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À la redécouverte d’El Harhoura

Un paradis à une dizaine de kilomètres de la capitale

Du temps où Hassan II se rendait au palais de Skhirat, El Harhoura a connu un véritable boom immobilier.

“Que de fois l’on jubilait, étant des jeunes filles de 14 ans, à la vue de feu le roi Hassan II qui longeait en décapotable la côtière d’El Harhoura, Une côtière qui rognait moins de terrain qu’aujourd’hui, et qui rendait au palais de Skhirat, ce même palais témoin du putsch de 71”, nous raconte, pleine de souvenirs, celle dont les parents comptent parmi les premiers acquéreurs d’un lot à El Harhoura, Elle rajoute: “Le climat lui était bénéfique, le soulageait de son asthme, ce fut le cas de ma soeur aînée aussi”. De tout temps, les sujets du monarque s’arrachaient les terrains avoisinant sa demeure, sacrant cela d’une distinction nommée: les “voisins de Sa Majesté”.

Une coutume qui persiste jusqu’à nos jours, et qui a connu, lors du règne de Hassan II, un investissement important, de par la tendance qui prévalait à l’époque, des terrains, alors vagues, d’El Harhoura, ou encore de Bouznika. Avec Mohammed VI la tendance est au nord. Il est naturellement une autre catégorie qui a élu sa maison de vacances, ou sa demeure au quotidien, dans cette agglomération balnéaire qui s’étend sur une douzaine de km. Les premiers lots accueillaient des villas à un étage, il a fallu une quinzaine d’années, pour en venir à d’autres hauteurs.

Pétition contre la “sur-construction”
Des lots acquis, pour la plupart, par l’ancien ministre de la jeunesse et des sports, El Mehdi Benbouchta, également premier président du conseil d’El Harhoura, puis revendus à d’autres. “Il n’y avait, dans les années 70, que la nôtre de maison et la sienne”, nous confie une habitante qui se désole de la densité due à une “sur-construction” qu’a connue le lieu. “L’on a signé une pétition afin d’avoir un club de sport plutôt que de nouvelles villas, chose qui n’a pas eu lieu, j’ai le souvenir de faire du cheval, là où s’étalent ces villas en masse”. El Harhoura, d’après ses premiers habitants, ressemblait plutôt à un village où se mêlaient Marocains et étrangers dans un rapport de convivialité et de bonne vie.

“De nos jours, l’on se souhaite rarement le bonjour. Le temps où jeunes et vieux formaient, comme qui dirait, une famille, pleine de vie et d’égards, est, hélas, révolu”, se lamente un témoin de l’époque pour rajouter “les vieux jouaient à la pétanque, les jeunes au volley, on organisait des compétitions, et la vie faisait un beau cours, mais c’est fini maintenant!” EL Harhoura a aussi été témoin de vestiges d’hommes préhistoriques. Des fossiles d’homo-sapiens, déposés au musée de Rabat, ont été trouvés il y a une quarantaine d’années dans un terrain vague par de jeunes adolescents. L’une d’entre eux, à son cinquantième printemps, rapporte “on jouait, puis on est tombés sur des os qu’on pensait être des os d’hommes, nos parents se moquaient de nous et disaient que c’étaient des os de poulets sans plus, finalement, on a eu raison”.

Absence d’espaces verts
Cette découverte a fait l’objet d’un article de journal qui citait, à l’heure des faits, que la fille de Benbouchta était l’auteur de cette découverte. D’un ton enjoué et enfant, une de ses amies nous rapporte, 40 ans après, les faits: “ce n’est pas vrai, on les a tous trouvés”. Parmi les témoins l’on compte ceux qui regrettent cette montée d’entraves à la liberté que connaît le pays “Ici même, je me rappelle nous balader en maillots, ça ne gênait personne”.

Autre chose qui turlupine les habitants, c’est l’absence des espaces verts. “L’on multiplie les villas, l’une à côté de l’autre, ça devient plutôt un investissement, on connaît le rapport du Marocain à la pierre… Un de mes voisins a même fait fi de son jardin pour y construire une villa, car à 20.000 Dhs le mètre, il faut dire que ça rapporte”. EL Harhoura, en dépit du prix du mètre carré qui ne cesse de flamber, ne décourage pas les investisseurs pour autant, elle connaît, au contraire, un accroissement d’activité de construction, mais aussi de restauration, certains, ayant abandonné leurs demeures un moment, y viennent apporter des retouches, puis y habiter à nouveau. “Il est plus commode de s’y installer qu’auparavant, car, à l’époque, pour faire ses courses, on n’avait d’autres choix que de se rendre à Rabat, qui se trouve à une douzaine de km d’ici, puis il n’y avait pas de transports en commun, il fallait être motorisé”, nous rapporte un témoin qui renoue avec son ancienne demeure.

De nos jours, la commune d’El Harhoura, dont le conseil est actuellement présidé par Faouzi Benallal, compte des cafés, des restaurants, des supermarchés, bref, tout ce qui peut faire une ville correcte. Un responsable communal nous annonce également des projets à venir, des projets faits de rénovations au niveau de la corniche, qui s’étend sur toute la côte ou presque, d’assainissement des eaux, de l’élargissement de la route Mohammed VI, du fait que la commune connaît une affluence importante du trafic surtout en période estivale, où les plages des Contrebandiers, du Sable d’or, de Sid El Abed, se voient gorgées de monde. El Harhoura connaîtra également l’émergence d’un amphithéâtre, de nouveaux centres de loisirs et d’espaces verts. De la sorte, El Harhoura aura perpétué cette grâce royale qui l’a vu naître, dans l’air du temps qui la voit venir.

Hicham Aboumerrouane

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