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Algérie-Afrique, l’effondrement

Mohamed Selhami

Mohamed Selhami

UN RÉGIME QUI S’OBSTINE DANS LE DÉNI DES RÉALITÉS ET DES CHANGEMENTS

La décision du retour du Maroc  dans sa famille naturelle, l’Afrique,  ne témoigne pas seulement de  l’engagement dans un nouveau  palier de notre diplomatie. Elle illustre aussi  –en creux– les changements intervenus  dans l’articulation des rapports interafricains  et notamment pour ce qui est de  l’Algérie.

Dans une “autre vie”, serait-on tenté  d’écrire, ce pays voisin était un montreur  de conduite, la “porte étroite” d’entrée  vers le continent et même le Tiers-monde.  Il disposait à cet effet d’un capital historique  lié à la lutte pour l’indépendance; il  bénéficiait aussi de l’implication et de la  mobilisation d’une certaine élite blanchie  sous le harnais de l’engagement; enfin,  il s’insérait au premier plan dans un tiermondisme  militant revendiquant un nouvel  ordre international. Le modèle économique  était alors celui d’un socialisme  d’État, recyclant les dogmes de l’idéologie  soviétique, avec le primat de l’industrie  industrialisante complété par une révolution  agraire. Un projet de fait assis sur une  économie rentière générée par les recettes  d’hydrocarbures. Quant au modèle politique,  il participait du même format, à  savoir le parti unique –le FLN- et l’étouffement  du pluralisme et des libertés.

La révolte populaire d’octobre 1988 à Alger  a remis en cause le système monopartisan:  elle a libéré, peu ou prou, une dialectique  sociale jusqu’alors corsetée; mais a-t-elle  permis aujourd’hui la mise sur pied d’un  véritable socle démocratique? Personne  ne peut le soutenir. Et le quatrième mandat  présidentiel de Bouteflika, inauguré en avril 2014, prolonge et exacerbe même –du fait  de son état de santé– l’impasse majeure  qui pèse sur ce régime.

Rien d’étonnant, dans ces conditions,  qu’au dehors la voix de l’Algérie ne soit  plus audible. Au Moyen-Orient? Rien à  signaler. Dans les grands débats mondiaux  –changements climatiques, environnement…-  pas la moindre initiative.  En Afrique? Il n’y a plus rien à “libérer’’ et  ce pays n’a pas su, ou pas pu, emprunter  les voies d’une approche renouvelée  à la mesure des hypothèques et des défis  pesant sur ce continent.

Des voix algériennes se sont même élevées,  ces derniers mois, pour relever le  différentiel entre Rabat et Alger. Les flux  économiques et financiers avec l’Afrique  sont minimes parce que les entreprises  publiques sont elles-mêmes en quasi-  faillite; quant au secteur privé, il ne  bénéfice pas d’une politique d’incitation  et d’accompagnement dans cette zone ni  dans d’autres d’ailleurs. Bref, l’Algérie n’a  aucune offre à faire sur le marché africain.  Pas davantage, elle ne peut escompter la  réplique de son “modèle” actuel, qui n’est  guère exportable et reste soumis à des  rigidités administratives et politiques.

Et ce n’est qu’à propos de la question du  Sahara marocain que ce pays continue à  mobiliser son appareil diplomatique, partout,  dans toutes les instances régionales  et internationales. A telle enseigne que sa  politique étrangère se réduit à deux crédos:  celui de l’hostilité au Maroc et celui  d’une implication sécuritaire par suite  des menaces pesant sur l’espace sahélo-  saharien. Dans ce créneau, il est vrai  que l’Algérie n’est pas seule puisque des  pays comme l’Afrique du Sud et le Nigéria  forment avec elle le trio. Mais tout cela  est battu en brèche, d’année en année,  puisque, aujourd’hui, 34 pays ont rompu  –ou suspendu– leurs relations avec la  pseudo “RASD”. Plus encore, 36 pays ont  retiré leur reconnaissance à cette entité  fantoche.

N’empêche. L’Algérie s’obstine et s’entête.  Elle est pratiquement dans le déni des  réalités et des changements qui marquent  l’échiquier international. Et elle ne peut  que persister dans cette voie parce que  la nature de son régime n’a pas la capacité  de corriger une politique. Ni au-dedans,  où l’après-Bouteflika place tous les  acteurs dans une forme d’apnée lourde  d’incertitude; ni au-dehors, ce pays n’est  en mesure de refonder un autre “ordre”.  Et la crise financière qui s’installe, couplée  à l’inefficience d’un modèle économique  défaillant, ne peut que rigidifier l’état d’un  système en situation d’effondrement.

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