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Abdennabaoui prend ses marques

Mohamed Abdennabaoui, Mustapha Fares, président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et Mohamed Aujjar, ministre de la Justice.

La réforme de la justice enfin sur les rails

Une justice indépendante est la pierre angulaire de toute activité humaine, de toute société équilibrée. Les révisions entreprises ne peuvent être ressenties dans le quotidien des gens qu’à terme. Un érudit du droit et d’une même justice pour tous, est aux commandes.

Toutes les occasions étaient bonnes pour remettre le sujet sur le métier. Une redondance qui a traversé les décennies du Maroc indépendant. Il y avait de quoi croire que l’on était face à un mythe inaccessible juste bon à mettre des mots dessus, plutôt qu’à faire en sorte de progresser vers un début de solution concrète et crédible. Un domaine qui a effectivement retenu toutes les attentions depuis toujours, la réforme de la justice pour qu’elle soit réellement indépendante. L’homme qui en a la charge depuis peu ne donne pas l’impression d’avoir hérité d’un lourd fardeau. Il n’a pas l’intention, non plus, de le traîner de façon absurde comme Sisyphe dans la mythologie grecque. Mohamed Abdennabaoui compte bien y aller de front, avec un juste rapport entre la conviction opératoire qui est la sienne et la sérénité due à la fonction judiciaire.

Un homme du métier
Nommé procureur général du roi près la Cour de cassation, le 3 avril 2017, M. Abdennabaoui siégeait de droit au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Du coup, le 7 octobre 2017, le Parquet général, historiquement rattaché au ministère de la Justice, est passé sous son autorité. La clé de voûte de la sempiternelle question de réforme de la justice venait d’être confiée à un homme du métier; de surcroît porteur d’une mission jugée impossible, de même qu’il a toujours milité pour une cause à laquelle il croyait contre vents et marées.

Ce natif de Khouribga en 1954 a une réputation d’érudit. Il est même considéré comme un «fkih du droit». Les sciences juridiques constituent, en effet, la totalité de son parcours universitaire. Après une licence en 1978 et un DESA (Diplôme d’études supérieures approfondies) en 1999 et un doctorat d’Etat en 2017, il fait un crochet par la France à l’Institut national des études judiciaires, où il obtient un diplôme spécialisé en 1993.

Entré dans l’administration judiciaire dès ses premières responsabilités professionnelles, il n’en sortira plus. Un tour de piste rapide qui vaut le détour; il est procureur du roi à Laâyoune, Benslimane et Mohammedia de 1984 à 1997, puis le même poste à Casablanca- Anfa de 2000 à 2004. Il a été également directeur de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion toujours au même ministère de 2005 à 2007; la même année, il a été directeur des Affaires pénales et des grâces.

Ce qui pourrait ressembler à un circuit professionnel fermé, n’en est pas un. Pour M. Abdennabaoui, toutes ces fonctions sont autant de postes d’observation de l’intérieur même de l’administration judiciaire; tout comme elles constituent des approches pour un métier sociologiquement grave puisqu’il décide de la liberté ou de l’incarcération des personnes. M. Abdennabaoui s’est toujours gardé de perdre pied aux niveaux du savoir et de la confrontation d’idées, au Maroc comme à l’étranger. C’est ainsi que cet ancien professeur à l’Institut supérieur de la magistrature, et vacataire à la faculté de droit à Mohammedia a pris part à plusieurs conférences internationales sur la prévention de la criminalité et des droits de l’homme.

Comment faire en sorte que cette accumulation d’expériences et d’acquis intellectuels soient mis au service d’un espace judiciaire clean et efficace? Une double exigence difficile à obtenir avec une machine judiciaire plutôt sclérosée, en tout cas connue pour ses lenteurs d’exécution et des accusations permanentes de soudoyage plus ou moins avérées.

Accusations permanentes
À ces travaux d’assainissement infiniment complexes, s’ajoute le principe sacré de l’indépendance de la justice. Il a été suffisamment dit qu’une justice indépendante était la pierre angulaire de toute activité humaine dans l’acception la plus large qui soit. M. Abdennabaoui a toujours été bien placé pour savoir que sans cette condition, le ministère où il officie, en haut de la hiérarchie, n’aurait aucun sens, si ce n’est un ornement de la carte de visite. Comment s’y prendra-t-il pour réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué, souvent sans avoir même essayé? C’est également là où tout le monde l’attend, de pied ferme.

Lever les malentendus
Quelle que soit la gravité du sujet, M. Abdennabaoui a décidé d’en parler. S’en est suivie une communication comme on en a rarement vu de la part des hauts magistrats. Cette prise de parole à l’adresse de l’opinion publique, par la voix des médias, M. Abdennabaoui l’a organisée avec une méthode toute pédagogique. Au début, c’était des éclaircissements de nature à lever quelques malentendus. La justice, dit-il, n’a jamais été considérée comme un pouvoir en soi avant la constitution de 2011, au même titre que les pouvoirs législatif et exécutif.

À cette différence près que la justice est indépendante de ces deux dernières institutions. De plus, la notion d’indépendance du nouveau texte constitutionnel n’a qu’une valeur strictement institutionnelle. De même que cette «indépendance » n’a rien changé à la structure du Parquet général ni à ses moyens d’action.

Pour M. Abdennabaoui, une véritable indépendance de la justice par rapport à toute influence du pouvoir politique ne peut se faire sentir qu’à long terme. Mais d’ores et déjà, suite à l’indépendance du Parquet par rapport à l’appareil administratif de la justice, cette nouvelle réalité apporte un démenti par les faits aux anciennes représentations d’une justice aux ordres. M. Abdennabaoui regrette que des affaires judiciaires soient étalées sur la place publique, via les réseaux sociaux, avant qu’elles ne soient examinées par les tribunaux.

Avec le nouveau président du Parquet général, la justice est en train d’avoir un visage humain. Une justice qui soit la même pour tous, où l’on ne peut se sentir fort que par la force de la loi et du droit. Rien d’autre.

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