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Adieu, Jérusalem !

Les Palestiniens lâchés par les Arabes

À Gaza, on tue. À Jérusalem, on fait main basse sur la ville sainte pour en faire la capitale de l’Etat juif. Avec son arrogance habituelle, Israël ne tient pas compte du contexte, lorsqu’il ne le crée pas pour mieux en profiter. Donald Trump est là comme garant du «grand Israël» biblique.

Le président américain ne pouvait choisir pire moment pour son tout dernier coup diplomatique. En ce lundi 14 mai 2018, il y a 70 ans en arrière, le peuple de Palestine a connu l’une de ses calamités historiques à marquer d’une pierre noire dans sa longue quête d’une existence souveraine et décente sur ses terres ancestrales. La Nakba réduite à une résolution de l’ONU reconnaissait un État israélien sur les terres de Palestine. La promesse d’un foyer juif de la déclaration de Balfour du 2 novembre 1917 était devenue un État. Le cadeau d’anniversaire de cette naissance illégitime a été le transfert de l’ambassade des États Unis d’Amérique de Tel Aviv à Jérusalem, Al Qods.

Conquête et annexion
La ville sainte, appartenant historiquement aux 3 monothéismes, avait ainsi bouclé la boucle de sa longue judaïsation inlassable. Al Qods est devenu, par la grâce de la première puissance mondiale, néanmoins sous influence hébraïque, la capitale de l’État d’Israël.
Quoi qu’on dise, le duo Trump-Netanyahou a réussi une appropriation hautement symbolique sur laquelle le mouvement sioniste travaille depuis le congrès de Bâle, en 1897, sous l’autorité du père fondateur Theodor Herzl. Un défi flagrant à l’adresse des peuples chrétiens évangéliques et musulmans de tous les rites. Une autre bizarrerie propre à cette région de tous les paradoxes, on n’a eu droit à aucune forme d’indignation de la part du pape ou du grand moufti d’Al Azhar; ne serait- ce que pour se désoler doucereusement. Pour rappel, selon le plan de partage de 1947, Jérusalem devait être une zone internationale. Elle n’a jamais été considérée comme la capitale de l’État d’Israël. Même lorsqu’en 1980, décision a été officiellement prise par l’État juif d’en faire sa capitale une et indivisible. Énième condamnation de l’ONU, pour rien. De même qu’en 1967, la conquête et l’annexion de la partie Est de la ville par Israël a été condamnée par l’ONU.

Les résolutions à la poubelle
Manque de chance supplémentaire, Donald Trump fait partie de ces évangélistes pour qui le Messie ne pourra revenir que si le grand Israël de la bible est entièrement entre les mains des juifs. L’expression de la rue arabo- musulmane ne s’est pas non plus fait entendre. Le mouvement marocain de solidarité avec le peuple palestinien a sauvé la face en battant le pavé, dimanche 13 mai 2018, à Rabat. Une distinction bienvenue, quelle que soit la lecture qu’on en fait.

L’ONU a évidemment dénoncé la démarche américano-israélienne de faire de Jerusalem la capitale d’Israël. Et ce, tant que le statut de cette ville pas comme les autres n’aura pas fait l’objet d’un débat parrainé par l’ONU portant sur l’ensemble de la question palestinienne. Un voeu pieux qui fait partie de la culture onusienne. Israël a parfaitement intégré cette réalité endurcie. Les résolutions de l’ONU à l’égard du plus grand transgresseur de son histoire sont systématiquement jetées à la poubelle. La messe du Kippour, jour du pardon, aura été dite une fois pour toutes. Le reste n’est que conjecture du moment, donc dépassable par rapport à l’objectif préétabli.

On a beau dire qu’aux États Unis, les présidents changent, la politique intérieure aussi; mais pas les grandes orientations à l’international. Il n’est pas sûr que cette ligne de conduite soit valable pour Trump. La seule concession à son isolationnisme impénitent, c’est Israël. Tout le reste est négociable à l’aune des intérêts suprêmes des États Unis. Pour ce qui est du Maroc, on lui a peut-être soufflé que c’est un cas à part dans son relationnel avec l’Amérique. Il semble avoir pris acte pour nous rassurer sur la question du Sahara. Il n’est évidement pas question d’exiger un alignement sur sa politique proche-orientale. La commission Al Qods, créée par S.M. Hassan II en 1969 et régulièrement convoquée par S.M. Mohammed VI, n’est pas pour faciliter le positionnement marocain; surtout avec un personnage aussi caractériel que M. Trump.

Pendant que les Israéliens pavoisent à Al Qods sur une victoire certes encore fragile, mais néanmoins réelle et historique; à Gaza les Palestiniens sont tirés comme des lapins par l’armée de l’État juif, ce lundi 14 mai 2018. Les morts se comptent par dizaines, 62 au dernier comptage macabre, et les blessés par centaines, plus de 2.000. Le monde observe.

Silence assourdissant
Les réunions d’urgence du Conseil de sécurité et les résolutions qui vont avec n’y font rien; pas plus que les messages de l’Union européenne. On tue du Palestinien par un instinct à peine camouflé d’épuration ethnique. Les cibles sont tellement proches que l’on assiste à des exécutions sur le tas. La mort en temps réel. En attendant que l’aviation n’achève le travail en massacrant femmes, enfants et vieillards.Ni la mainmise sur la ville sainte d’Al Qods, ni la tuerie de Gaza n’ont jusqu’ici réussi à faire réagir les instances arabes à part un communiqué laconique et orphelin. Ce silence assourdissant donne la mesure du poids réel de la question palestinienne dans la politique extérieure des pays arabes; hormis les discours de circonstance totalement usités.

Un poids plus léger qu’un baril de pétrole. Comme pour dire aux Palestiniens «débrouillez-vous et ne comptez pas sur nous». Message reçu 5/5. En ce sens que les Palestiniens attendaient plus des Turcs et des Iraniens que des Arabes de proximité. Au fil de ce long métrage tragique, ce qui disparaît de plus en plus à l’horizon, c’est la perspective des deux États où les Palestiniens et les Israéliens cohabitent en bonne intelligence de voisinage; avec Al Qods pour capitale commune.

On en parle de moins en moins, comme si l’affaire était enterrée sans même que l’on prenne la peine d’en faire état. Donald Trump a clairement estimé qu’il y a d’autres configurations jouables que l’histoire des deux États. Benyamin Netanyahou a sauté dessus pour dire que la solution des deux États n’est plus à l’ordre du jour. Les Arabes n’ont pipé mot. Chacun sait que l’objectif de la politique israélienne, en particulier la multiplication des colonies en territoire palestinien, était d’en arriver là, à cette impossibilité, avec le tracé actuel des frontières. Sans retoucher ces frontières, le futur État paraît de plus en plus illusoire.

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