C’est officiel. Des tarifs de voyage préférentiels seront accordés dès cet été aux Marocains Résidant à l’Etranger (MRE) afin d’encourager le tourisme de ces derniers dans leur pays d’origine. Un accord de partenariat a été signé dans ce sens lundi 1er juin 2009 à Casablanca entre le ministère délégué chargé de la Communauté marocaine résidant à l’étranger et la Royal Air Maroc (RAM).
Cette mesure intervient moins d’une semaine à peine après que le ministre attitré, Mohamed Ameur, ait annoncé au Parlement, le 27 mai 2009, que les même MRE bénéficieront désormais et jusqu’au 31 décembre 2009, de la gratuité des transferts d’argent assurés par les banques marocaines ou leurs réseaux à l’étranger. En sus d’autres mesures phares en matière d’investissement et de crédit immobilier, décidées en accord avec le Groupement professionnel des Banques marocaines (GPBM). Comme l’attribution d’une subvention à hauteur de 10% du coût du projet (pas moins de 1 million de dirhams et pas plus de 5 millions de dirhams) à tout détenteur de projet. Ou encore, à partir de juin 2009, une baisse de 50% de la commission de change appliquée à l’ensemble des transactions avec l’extérieur avant sa suppression totale, dans un horizon de deux ans, de la part de l’Etat.
Crainte
Des coups de pouce en apparence ordinaires à l’approche des congés estivaux, l’été étant la saison favorite que la diaspora marocaine à travers le monde choisit pour ses vacances annuelles au pays. Mais, derrière cette campagne publicitaire aux airs gentils, se dresse une véritable opération séduction des expatriés, menée par un comité gouvernemental de veille stratégique et dissimulant, en filigrane, une crainte perceptible. Et légitime. Celle de voir “l’argent du beur”, principale source de devises pour le pays avant même les Investissements Directs Etrangers (IDE), fondre comme neige au soleil. Sans vouloir être alarmiste, les derniers chiffres rendus publics par le ministre de l’Economie et des Finances, ne prêtent pas à l’optimisme. Le dernier rapport du département de Salaheddine Mezouar fait ainsi état d’un recul sensible de 15,5% des transferts des MRE durant le premier trimestre 2009. A la fin de l’année en cours, le volume de ces transferts devrait atteindre 45 milliards de dirhams. Inquiétant quand on apprend qu’en 2007, ces fonds atteignaient 57 milliards de dirhams.
Impact
Pointée du doigt par le gouvernement marocain, qui a d’ailleurs mis en place dans ce sens le comité de veille stratégique: la crise financière mondiale, qui commence à s’étendre à l’Afrique. Une récession dont l’impact n’a pas tardé à se faire ressentir sur les revenus et partant, le niveau de vie des 3,2 millions de Marocains et Marocaines résidant à l’étranger (dont 85% en Europe, 9% dans les pays du Golfe et 6% aux USA). Notamment en Espagne, où la piètre conjoncture internationale est venue s’ajouter à l’effondrement de l’immobilier, principal employeur des 600.000 Marocains.
Nombre parmi ces expatriés font montre aujourd’hui de prudence quant à leurs dépenses face à des lendemains incertains. Quoi qu’il en soit, ce recul notable des transferts des MRE est une réalité inquiétante quand on sait que ces derniers couvrent les deux tiers du déficit de la balance commerciale et contribuent à hauteur de 9,6% au PNB. Ou, plus éloquent encore, que l’épargne MRE constitue 30% des dépôts bancaires au Maroc et qu’un million de Marocains échappent à la pauvreté grâce à l’argent envoyé par leurs proches depuis leur exil.
Mais ceci étant, cette crise planétaire et conjoncturelle est-elle la seule à blâmer dans cette baisse des transferts de la communauté marocaine? Certainement pas. Sans aller jusqu’à parler de désaffection pour le Maroc, les quelques études réalisées à ce jour montrent que le profil du MRE a considérablement changé en l’espace de quelques décennies. C’en est fini de l’ouvrier automobile, le mineur ou le maçon qui rentraient au “bled” tous les étés et durant les fêtes religieuses. Ces émigrés ont aujourd’hui des enfants et des petits-enfants, tous nés et élevés là-bas.
Horizon
Certains sont de beaux modèles d’intégration et de réussite, à l’image d’une Rachida Dati ou d’un Jamel Debbouze, enfants de la seconde génération. D’autres, la majorité, butent encore contre le fameux “plafond de verre” de Yasmina Benguigui et peinent à se faire une place au soleil face à une discrimination raciale et religieuse qui ne dit pas son nom. Ils ne s’en sentent pas moins foncièrement français, hollandais, belges ou finlandais et sont de moins en moins nombreux à vouloir passer leurs congés dans le pays d’origine de leur parents, encore moins à y investir ou s’y installer définitivement.
Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que les packages “MRE tourisme” du gouvernement ciblent en priorité les enfants, les jeunes et les familles. C’est dire si le lien avec le Maroc, affectif comme matériel, va en s’effilochant. Quant aux MRE d’Espagne et d’Italie, majoritairement jeunes et peu ou pas diplômés, leur émigration est bien trop récente pour pouvoir en dresser un tableau fiable et durable.
Enfin, une autre catégorie de MRE a vu le jour depuis le début des années 90: celle des étudiants de grandes écoles d’ingénieur ou de commerce et de lauréats d’universités qui, généralement entièrement pris en charge par leurs parents et une fois leur diplôme en poche, préfèrent souvent élire domicile dans leur pays d’accueil. Faute d’horizon professionnel et d’environnement socio-économique et entrepreunarial motivant dans leur pays d’origine. Sans oublier la diaspora juive marocaine et son million d’âmes à travers le monde.
Mais quelles que soient leur origine et leur condition sociale, leur âge ou leur sexe ou leur appartenance religieuse, tous ces Marocains du monde aspirent à être considérés autrement que comme un simple robinet à devises. La démarche de Mohamed Ameur changera-t-elle enfin la donne?
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