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Alger voit rouge avec l’accès du Royaume à l’ère du satellite

Mustapha Sehimi

LE MAROC PREND DE LA HAUTEUR

Les Espagnols devront attendre plusieurs années pour espérer un équilibre spatial avec Rabat.

Ce sera donc le 8 novembre 2017. Ce jour-là une fusée de type Vega va transporter le satellite Marocain EO Sat I par un lancement depuis la base de Kourou (Guyane). Au début de 2018, une autre fusée est prévue pour un deuxième satellite marocain. Selon les indications disponibles, ces deux satellites seront positionnés à 694 km de la terre. Pour quoi faire? Prendre des images d’une grande précision de n’importe quel point de la terre. Ce programme a été initié voici quatre ans sur la base d’un accord avec la France.

Où est le problème? Des centaines de satellites ont été lancés depuis des dizaines d’années par des pays, du Nord comme du Sud. Personne n’y a trouvé à redire. Mais comme c’est le Royaume, il a droit à un traitement particulier, notamment chez deux de ses voisins, l’Espagne mais surtout l’Algérie. Du côté de Madrid, de quoi s’agit-il au vrai? Les autorités espagnoles ne cachent pas leur inquiétude à propos de l’usage que veut faire Rabat de ces deux satellites.

Elles invoquent le fait que les deux pays sont liés par des relations d’amitié, sans aucune conflictualité potentielle. La presse madrilène, entre autres, souligne que le gouvernement espagnol n’est pas rassuré. Pourquoi? Parce qu’elle dispose encore –et c’est le seul pays européen– de territoires en Afrique, en l’occurrence les présides de Sebta et Mélila, deux villes garnisons, ainsi que d’îlots et de pignons rocheux sur la côte marocaine. Pas seulement, dans la mesure où Madrid ne dispose point de ces moyens d’observation que sont les satellites. Sa modeste part de 2,5% dans les satellites espions français Helios ne permet donc d’utiliser que ce pourcentage du temps spatial de ce satellite.

Négligeable et pratiquement pas opératoire surtout que la France n’est pas très coopérative à cet égard. Il faut ainsi rappeler qu’en juillet 2002, lors de la crise de l’îlot Leïla (Persil), Paris n’a pas livré d’image satellites pour des «raisons techniques»… Par contraste, le Maroc, lui va disposer de 100% de l’utilisation de ses satellites. Et les Espagnols devront attendre plusieurs années pour espérer un équilibre spatial avec Rabat. De côté algérien maintenant, la réaction est plus vive.

Avec fébrilité, les officiels de ce pays ont décidé d’accélérer et de renforcer leur dispositif de surveillance électronique: radars mobiles et fixes, caméras infrarouges, moyens aériens supplémentaires tout au long des frontières avec le Maroc, construction d’un mur doté de capteurs électroniques et autres technologies sophistiquées…
Une commission composée de hauts gradés militaires et de sécuritaires du ministère de l’intérieur a été mise sur pied. L’explication qui a été avancée est relative aux nécessités et aux exigences de la sécurisation des frontières. Mais le souci véritable est d’arriver à un équilibre avec le Maroc devant disposer d’une supériorité de contrôle spatial avec ses deux satellites.

Alger voit rouge avec l’accès du Maroc à l’ère du satellite. Or, il faut rappeler que l’Algérie dispose depuis septembre 2016 de trois satellites (Alsat 1B, Alsat 2B et Alsat IN). Ils sont sur orbite depuis plus d’un an avec le lanceur indien PSLVC. Il faut ajouter un autre satellite, Alcomsat 1, qui devait être lancé à la mi-2017 et qui accuse du retard.
Au nom de quoi le pays voisin voudrait se réserver un droit à l’ère satellitaire et le refuser au Maroc? Une technologie déjà opérationnelle d’ailleurs en Égypte et en Afrique du sud sans que les mêmes officiels d’Alger y trouvent à redire. Dans sa politique de sécurité, le Maroc se dote d’un dispositif articulé autour de deux satellites. Il complète tout ce qui est mis en place dans ses frontières méridionales et orientales. Il va permettre d’optimiser le contrôle et d’améliorer sa capacité de dissuasion avec un tel avantage technologique.

Un attribut de souveraineté qui prend toute sa dimension alors que l’environnement régional est préoccupant, instable et qu’il génère, en particulier du fait de la politique d’Alger, bien des risques. Si ce pays avait une culture de paix, de stabilité et de coopération avec le Royaume et ses voisins, c’est un satellite maghrébin qui aurait dû être une priorité partagée…

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