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À l’amour comme à la guerre

Dépénalisation des relations sexuelles hors mariage

Plusieurs personnalités nationales sont d’avis qu’il faut dépénaliser les relations sexuelles hors mariage du moment qu’elles ont lieu dans la sphère privée.

Le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, avait fait jaser suite à l’interview publiée le 12 février dernier par le journal électronique Hespress où il se disait favorable à la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage du moment qu’elles concernaient deux adultes consentants, sans violence. «Il faut que nous triomphions pour la liberté, toujours, et pour le respect de la vie privée et personnelle,» avait-il soutenu. Tout juste avait-il ajouté qu’il fallait que l’exercice de cette «liberté» ne déborde pas l’espace public, dans la mesure où les relations sexuelles hors mariage ne font pas d’après lui consensus dans la société, et qu’il fallait donc respecter les autres. En eux-mêmes, ces propos ne sont pourtant pas révolutionnaires, puisque même le prédécesseur de M. Aujjar, Mustapha Ramid, avait affirmé en juillet 2015, lors d’un ftour débat organisé par le quotidien L’Économiste, que «si les voisins ne se plaignent pas à la justice parce qu’un couple non marié les dérange, ces derniers ne seront jamais incriminés», sachant qu’il est issu du Parti de la justice et du développement (PJD), dont le référentiel islamiste est aux antipodes du discours sur les libertés sexuelles. En tout cas, beaucoup y sont allés de leur avis pour les commenter.

Ce n’est cependant pas la majorité des Marocain- e-s qui auraient sans doute tenu ce discours. Ainsi, 84% de la population marocaine seraient hostile à un changement de la loi, dans le sens de dépénaliser les relations sexuelles hors mariage, selon un sondage publié en octobre 2014 par le cabinet de sondage TNS (Taylor Nelson Sofres). Pour rappel, le code pénal punit de l’emprisonnement d’un mois à un an toutes personnes de sexes différents qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles (article 490).

Interdit sociétal
Pourtant, beaucoup de Marocain-e-s ont une sexualité en dehors des liens du mariage, et le phénomène tendrait d’après certains sociologues à prendre davantage d’ampleur à mesure que l’âge du mariage recule: en octobre 2013, le Haut-Commissariat au plan (HCP) avait ainsi révélé qu’en 2010, les femmes s’étaient par exemple mariées 9,3 ans plus tard qu’en 1960, soit 26,6 ans contre 17,3 ans 50 ans plus tôt. C’était également la même moyenne pratiquement -25,8 ans- lors du dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) réalisé en septembre 2014 par la même institution, contre 31,2 ans pour les hommes.

Si ce recul pourrait s’expliquer par des raisons aussi diverses que différentes au regard des conditions de vie et de la mentalité de tout un chacun (études plus avancées en moyenne qu’au début des années 1960, hausse du coût de la vie, individualisme), il n’en demeure pas moins que beaucoup doutent du fait que les Marocain-e-s puissent aussi longtemps continuer à faire voeu de chasteté, et ce malgré l’interdit sociétal et surtout religieux qui frappe la sexualité hors mariage. «Il s’agit tout simplement d’un besoin humain,» nous explique le psychologue clinicien, psychothérapeute et sexologue Aboubakr Harakat, qui se dit également favorable à un changement de la loi et fustige l’hypocrisie des Marocain-e-s en ce qui concerne la question de la sexualité hors mariage.

“Un besoin humain”
Pour lui comme pour M. Aujjar, du moment que deux adultes, quand bien même ils ne seraient pas mariés, ont des rapports sexuels dans un cadre privé, la société n’a pas à s’en mêler. «Qu’est-ce qu’on a à venir fouiner dans les chambres à coucher des gens! C’est une question qui ne regarde que les concernés. Je ne dis pas qu’il faille heurter la société; comme pour la question du jeûne de Ramadan, il faut prendre en considération le sentiment de la majorité, qui quoi qu’on dise est conservatrice. Mais au-delà des murs et à l’abri des regards, on doit pouvoir rester libre, et ce sans que l’on ne craigne d’être inquiété par la loi,» nous déclare M. Harakat. Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales de défense des droits humains avaient ces dernières années pris fait et cause pour la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage.

Dans son dernier rapport mondial, rendu public le 18 janvier 2018, Human Rights Watch avait ainsi considéré que la pénalisation de l’adultère et des relations sexuelles consensuelles entre personnes non mariées a un impact discriminatoire en matière de genre, dans la mesure où les victimes de viol risqueraient de faire l’objet de poursuites si leurs accusations ne sont pas maintenues. «Les femmes et les filles font également l’objet de poursuites en cas de grossesse et d’accouchement hors mariage,» avait ajouté l’ONG basé à New York, aux États-Unis.

Le groupe de travail sur l’examen périodique universel, relevant du Conseil des droits de l’Homme de l’Organisation des Nations unies (ONU) avait également, en mai 2017, lancé un appel dans ce sens au gouvernement marocain; mais ce dernier n’y avait cependant pas fait suite au prétexte que l’abrogation de la loi interdisant les relations sexuelles hors mariage s’inscrirait en faux contre les «constantes nationales » (dixit M. Ramid, qui s’était exprimé en tant que ministre d’État chargé des Droits de l’Homme).

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