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A la recherche du pouvoir perdu

Le film de Mohamed Ahed Bensoudda dans les salles depuis le 17 janvier

Le nouveau film de Mohamed Ahed Bensouda joue des contraires. C’est à la fois le pouvoir, l’amour et l’art. Un général dans les filets de Proust puis de l’amour. Il aime une chanteuse qu’il détruit, puis un pouvoir qui l’achève.

Ceci n’est pas du Proust… Du moins à juger par le phrasé. Proust, lui, peut vous faire une tirade de 13 pages. Pas le film. C’est tout le contraire, ce film a manqué la sourdine. Mais peut-être que c’est dans l’ordre… car dans la maison du général, la retenue est de mise. Un décor qui nous vient 9 fois sur 10. Mais peut-être est-ce l’ordre encore… car c’est là que gît dans les volutes du tabac, et l’enclos de l’alcool, la femme du général… pourtant pas une bouffée d’air quand le général vaque à ses missions à n’en pas finir…

Là se situe le cul-de-sac, le vrai, car on fait ici la boucle du film. Entre abandon qui traine, et retrouvailles qui fuguent, l’artiste de mémoire… qui, jadis, égayait de sa voix d’airain les têtes légères de vin et de bonne vie, mais de Brel et de Piaf, et de tout le classique du piano dans un cabaret de la ville est repêchée par le Général. Il la veut pour femme… elle troque ce qu’elle appelle son art contre une vieillesse doublée d’emmurement. Un général en mal avec son époque et qui en traine les travers du poste de télé à la table d’échecs, puis des échecs à sa femme…. Ou ce qu’il en reste, car, comme le cycle du film, elle finit par s’user. Peut-être est-ce là un film qui se règle sur les signes. Car, disons-le, la grandeur des allusions est salvatrice. Vous avez là une trinité qui peut excuser le peu d’écriture…. D’abord, le pouvoir incarné dans la personne du général. On ne pouvait, ici, oser mieux… un dur à cuir qui ne peut que boire au basculement du monde. Du whisky pour la chute des dirigeants tel Keddafi mais un double pour l’avènement de Daesh.

Le général tombe…
Mais grandeur pour grandeur, on aurait pu y aller de tout le gaz… général pour général, il aurait pu être Bonaparte, mais il fallut là, une trahison. Pas une dans le film… c’est dommage… la femme du général aurait pu être une Joséphine, ou, le colonel son ami, un Talleyrand à qui il balancerait sans vergogne «Vous êtes une merde dans un bas de soie»… ceci est une réecriture. Comme deuxième grandeur, il y a Proust. Comme un bon clivage, car l’ordinaire refuse que le général s’emmêle de lettres. Les lettres lui font une aura d’esprit qui tranche avec la brute qu’il peut être.

Mais ceci dit la danseuse n’est pas pour autant Albertine. Car Albertine serait plutôt une Jeanne Duval ou une George Sand. Ici, l’artiste subit. Subit oui, mais ce n’est pas non plus Agathe… peut-être que le sein arraché de la sainte Agathe nous renverrait le cancer de sein de l’artiste… comme quoi, on pouvait aller plus loin qu’un Proust en livre de poche… ceci dit, on l’aurait plutôt aimé relié pour un général. Comme troisième grandeur, la femme justement…. La morale fine du film, le général tombe de faiblesse pour son merveilleux ennemi, comme dirait Brel, et s’il avait à dire du Proust pour sa femme cancéreuse, il dirait sûrement «Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie, Comme on s’ignore…»

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