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Abdelkrim Madoun : « Notre enseignement supérieur est désagrégé »

Le Conseil supérieur de l’enseignement pointe du doigt la défaillance sociale de l’école publique. Pensez-vous la même chose pour l’université?
En tant qu’universitaire, je crois que l’université, au même titre que l’école publique primaire et secondaire, souffre de graves disparités d’ordre social et académique qui rendent son rôle faible et inefficace dans la société. Au Maroc, on peut distinguer deux blocs totalement disparates de l’enseignement supérieur. D’un côté, il y a les universités, qui sont placées sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur. De l’autre, il y a les grandes écoles universitaires qui dépendent, elles, non pas du ministère de l’Enseignement, mais d’autres départements ministériels. Chez nous, 18 ministères ont leurs propres écoles universitaires.

Peut-on dire que l’enseignement supérieur au Maroc fonctionne à deux vitesses?
Oui, effectivement. Nous avons un enseignement supérieur particulièrement désagrégé et désuni. Si ces grandes écoles forment des cadres pour les départements ministériels qui les contrôlent, on se demande alors pour quels secteurs économiques les universités forment-elles des cadres? C’est véritablement un gros problème éducatif qui s’aggrave dans notre société. On le voit d’ailleurs tous les ans: les lauréats des universités sortent par milliers mais ne parviennent pas à trouver des emplois.

A quoi sert alors cette université?
Au rythme auquel fonctionne le système actuel, l’université perd de plus en plus de son rôle et de son importance dans la société. Autre problème provoqué par ce système à double visage: le creusement des disparités sociales. On sait pertinemment que l’accès aux grandes écoles est réservé à une certaine élite aisée tandis que les masses populaires n’ont que l’université pour s’inscrire.

Cela envenime la tension sociale et aggrave le fossé entre les différentes classes de la société. A cela s’ajoute la disparité géographique qui concentre toutes les grandes écoles et les enceintes universitaires dans les principales villes, notamment Rabat et Casablanca.

Avez-vous des solutions à tous ces problèmes?
Le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur se penche actuellement sur une réforme globale qui consiste à instaurer un système unifié de l’enseignement supérieur. Un système qui permettra, entre autres, au ministère de l’Éducation nationale d’avoir un contrôle académique et pédagogique, mais aussi administratif, sur les universités et les grandes écoles. La réforme envisage également la révision du statut pédagogique de l’enseignant universitaire ainsi que la réhabilitation et la modernisation de l’infrastructure universitaire.

J’espère de tout mon coeur que cette réforme résoudra au moins une partie des graves problèmes qui minent notre enseignement supérieur.

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