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Al Hoceima, le reflet d’une situation nationale

Abdellatif Mansour

Une école publique en faillite, des hôpitaux en décomposition avancée, un chômage endémique, ce n’est pas l’apanage d’Al Hoceima.

Difficile de trouver le qualificatif adéquat qui reflète la situation réelle du pays, à plus d’un niveau. Il y règne une ambiance ambiguë faite d’un brouillard plein la vue; plutôt l’absence de vue. Depuis des semaines, voire des mois, l’horloge-Maroc tourne autour d’un point GMT qui s’appelle Al Hoceima. Tout se passe comme si l’on s’éveillait brusquement à des problèmes d’amplitude globale, à partir des protestations et des revendications d’une localité à l’extrême nord-est de l’espace national. Le message qu’on a fini par recevoir est celui d’une vérité qui peut varier d’une région à l’autre dans la forme mais pas dans le contenu. Pour se faire une religion, il suffit de sérier les causes profondément vécues par les jeunes et moins jeunes qui ont élu domicile dans les rues d’Al Hoceima. On se surprend à constater que le Maroc est un et indivisible aussi bien pour le pire qui dure et pour le meilleur qui tarde à venir. Cramponnez-vous pour mieux recevoir le rappel d’un quotidien tellement banalisé qu’il n’interpelle même plus ceux qui y vivent comme si c’était une fatalité imparable.

Au premier cri d’un bébé fraîchement débarqué parmi les terriens endurcis; comme au crépuscule de toute une vie; était la santé. Il a été suffisamment dit que notre santé publique était malade, voire en décomposition avancée. L’AMO et son auxiliaire le RAMED devaient concrétiser l’accès de tous aux soins de santé garantis par l’État. Cela n’a pas été le cas, loin s’en faut. Il y a fort à parier que le caractère lucratif de la médecine privée sera encore plus prononcé qu’aujourd’hui. Ceci n’est pas propre à Al Hoceima; c’est une réalité nationale déplorable que les Marocains partagent dans la douleur et beaucoup trop souvent en silence.

Après avoir survécu à la coupe du cordon ombilical, arrive rapidement la scolarisation. Celle-ci est également à la carte, selon le degré de solvabilité du demandeur. Pour postuler à un droit d’entrée dans un circuit d’éducation moderne, qualificatif et prometteur d’avenir scolaire pour l’enfant, il faut, là aussi, passer à la caisse. Un choix douloureux qui prend en otage des parents sans autre alternative et qui revient en fait à faire cracher au bassinet, vu les tarifs affichés. Quant à recourir à l’école publique; contraint et obligé, faute de moyens; c’est carrément mettre le devenir de sa progéniture dans une impasse annoncée où les jeux sont faits dès le début du processus. L’égalité des chances, principe fondateur de l’école publique, et la mobilité sociale par la même école repasseront. Cette situation catastrophique n’est pas, non plus, l’apanage d’Al Hoceima; elle est nationale.

Le chômage des jeunes, non plus. Il est comptabilisé à 25%, au bas mot, par les instances spécialisées, tel le Haut Commissariat au Plan. Peut-être qu’une région est un peu moins chanceuse qu’une autre, mais cela s’arrête à quelques virgules près. Une bombe à retardement qui a éclaté à Al Hoceima, avec toute sa charge de particularisme régional. Elle peut très bien faire des émules détonateurs n’importe où, n’importe quand.

L’offre politique portée par les partis et les officiels est loin d’être à la hauteur des problèmes et des attentes des populations. Rien qu’à partir de ces sources premières, on est définitivement convaincu que si l’on veut être bien soigné, s’inscrire dans un système d’enseignement porteur et prétendre à un travail qui permet une vie décente, il faut être né du bon côté. Autrement dit du côté du “tiers rescapé par la providence”, comme le veut la tradition orale de notre culture. L’estimation est quelque peu exagérée par défaut, soit, mais que fait-on, alors, des deux tiers restants?

La route de la Méditerranée vers l’autre rive, considérée salvatrice, ne peut pas tous les engloutir par le fond. À Al Hoceima et aux quatre coins du pays; ils y sont, ils y restent. Une chose est sûre, ils ne croient plus à une parole politique complétement décrédibilisée. Ce n’est donc pas de ce côté-là qu’ils espèrent se projeter vers un lendemain meilleur. Que reste-t-il comme espace et moyen d’expression? Une interrogation sur laquelle le gouvernement et les partis auraient intérêt à plancher avec un parler-vrai sur des projets de développement qui ne laissent pas une bonne part de la jeunesse du pays sur le carreau.

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