C’est connu dans tous les domaines de la vie: les gens résistent toujours aux changements. Ils y sont allergiques surtout lorsqu’on leur enlève les privilèges que leur offre le statu quo. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le secteur de la pêche, au lendemain de l’annonce par le ministre de l’Agriculture et des Pêches maritimes, Aziz Akhannouch, d’une nouvelle stratégie pour le secteur de la pêche, baptisée Halieutis. Un plan ambitieux et fondateur d’une nouvelle vision dont l’objectif ultime est de mettre à niveau ce secteur aux structures archaïques, repêché d’une crise ancrée et historique, mais qui recèle assurément un fort potentiel de croissance. Certains lobbys, formés d’armateurs et d’industriels, n’aspirent pas à la modernisation de ce secteur car ils trouvent leur compte dans l’archaïsme.
Or, ce que leur propose le ministre est non seulement de mettre à niveau du secteur de la pêche, mais aussi de la mettre aux normes les plus exigeantes en termes de qualité sur le plan international. Le ministre se fixe également comme objectif d’offrir aux consommateurs marocains un poisson frais, de qualité mais surtout pas cher. Car, historiquement, et depuis la nuit des temps, tout le monde se pose cette question évidente: comment se fait-il que le Maroc, qui possède deux façades maritimes, une atlantique et l’autre méditerranéenne, totalisant plus de 5.000 kilomètres, n’offre jamais aux Marocains un poisson d’une bonne qualité et bon marché? Personne n’a jamais rien compris à cette situation, malgré tous les discours officiels qui avancent l’importance de nos relations avec l’Union européenne. «Cette situation va changer», promet-on dans l’entourage du ministre.
Compétitivité
En effet, les observateurs avertis estiment qu’Halieutis est une stratégie intégrée, ambitieuse et globale. Elaborée conformément aux orientations stratégiques de SM le Roi Mohammed VI, elle vise la mise à niveau et la modernisation des différents segments du secteur de la pêche ainsi que l’amélioration de sa compétitivité et de sa performance. Le Souverain a présidé, mardi 29 septembre, la cérémonie de présentation de cette nouvelle stratégie du secteur halieutique, organisée dans le cadre des travaux du Conseil supérieur halieutique, que préside le ministre Akhannouch. Cette grande stratégie entend ériger le secteur en un véritable créneau de développement du Royaume. Elle ambitionne de valoriser de façon pérenne la richesse halieutique marocaine et de tripler le PIB du secteur d’ici 2020 pour en faire un véritable moteur de croissance pour l’économie marocaine. Elle vise ainsi à augmenter le nombre des emplois directs à 115.000, contre 61.650 actuellement et à accroître la valeur des exportations des produits de la mer à plus de 3,1 milliards de dollars, contre 1,2 milliard en 2007. Le plan Halieutis prévoit également la concrétisation d’un certain nombre de projets phares de transformation et de valorisation des produits de la mer, avec à leur tête la création de trois pôles de compétitivité, à savoir Tanger, Agadir, et Laâyoune-Dakhla, devant mobiliser des investissements de neuf milliards de dirhams.
La nouvelle stratégie halieutique procède d’une vision sectorielle prospective et intégrée. Elle s’appuie sur trois principaux axes déclinés sous forme de projets, à savoir: l’exploitation durable des ressources et la promotion d’une pêche responsable impliquant les pêcheurs considérés également comme acteurs majeurs de développement du secteur; le développement d’une pêche performante et de qualité;et le renforcement de la compétitivité à même de conquérir de nouvelles parts de marché tant au niveau national que mondial.
Gouvernance
Les trois axes de la stratégie Halieutis se déclinent aussi en 16 projets: quatre projets concernent la durabilité, quatre projets portent sur la performance, trois projets relatifs à la compétitivité et cinq projets transversaux concernant les actions prévues pour l’encadrement du secteur. En outre, Halieutis a mis l’accent sur un volet important à savoir la gouvernance du secteur. Ainsi, sur le plan institutionnel, elle a prévu la mise en place d’une gouvernance publique forte et mobilisatrice pour moderniser le secteur halieutique. L’objectif ultime étant la mise en place d’un système de gouvernance sectorielle permettant un transfert de pouvoir graduel aux régions et au secteur privé. En parallèle, un travail d’organisation du secteur est lancé à travers l’organisation de la représentation professionnelle et l’encouragement d’une interprofession.
Dialogue
Ce faisant, le secteur de la pêche marocaine bénéficiera certainement d’une synergie des efforts et d’une bonne gouvernance à la fois nationale, régionale et locale de nature à fédérer tous les opérateurs autour des décisions majeures bénéfiques pour la gestion et le développement du secteur. Le système de gouvernance sectorielle vise également la mise en place d’un dialogue transparent et efficace entre le gouvernement et les professionnels du secteur de la pêche.
Deux conventions de partenariat ont été signées entre les départements ministériels concernés et plusieurs acteurs institutionnels portant sur la promotion des activités de pêche et le développement des infrastructures y afférentes. La première convention concerne le contrat de performance de l’Office national des Pêches (ONP) au titre de période 2009-2012. Quant à la deuxième convention, elle porte sur la concession des ports de pêche en faveur de l’ONP.
A travers cette nouvelle stratégie, le Maroc a posé les jalons d’une excellente relance du secteur halieutique marocain. Ainsi, sous l’impulsion royale, ce secteur vient de négocier un tournant décisif et historique au niveau de son développement et de sa gouvernance. Halieutis est bel et bien un plan de grandes espérances, une stratégie de grandes ambitions avec une feuille de route bien tracée pour le développement et la modernisation du secteur de la pêche au Maroc. L’objectif ultime est de faire de ce secteur un moteur de croissance pour l’économie marocaine.
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