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Et à la fin, c’est Laenser qui gagne

Tenue à Rabat du XIIIe congrès du Mouvement populaire

Pour la neuvième fois de suite, Mohand Laenser se retrouve élu secrétaire général du Mouvement populaire.

Mohand Laenser ne devrait donc pas de sitôt prendre sa retraite. Le XIIIe congrès du Mouvement populaire (MP), qui s’est tenu du 28 au 30 septembre 2018 au Complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat, l’a pour la neuvième fois de suite -depuis octobre 1986- élu à la tête de la formation de l’épi. Sur 1.968 voix exprimées, M. Laenser en a obtenu 1.554, contre 289 pour son adversaire Mustapha Slalou, et 125 suffrages qui ont été invalidés par la commission préparatoire du congrès, présidée par l’ancien ministre des Transports dans le gouvernement Abdellatif Filali II, Said Ameskane.

Dans un message où il lui a exprimé ses félicitations et ses voeux de plein succès, le roi Mohammed VI a considéré que la confiance renouvelée en sa personne témoigne de l’estime dont il jouit au MP, eu égard à son parcours politique et militant, son engagement à défendre les principes du parti et sa quête continue pour renforcer sa position sur l’échiquier politique national. «Ce qui ne souffre aucun conteste, c’est que tu ne ménageras aucun effort pour poursuivre ce parcours, et ce grâce à l’expérience que tu as cumulée et au patriotisme sincère et à l’attachement solide aux sacralités de la nation et à ses constantes que nous te connaissons,» a poursuivi le Souverain. Le principal concerné s’est, pour sa part, félicité des conditions «positives » ayant selon lui présidé au congrès du MP, bien que M. Slalou ait contesté sa réélection.

Ce dernier, qui était monté sur l’estrade au moment où M. Ameskane annonçait le début du vote, s’est plaint de ce qu’on l’aurait privé de prendre la parole pour défendre son programme, tandis que M. Laenser en aurait eu «plusieurs fois» l’occasion, et de n’avoir pas reçu de la part la commission préparatoire la liste des congressistes qui lui aurait permis de mener campagne auprès d’eux. «La victoire m’importe peu, ce qui m’importe c’est que le parti gagne, [qu’on dise] qu’il y existe la démocratie interne,» a toutefois tenu à préciser M. Slalou, membre par ailleurs du bureau politique.

Le parti sur le bout des doigts
Mais le fait est que dans la logique des choses, M. Laenser ne pouvait qu’être réélu. Le président de la région de Fès- Meknès, qui fut plusieurs fois membre du gouvernement au cours de sa carrière politique (ministre des Postes et Télécommunications de novembre 1981 à août 1992, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes de novembre 2002 à septembre 2007, ministre d’État de juillet 2009 à janvier 2012, ministre de l’Intérieur de janvier 2012 à octobre 2013, ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire national d’octobre 2013 à mai 2015 et ministre de la Jeunesse et des Sports de mai 2015 à octobre 2015), connaît son parti sur le bout des doigts, et ne pouvait se présenter s’il n’était pas sûr de l’emporter. Il a d’ailleurs longtemps hésité à annoncer sa candidature, se contentant de souffler dans des interviews au journal électronique Le360 et au quotidien arabophone Al-Ahdath Al-Maghribia -respectivement les 6 et 8 septembre 2018- qu’il n’écartait pas de la présenter, et ce à trois semaines seulement du congrès.

Une candidature potentielle
Tout au long des mois écoulés, c’est plutôt Mohamed Hassad, lui aussi plusieurs fois ministre (Travaux publics, Formation professionnelle et Formation des cadres de novembre 1993 à janvier 1995, Intérieur d’octobre 2013 à avril 2017 et Éducation nationale, Formation professionnelle, Enseignement supérieur et Recherche scientifique d’avril 2017 à octobre 2017), qui semblait tenir la corde. M. Laenser avait lui-même plusieurs fois déclaré que l’intéressé pouvait bien lui succéder et devenir ainsi le troisième secrétaire général du MP après Mahjoubi Aherdane, qui avait fondé le parti en octobre 1957, et lui.

A cet égard, la commission préparatoire avait procédé, le 5 août, à un changement de l’article 50 des statuts -devenu aujourd’hui l’article 27- qui interdisait à quiconque de briguer les commandes s’il n’avait pas complété un mandat en entier au bureau politique -ce qui n’était pas le cas de M. Hassad, qui n’avait rejoint le MP qu’à sa désignation à la tête du ministère de l’Éducation nationale en avril 2017.

D’aucuns avaient compris que ce dernier se voyait ainsi offrir une voie royale pour présider aux destinées du parti. Sauf qu’apparemment, M. Hassad continuait visiblement de souffrir de son limogeage du 24 octobre 2017, après le rapport au vitriol de la Cour des comptes l’ayant accusé lui et huit autres anciens responsables du gouvernement Abdelilah Benkirane des dysfonctionnements enregistrés dans la mise en oeuvre du programme de développement spatial de la province d’Al Hoceima, Manarat al-Moutawassit, lancé en octobre 2015 par S.M. le roi Mohammed VI. D’ailleurs, un mouvement qui s’était fait appelé «Kafa mintad» (Assez de parachute, en arabe) était apparu au MP afin de contester sa potentielle candidature, qui était dans le pipe. M. Hassad a donc tout bonnement préféré ne pas se soumettre à l’épreuve des urnes.

Bien qu’il ne soit plus tout jeune -il est né en 1942 dans la ville d’Imouzzer Marmoucha, dans la province de Boulemane-, Mohand Laenser n’en continue pas moins, pour beaucoup de membres de son parti, de représenter un pan de l’avenir, dans la mesure où il symbolise son unité et, surtout, ses aspirations à continuer de jouer les premiers rôles dans le paysage politique national. A ce sujet, il a fait part de son intention de poursuivre la participation du MP au gouvernement aux côtés du Parti de la justice et du développement (PJD), bien qu’il avoue diverger avec la formation islamiste sur différents points, notamment la question de l’officialisation de la langue amazighe, qui tarde encore à voir le jour -en principe, cette officialisation devait avoir été mise en œuvre dans la foulée de l’adoption de l’actuelle Constitution, qui avait donné un caractère officiel à la langue en juillet 2011. Pour quatre ans encore en principe, il faudra continuer de compter avec M. Laenser…

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