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À nu l’infrastructure !

Driss Fahli

Expliquer le sous-développement a toujours été complexe et difficile. Ses facteurs et ses conséquences sont multiples et variés. Ses causes s’imbriquent dans ses effets et ses séquelles alimentent son renforcement. Loin de moi l’idée d’en aborder l’explication car je n’en vois pas l’utilité. En fait, Je n’ai besoin pour cette chronique que de la devise qui marque le début du sous-développement, là où s’arrête l’entretien et la maintenance. Ces dernières semaines un petit vent de quelques dizaines de kilomètres à l’heure et une pluie qui n’a rien de torrentielle ont mis à nu les défaillances des communes à entretenir les infrastructures de nos villes et mis en exergue le manque de supervision de l’État. Mettre à nu quelque chose qui est déshabillée depuis belle lurette est le comble de la décrépitude.

Déjà qu’en temps normal, les infrastructures des villes sont abandonnées à leurs sorts au point de constituer un danger permanent pour la sécurité publique. Une fois oeuvrées, elles sont oubliées jusqu’à dégradation. Les nids de poules parsèment toutes les rues et d’autres écueils jonchent l’environnement. L’entretien n’est pas la culture privilégiée des élus communaux. Le nombre incalculable de poteaux d’éclairage aux fils électriques apparents et dénudés se compte par centaines. Pire, si dans les quartiers huppés de la ville la face est arrangée au détriment du revers, dans ses zones populaires, l’abandon est abracadabrant. Une pluie légère a submergé la ville et un vent moyen a fait tomber des poteaux électriques bringuebalants en rupture de maintenance sur la tête d’un touriste chinois en recherche d’inspiration dans le plus beau pays du monde. Si des villes comme Casablanca, Rabat ou Fès souffrent des perpétuelles et mêmes carences communales que peut-t-on espérer à Aïn Taoujdat, Imzouren, Foumzguid ou Jerada?

Toutes ces villes aux noms bizarres, réduites au statut de patelins oubliés par l’Etat, prennent de plus en plus conscience de leurs droits au minimum vital qu’elles n’ont pas. À chaque protestation de leurs populations, les réactions officielles se font tardives et finissent par des promesses chimériques de lendemains qui enchantent. Faire avaler la pilule aux protestataires et reporter à après-demain ce qui devait se faire hier est la solution retenue pour répondre aux besoins immédiats d’une majorité de la population dénuée de tout.

L’approche du gouvernement, sous supervision du FMI et de la Banque Mondiale, est inappropriée. C’est bien de pondre du Masen comme source inépuisable de développement sur le plan national, mais le besoin de la marmite est dans le plan d’action immédiat et régional. Tous ces jeunes sans travail, sans éducation, sans hôpital, sans avenir ne peuvent pas patienter avec des projets Powerpoint mirobolants. Il leur faut du travail, du pain et du socio-économique. Il y a de cela une vingtaine d’années, un polytechnicien de malheur, adulé par le système Basri et sans vision sociale, avait privilégié le modèle libéral sur la question sociale et laissé toute la région de Jerada en déshérence alors qu’elle vivait très bien de sa houille. Le prix à payer aujourd’hui d’une telle décision est sans commune mesure avec les économies réalisées par le tripotage de ce cerveau formaté.

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