Baisse de 50% de l’émigration clandestine par mer
Les pateras ne voguent plus

La crise économique a réussi là où l’approche sécuritaire a échoué. L’émigration clandestine vers Espagne est en baisse.

Ismaïl Harakat

 


L’émigration clandestine à bord de pateras a chuté de 50%.

 

“L’arrivée de candidats à l’émigration clandestine à bord de pateras en Espagne a chuté de 50% durant le premier trimestre 2009”, a déclaré le 15 mai Consuelo Rumi, secrétaire d’Etat espagnole chargée de l’Immigration. Ce chiffre englobe aussi bien les tentatives de débarquement au large des côtes andalouses que celles vers les Iles Canaries. Cette dernière destination n’aurait connu aucune activité dans ce sens durant le mois d’avril 2009, selon Mme Rumi, ce qui constitue un événement exceptionnel dans l’histoire récente de l’émigration clandestine. Globalement, la baisse enregistrée au niveau des tentatives de débarquement en péninsule ibérique ou aux Iles Canaries a été de l’ordre de 22% en 2008. Une tendance appelée à s’accélérer comme le démontre le bilan du premier trimestre de l’année en cours. Les chiffres avancés par la titulaire du portefeuille de l’Immigration espagnole sont de la plus haute importance même en faisant montre de circonspection à cet égard. Il est vrai que ces chiffres tiennent compte des arrivées enregistrées et non pas des disparitions d’embarcations de fortunes en pleine traversée au large de l’Atlantique ou de la Méditerranée. N’empêche. Il s’agit là d’une évolution significative qu’on ne peut passer sous silence. La crise économique qui frappe sévèrement le continent européen a donc eu une incidence directe sur un fléau qui a valu à l’Afrique un cortège de drames.
Juste avant la crise, alors que le besoin en main d’œuvre se faisait ressentir cruellement dans des pays comme l’Espagne ou l’Italie, on fermait les yeux sur ce trafic qui faisait les affaires de tout le monde. Des agriculteurs et autres patrons de petites et moyennes industries pouvaient ainsi exploiter pour pas grand chose le clandestin, avec en prime aucune forme de protection sociale au profit de ces travailleurs. Les commerçants et hôteliers étaient également gagnants puisque la paie des clandestins faisait tourner le commerce et permettait de payer les frais d’hébergement.
Évolution
Quant aux immigrants, tout en étant exploités, ils avaient la satisfaction d’envoyer des sous aux leurs quitter à endurer les pires privations. En plus, ils pouvaient toujours aspirer à une régularisation lors des campagnes organisées par le gouvernement.
Tout ça appartient au passé. Les corvées réservées aux nouveaux arrivants sont prisées par les autochtones eux mêmes. Dans ces conditions, l’effet d’entraînement qui a été l’origine de dizaine de milliers d’arrivées produit exactement l’effet contraire. Ceux qui sont parvenus à régulariser leur situation et qui se rendent au pays en vacances dressent le portrait le plus sombre qui soit de la réalité de la vie en Europe en ces temps de crise.
Les Marocains en provenance d’Europe font ainsi, sans le vouloir une excellente campagne de sensibilisation contre l’émigration clandestine puisqu’ils sont les premiers à dissuader les leurs de courir le risque. Ceux qui encourageaient le petit frère ou le voisin à tenter l’aventure sont devenus très rares puisqu’ils ne peuvent avoir sur la conscience un très probable échec.
C’est cette lecture qu’il faut donner aux chiffres rendus publics par la titulaire espagnole de l’Immigration. Et, assurément, c’est une très bonne nouvelle rendue possible grâce à la crise.