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Abdellatif Hammouchi, l’homme de l’année 2016

Son allure, sportive et longiligne,  n’échappe plus à  aucun regard. Son nom  revient désormais dans  toutes les discussions aussi  bien dans les salons cossus du quartier  de Souissi à Rabat que dans les  derbs animés de Moulay Rachid à Casablanca.  Mais que sait-on vraiment  de Abdellatif Hammouchi?

L’homme demeure à plus d’un titre un  mystère. C’est tout juste si l’on connaît  de lui quelques généralités biographiques,  éparsément filtrées par les  médias nationaux à chaque fois qu’il a  fait l’actualité. Surtout depuis son installation,  mi-2015, par le roi Mohammed  VI à la direction générale de la  sûreté nationale (DGSN). Nous avons  vainement posé la question à ceux qui  l’ont côtoyé ou le côtoient toujours de  près. Impossible d’obtenir ne serait-ce  que le moindre indice.

C’est donc un paradoxe. Sous sa direction,  la proximité et la communication  avec le citoyen est devenue une  antienne. La DGSN ne tient pratiquement  plus de la grande muette. Dorénavant,  elle n’hésite plus à s’afficher  au grand jour. A cet égard, elle vient  de se fendre, pour la première fois de  son histoire, d’un large bilan retraçant  la totalité de ses réalisations tout au  long de l’année 2016. Aucun aspect  n’est escamoté. Mais pour répondre  aux interrogations sur son directeur  général, il faut fatalement se tourner  ailleurs.

Grande piété
Pour explorer ce désert d’information,  le mieux donc est de suivre son parcours.  Naissance dans la ville de Taza,  en 1966: on l’oublie, mais le patron de  la police entame à peine aujourd’hui le  virage de la cinquantaine. “Aux âmes  bien nées, la valeur n’attend point le  nombre d’années”, disait le dramaturge  Pierre Corneille.

Les Hammouchi sont de modeste extraction.  Son père, aujourd’hui décédé,  est originaire de la province  de Guercif, dans l’ingrate région de  l’Oriental.  C’était un véritable homme du terroir,  fortement attaché à ses racines  populaires. Quant à sa mère, elle est  d’ascendance algérienne. Abdellatif  Hammouchi passe la plus grande  partie de son enfance et de son  adolescence dans la ville de Fès, où  beaucoup de membres de sa famille  vivent toujours. Son éducation est  ancrée dans la réalité traditionnelle  où il grandit.

De ce milieu, il gardera, de même  que ses neuf frères et soeurs -dont  sa soeur Laila Hammouchi, gouverneur,  directrice de la planification et  de l’équipement au ministère de l’Intérieur-,  ses manières simples et sa  grande piété, qu’on lui connaît toujours.

Aussi, son goût prononcé pour l’effort,  jamais démenti: sa réussite, Abdellatif Hammouchi la devra à la seule  force de son poignet.  Pense-t-il déjà, jeune, à faire carrière  dans la police? Il choisit en tout cas  la voie royale pour ce faire, à savoir  des études en droit. Baccalauréat en  poche, il s’inscrit à l’Université Sidi  Mohammed Ben Abdellah, à Fès toujours.  Plus précisément à la célèbre  faculté de Dhar Mahraz.

Fulgurante ascension
Nous sommes à la fin des années  1980. L’université est alors en plein  bouillonnement. Chaque jour pratiquement,  elle voit des affrontements  entre militants d’extrême gauche,  qualifiés de “basistes”, et, déjà, islamistes,  à qui il devra sa fulgurante ascension.  Mais nous n’en sommes pas  encore là. Abdellatif Hammouchi suit  les belligérances de loin. Discret -une  épithète qui déjà lui colle à la peau-, il  ne s’implique pas. Son objectif est de  décrocher son diplôme. Il y parviendra  brillamment.

Quelque temps plus tard, il intègre le  ministère de l’Intérieur. Il vient de souffler  sa vingt-cinquième bougie. Travailleur  acharné, ne rechignant jamais à  la tâche, Abdellatif Hammouchi gagne  rapidement ses galons. Naturellement,  la direction de la surveillance du territoire  (DST), qui compte la fine fleur des  sécuritaires du Royaume, vient frapper  à sa porte. Il ne sait pas qu’une dizaine  d’années à peine lui suffiront pour en  prendre la direction.

En 1999, Mohammed VI est intronisé.  La DST est restructurée de fond  en comble. Driss Basri, qui en était le  véritable directeur tout au long des  dernières années de règne de Hassan  II, est débarqué. Le général Hamidou  Laânigri, ancien patron du service “Action”  à la direction générale des études  et de la documentation (DGED), prend  sa suite. Il veut revoir l’organisation  et forcément, s’adjoindre de jeunes  loups pour accompagner le nouveau  cap. Abdellatif Hammouchi, de par  ses nombreuses qualités humaines et  professionnelles, est remarqué aussitôt  par l’expérimenté général. Il rejoint  incessamment sa garde rapprochée.  Mais c’est au lendemain des attentats  du 11 septembre 2001, perpétrés aux  Etats-Unis par l’organisation Al-Qaïda,  qu’il va véritablement monter en grade.  L’Oncle Sam, véhément, enclenche sa  guerre contre la terreur. Il compte sur  des pays amis, notamment le Maroc.

Nouveau cap
Abdellatif Hammouchi dispose alors  de deux qualités qui lui permettront de  devenir un interlocuteur privilégié des  services américains. D’abord il est parfaitement  anglophone –en plus de sa  parfaite maîtrise de son arabe maternel  et du français-, du fait notamment  d’études en sécurité et en renseignement  aux Etats-Unis, justement, et au  Royaume-Uni.

Mais c’est surtout de par sa connaissance  des mouvements islamistes que  son apport sera le plus considérable, à  l’heure où ceux-ci constituent désormais  le principal danger. Encore aujourd’hui  dans les milieux sécuritaires,  on raconte comment Abdellatif Hammouchi pouvait vous citer de mémoire  toute l’organisation de ces mouvements,  sans oublier un seul nom ni le  modus operandi de chacune. Dès lors,  il devient évident que ce dernier est  destiné à prendre les commandes de  la DST. A ce titre, le mandat d’Ahmed  Harari ne paraît, a posteriori, qu’un intermède.

Attentats terroristes
C’est chose faite en 2005. Mohammed  VI le nomme directeur, avec pour  objectif de changer les méthodes de  fonctionnement du renseignement. On  le charge d’apporter plus de rigueur à  l’organisation. Il faut dire que le pouvoir  craint que ne se reproduisent les  attentats du 16 mai 2003, où une trentaine  de victimes innocentes avaient  péri dans la ville de Casablanca. Après  dix ans, la DST –rebaptisée direction  générale en 2013, suite à une restructuration-  est aujourd’hui devenue  à l’image de son patron. Dynamique,  moderne, recte, d’aucuns de par le  monde saluent son travail. Grâce à à  la DGST et à d’autres directions similaires,  notamment la DGED, le Maroc  est actuellement considéré comme  “le pays arabe le plus puissant en matière  de renseignement” (dixit l’Organisation  des Nations unies (ONU)).  Aussi bien en Europe qu’en Amérique,  plusieurs pays nous doivent une fière  chandelle d’avoir réussi à déjouer des  attentats terroristes sur leurs territoires.

L’Espagne et la France, pour ne citer  qu’elles, ont toutes deux attribué  ces trois dernières années leurs plus  hautes distinctions honorifiques à Abdellatif  Hammouchi.

Homme de confiance
Des méthodes en somme qui sont  à l’origine de sa nomination à la tête  de la police. Gageons qu’il parviendra  avec le même esprit à en faire un appareil  plus en phase avec son époque.  Homme de confiance de Mohammed  VI, qui l’avait décoré en 2011 du Wissam  Al-Arch du rang d’officier, il est  désormais au sommet. Père de famille  –il a quatre garçons-, son sérieux, son  abnégation et son intégrité font figure  d’exemple pour la jeunesse marocaine.  Tout compte fait, on ne pouvait  certainement trouver meilleur homme  de l’année.

A propos de Wissam El Bouzdaini

Formé à l'Institut supérieur de l'information et de la communication, Wissam El Bouzdaini travaille à "Maroc Hebdo International" depuis 2012. Il est par ailleurs spécialiste en économie et management des médias et en management de la communication d'entreprise.

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