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Alger en guerre avec tout le monde

Mustapha Sehimi

Ainsi va l’Algérie, d’un échec diplomatique à l’autre, fâchée avec les uns et les autres.

Fébrilité, nervosité: voilà bien deux nouveaux traits à ajouter aux officiels d’Alger. Ils ne savent plus où donner de la tête et ils multiplient ainsi les réactions compulsives. A preuve, pour commencer, cette mobilisation exceptionnelle de leur appareil diplomatique et même politique à propos d’une vidéo filmée au siège du Parlement européen à Strasbourg sur l’Algérie d’aujourd’hui et la situation du président Bouteflika. Que dit Layla Haddad, cette ex-journaliste de la télévision publique algérienne sans ce support repris par quelque 5 millions de vues sur les réseaux sociaux? Elle dénonce «ceux qui se sont arrogés le droit de disposer du président comme d’un objet» et elle l’invite à mettre un terme à ses apparitions à la télévision.

Suivant leur ligne habituelle, les officiels du pays voisin l’ont accusée d’être «un agent invétéré de la subversion et de la sédition». Consternant! Ce régime serait donc tellement fragile qu’une journaliste aurait une telle capacité de déstabilisation! Autre front, si l’on ose dire: les Nations Unies. Ainsi, Alger n’a pas décoléré contre la Commission des droits de l’Homme de l’ONU. Motif de cette vive réaction: les critiques formulées par cette institution spécialisée sur la situation des migrants subsahariens en Algérie. Ils sont en effet accusés par Alger de manière officielle d’être porteurs de maladies sexuellement transmissibles (Sida,…) et de faits criminels de toutes sortes. Le HCR a de son côté instamment demandé à l’Algérie de ne plus opérer les expulsions collectives de ces migrants, plusieurs milliers d’entre eux ayant été arrêtés, expulsés ou encore déportés dans le Sahara dans les zones limitrophes du Mali, du Niger, du Tchad,… Des actes qui nourrissent la montée du racisme et de la xénophobie et qui sont contraires aux obligations de l’Algérie en vertu du droit international et des droits de l’Homme.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’Algérie s’est également attaquée à l’Organisation internationale du travail (OIT) ces derniers jours lors des travaux de celle-ci à Genève. Le ministre algérien du Travail s’est ainsi retiré de travaux de l’OIT en protestation contre de nombreuses critiques faites à son pays à propos de la non-application du droit des salariés et des libertés syndicales.

Dans l’espace régional, Alger est en crise diplomatique avec tous ses voisins. Avec le Maroc, cela fait plus de quatre décennies et tous les éléments de cette hostilité sont connues de tous par suite du sanctuaire qu’elle assure au mouvement séparatiste et à l’aide multiforme qu’elle lui apporte. Cette politique d’ingérence vient d’être condamnée par la Libye, qui partage quelque 1.000 kms de frontières avec l’Algérie. Le ministre des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel, s’est rendu le week-end dernier dans le Sud libyen sans aucune autorisation, s’entretenant sur place avec des personnalités diverses hostiles au maréchal Khalifa Haftar.

Le président du parlement libyen de Tobrouk, allié de ce dernier, a condamné cette visite effectuée comme si la Libye était une «wilaya algérienne…». C’est que Haftar avait refusé de venir à Alger rencontrer son rival Fayez-al-Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale (GNA) soutenu par l’ONU avant de le faire une semaine plus tard mais aux Émirats arabes unis. Enfin, avec la Tunisie, le climat s’est sensiblement dégradé ces dernières semaines. Le ministre des Collectivités locales tunisien a ainsi déclaré à Rome, le 4 mai 2018, préférer la Tunisie par rapport à l’Italie plutôt que l’Algérie, laissant clairement entendre que son pays, frontalier à l’ouest avec l’Algérie, était en proie à une sorte de malédiction géographique. Une tension diplomatique a suivi et elle pèse sur les relations bilatérales.

Ainsi va l’Algérie, d’un échec diplomatique à l’autre, fâchée avec les uns et les autres mais aussi avec elle-même sur un fond de crise sociale et économique et d’une hypothèque majeure quant aux perspectives offertes par l’après Bouteflika.

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