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Achoura aujourd’hui à Casablanca

La petite Syrie

Driss Fahli

Driss Fahli

Achoura, jour de tradition  pour la plupart des musulmans  en célébration, à  l’instar des juifs, de la  victoire de Moïse sur le Pharaon de  l’exode, Ramses II, obscur despote  d’Égypte.

Achoura est aussi un jour de deuil  en commémoration de l’assassinat  de l’imam Hussein à Karbala et jour  fondateur du Chiisme et de l’auto-  flagellation de ses adeptes. C’est  aujourd’hui un jour d’attaque de ces  Chiites par les extrémistes religieux,  tels que les Talibans et Daech, qui en  veulent aux disciples «Rafidhites» et  dérivants de l’Islam.

Dans mon bourg natal, c’était un  jour de fête, de jouets et de friperies  neuves pour les enfants. Quelques  pétarades à décibels étouffés marquaient  ici et là, la spécificité de cette  journée.

Une journée mieux que d’autres, sans  dépassements et surtout sans violences  sociales car temporisée par un  sentiment partagé d’une égalité des  chances et la disponibilité à l’école  d’un ascenseur social à la disposition  de tous ceux qui en avaient les prédispositions  naturelles.

Mercredi 12 octobre 2016, c’était la  journée de l’Achoura. Casablanca,  comme une petite Syrie en décomposition,  a testé l’atmosphère d’un  bombardement nocturne et a pris  la mesure de ce que pourrait être la  violence sociale menée par le défoulement  de la foule. Achoura n’est plus  cette fête célébrée par le Prophète Mohammed. C’est devenu le moment  de dépassement des normes pour  toute une strate de population pour  exprimer les nouvelles mutations de  la violence sociale et extérioriser les  bestialités refoulées.

Les quartiers de la ville, pour peu  qu’ils soient populaires, ressemblaient  à des espaces d’affrontements  guerriers où les giga-pétards  n’ont pas arrêté leurs concerts nocturnes  d’explosions big-bang, donnant  ainsi un avant-goût de ce que  pourrait être un démembrement  social et un déchaînement des brutalités.  Dans un tel brouhaha populaire,  le feu prend une dimension particulière  et une puissance magique.  Des bandes d’adolescents excités et  torses nus tournaient autour de ces  feux comme des Apaches à la veille  d’une déclaration de guerre. L’absence  de combustible n’est pas un  problème, la poubelle collective de la  rue ou les vieux pneus du garagiste  voisin servaient de comburant alternatif.

Vers midi, au quartier de Bourgogne,  sous la fenêtre du bureau, une bande d’une cinquantaine d’adolescents  en effervescence collective  extrême, bouteilles équipées d’un  mélange d’eau et d’acide à la main,  traçait son chemin à la recherche de  potentielles victimes piétonnes, préférablement  des filles sans défenses.  Dans toute cette pagaille, la police  s’est faite invisible. Certains quartiers  sont même devenus des zones de  non-droit. Comment se fait-il que,  malgré toutes les interdictions, la  vente de pétards et de puissants  explosifs décibels a pu se faire sans  contraintes et à l’étalage dans tous  les souks populaires de la ville?

Si de tels articles ont pu passer la  frontière et arriver aux mains d’adolescents  en effervescence qu’en  est-il pour les vrais explosifs et les  véritables articles d’une guerre?  Dans toutes les sociétés, les fêtes  sont destinées à canaliser le défoulement  social d’une façon déterminée  sans mettre en cause les valeurs  sociales, sans dépassements des  frontières de l’autorisé et sans inconduites  à l’égard d’autrui.

Dans un moment où l’école et le  travail ne sont plus les garants du  succès, où l’ascenseur social est en  panne, où le référent politique est  corrompu et le religieux est extrême,  la préparation et l’encadrement par  quartier d’un tel événement par les  forces de l’ordre est plus qu’une  nécessité. Elle est vitale. Cette fois-ci  n’était pas le cas

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