquement  les importations.

Par ailleurs, la situation sociale et de  l’emploi ne peut que se dégrader. La crise  actuelle ne pourra que conduire à des  effets notables sur les recrutements et les  licenciements du fait du ralentissement  de l’activité économique. S’il est bien  prévu une hausse de 3,6% du PIB pour  le premier semestre de 2017, à terme  celle-ci ne pourra que se contracter. C’est  le même Abdelmalek Sellal qui avait tiré la  sonnette d’alarme, en décembre dernier  à propos de “2017, année difficile et de  la dernière chance.’’ La règle des 49/51%  obligeant l’investisseur étranger à ne  pas détenir plus de 49% du capital d’un  projet d’investissement est encore l’un  des principaux obstacles à l’attractivité et  au climat d’affaires des investissements  directs étrangers.

La question d’un nouveau modèle de  croissance est posée mais sans concrétisation.  L’endettement extérieur, qui est  de nouveau sollicité –un emprunt de 900  millions de dollars a été opéré il y a un  mois–, est la seule possibilité pour faire  face à la crise financière en attendant une  amélioration du cours du pétrole… Pas  de quoi nourrir l’optimisme à propos d’un  régime sous perfusion.

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