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Abdellah Cherif Ouazzani: « Nous leur apprenons l’Islam du juste milieu et de la tolérance »

ABDELLAH CHERIF OUAZZANI, formateur d’imams français et africains

Vous n’étiez pas prédestiné au prêche et à la formation d’imams. Comment s’est opéré ce changement de cap après une longue carrière dans le secteur pharmaceutique?
Après 20 ans de carrière dans l’industrie pharmaceutique, et après avoir obtenu un doctorat en études islamiques de l’Université Mohammed V à Rabat, en 2005, j’ai intégré l’Université Chouaib Addoukali d’El Jadida en tant que professeur contractuel et en même temps j’ai commencé à animer l’émission Al Islam wa Kadaya Al Asr sur 2M. J’ai essayé de prêcher la bonne parole, de contribuer à corriger les incohérences, notamment dans les messages transmis aux jeunes, pour contrecarrer les messages de ceux qui prêchent les paroles de l’extrémisme. En 2010, j’ai quitté l’enseignement à l’université car mes honoraires ne couvraient même pas les frais de mes déplacements. J’ai continué mon travail de prêche des bonnes paroles à Radio Luxe en tant que chroniqueur, puis à Medi 1 TV, en confrontant mes idées et en échangeant avec d’autres référentiels.

Dans quelles circonstances a-t-on fait appel à vous pour former des imams de différentes nationalités?
De 2015 à 2016, j’ai été appelé par le ministère des Affaires islamiques et des Habous et par le président de l’UMF (Union des mosquées de France) pour enseigner à l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams de Rabat. J’ai commencé avec la 1ère promotion d’imams français. Il y avait aussi des imams à former de sept pays africains frères. On leur enseigne l’exégèse, la jurisprudence ou le Fiqh, les sciences du Coran, le Hadith… Les imams français, nés en France pour leur majorité, ne maîtrisaient pas la langue arabe alors qu’à l’Institut toutes les matières sont enseignées en arabe. Et c’est là où je suis intervenu pour leur enseigner les mêmes matières en français.

Comment se déroule cette formation? Les imams étrangers sont-ils pris en charge?
La formation des imams français et africains dure trois ans. Ces derniers sont logés, nourris et hébergés à l’Institut Mohammed VI, qui renferme des salles de cours, une grande mosquée, des terrains de sport, des restaurants,… Les imams perçoivent en plus une bourse de 2.000 DH/mois.

Combien d’imams ont été formés à ce jour?
Nous avons formé 500 Maliens, entre autres imams africains. Concernant les Français, nous en sommes à la quatrième promotion, à raison de 50 imams par promotion.

Font-ils l’objet d’une quelconque présélection?
Il y a des pré-requis à respecter selon les pays. Pour les imams africains, ils sont sélectionnés en fonction de leur cursus, de leur formation théologique. S’agissant des Français, des jeunes pour leur majorité, ils n’ont pas fait d’études théologiques mais ont une vocation et une prédisposition.

Quel est le profil de ces imams?
Généralement, ils sont âgés entre 19 et 40 ans. Certains, rarissimes, ont 50 ans et plus. Ceux qui viennent de France sont majoritairement célibataires. S’ils ont une famille à nourrir en France, la bourse de 2.000 dirhams ne va pas leur suffire. D’ailleurs, beaucoup d’imams pères de familles ont abandonné à mi-parcours.

Vous avez été invité à Bruxelles pour parler de cette expérience. Comment a été reçu le message?
J’ai été invité en avril 2017 au Parlement européen à Bruxelles, où j’ai parlé de cette expérience inédite. Mon intervention a été très bien appréciée. Pour eux, savoir qu’il y a un pays qui tend la main pour former leurs imams sur les préceptes et les fondements du juste milieu et de l’ouverture, était extraordinaire. C’est une belle leçon d’humilité et de générosité de la part du Royaume.

Vous formez également des imams français dans leur pays. Dans quel cadre?
En France, j’ai commencé à former des imams à travers des séminaires de deux jours. D’ailleurs, les 23 et 24 mars 2018, je me rendrai à Paris pour une formation sur le Jihad au profit de 150 imams français dans une mosquée de la banlieue parisienne.

Vous vous êtes rendu à Paris juste après les attentats contre Charlie Hebdo. Pourquoi?
En janvier 2015, j’avais une mission de formation de 120 imams à Paris. C’était juste après les attentats contre Charlie Hebdo. La société française était encore sous le choc. Et il fallait démontrer que le Maroc oriente sa communauté vers un vivre-ensemble pacifique. Nous leur apprenons l’Islam du juste milieu et de la tolérance.

Avez-vous une anecdote à raconter à propos de cette mission?
J’arrive à Paris jeudi soir. Vendredi matin à 10 heures, on vient me dire que je dois faire le prêche du vendredi pour expliquer que le musulman est celui qui cohabite dans la paix et que la communauté musulmane de France était parfaitement intégrée. On m’a demandé de faire 70% du prêche en français et 30% en arabe. Ce prêche a été diffusé par la télévision française (France 2). D’habitude, la première moitié du prêche se fait en arabe et la deuxième en français.

A Madagascar, vous gardez un souvenir particulier en présence de S.M. le Roi Mohammed VI. Pouvez-vous raconter l’histoire de votre prêche historique?
J’ai eu le privilège de faire le prêche du vendredi en présence de S.M. le Roi à l’étranger. Jamais aucun Marocain ne l’avait fait. C’était en décembre 2016, à Madagascar, dans le cadre d’une visite royale. J’ai fait le prêche intégralement en français dans la grande mosquée d’Antananarivo. J’ai passé un message selon lequel S.M. le Roi, en sa qualité d’Amir Al Mouminine, vient à Madagacar pour remercier surtout les frères malgaches pour leur hospitalité et pour tout ce qu’ils ont fait à l’égard de son grand-père et de son père que Dieu les ait en Sa sainte Miséricorde.
D’ailleurs, j’ai eu le privilège d’accompagner S.M. le Roi lors de sa visite à la mosquée d’Antsirabé, la ville où la famille royale a passé son exil. Cette mosquée même où feu Mohammed V a fait le prêche du vendredi. Dans mon prêche j’ai dit que feu Mohammed V a semé des graines d’amour et de fraternité que S.M. le Roi Mohammed VI vient aujourd’hui irriguer afin de récolter les fruits ensemble avec nos frères malgaches.

Vous avez, en outre, assuré des missions officielles en tant que représentant du Royaume. Pourquoi alors que vous n’êtes pas même fonctionnaire?
J’ai représenté le Maroc, pour ma première mission officielle, à Tombouctou (Mali), en 2005, ensuite au Pakistan, en 2008, aux USA en 2016, pour une série de rencontres dans les universités américaines sur le dialogue des religions, et, en 2017, en Indonésie, au Sommet mondial pour la paix, à Séoul, et au Sommet islamique, en Azerbaïdjan. Dans des pays anglophones, il y a très peu de Marocains qui maîtrisent l’anglais. Je suis trilingue.

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