•Nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara
Le bluff algérien

Le Polisario voulait réduire la force d’interposition de la Minurso en gendarme de notre bonne observance des droits de l’Homme au Sahara. Une propostion qui sent l’algérien à plein nez. Elle a fini là où bon lui sied: la poubelle.

A. Mansour


Christopher Ross. Il a suggéré des contacts informels et directs entre le Maroc et le Polisario.


À la dernière session du Conseil de sécurité de l’ONU, consacrée au Sahara, tenue le jeudi 30 avril 2009, le Polisario est arrivé avec une bombinette sous le bras. Le brevet de conception est évidemment estampillé Made in Algeria, avec accessoires diplomatiques et service après vente. Il s’agissait d’affubler la Minurso d’un nouvel accoutrement aussi bizarroïde que pernicieux. Celui d’un droit-de-l’homisme qui n’est absolument pas dans ses prérogatives. Les casques bleus devaient ainsi juger de notre observance des droits de l’Homme que nous sommes soupçonnés de ne pas respecter dans nos provinces sahariennes.
La couleuvre était trop grosse pour être avalée sans broncher; complètement hors de proportions des usages onusiens. La France, membre permanent du Conseil de sécurité, s’y est catégoriquement opposée. À juste raison.
La Minurso n’est pas une police urbaine, ni une brigade de civilité politique, mais une force militaire d’interposition pacifique, mais une force militaire d’interposition pacifique. Car s’il y a violation manifeste des droits de l’Homme, c’est dans les camps de Tindouf, du sud ouest algérien, où des dizaines de milliers de Sahraouis sont séquestrés depuis 34 ans. Ils sont privés du droit le plus élémentaire, celui de la libre circulation, c’est à dire la liberté de disposer de leur personne. Ce serait tenter de cacher le Soleil avec un tamis que de ne pas reconnaître cet état de fait dramatique où une population est prise en otage et instrumentalisée pour les objectifs hégémoniques régionaux d’Alger.

Pinaillage
Bien qu’appuyée par le Costa Rica et l’Ouganda, certainement travaillés au corps par les pétro-dollars algériens, la proposition du Polisario a été jetée à la poubelle. Il fallait passer à la rédaction d’un texte recevable par tous et susceptible d’être adopté à l’unanimité. Un travail de pinaillage linguistique que permettent les circonvolutions de langage propre à l’ONU. Les membres du Conseil, transformés en comité de rédaction, devaient rudement batailler sur chaque mot, selon les affinités politiques et le jeu d’alliances. Il faut reconnaître que le représentant de la France, Jean-Maurice Ripert, nous a été d’un grand apport. Il a même fait mieux, après le vote, en rappelant le soutien de la France au plan marocain d’autonomie interne pour le Sahara, mis sur la table des négociations depuis 2007.
Au final, une résolution portant le n° 1871 a été validée. L’unanimisme a prévalu. La question des droits de l’Homme a été contournée par une formulation selon laquelle il est «important de réaliser des progrès concernant la dimension humaine du conflit». On a envie de dire que la meilleure façon de répondre à cette injonction, c’est d’ouvrir les portes du camp de Tindouf; celles du Sahara marocain l’ont toujours été. On verra, alors, dans quelle direction le flux humain sera le plus fort, hors de Tindouf ou vers Tindouf.
Ce serait la meilleure forme d’autodétermination où les Sahraouis voteraient avec leurs pieds en allant rejoindre les leurs. Nul doute que les camps de Lahmada se videraient en moins de temps qu’il n’en faut pour mettre un bulletin dans une urne que le Polisario a rendue improbable.
En connaissance de cause. Les Sahraouis auraient ainsi “disposé d’eux-mêmes et de leur destin”. Un slogan cher à Abdelaziz Bouteflika, nouvellement réélu pour la vie, qui, un jour, nous a officiellement demandé de partager le Sahara marocain avec l’Algérie. Oublié, le référendum d’autodétermination. Pour en revenir à cette derrière résolution en date, cette dernière ressemble, au pire, au marché aux puces de Derb Ghallef; au mieux, à une auberge espagnole où chacun ne trouve que ce qu’on lui a permis d’y apporter, après un soft contrôle à l’entrée. La partie marocaine s’est montrée satisfaite du fait que le texte final appelle à faire preuve «de réalisme et d’un esprit de compromis… de bonne foi et sans conditions préalables.» Une formulation qui a été comprise comme un clin d’œil favorable à l’initiative d’autonomie présentée par le Maroc. Satisfaction enregistrée.

Fixation
À Alger, le Polisario s’efforce de faire “contre mauvaise fortune bonne mine”, en puisant dans le même texte, avec une fixation sur «l’autodétermination du peuple du Sahara occidental». Comme d’habitude, ce genre de résolutions consentuelles, telle que seule l’ONU sait le faire, donne matière à des réactions contradictoires du type «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil». Alors que chacun sait, pertinemment, que les négociations autour de ce vieux conflit, voulu par l’Algérie, sont en panne. Une réalité que Christopher Ross, le nouveau représentant personnel du SG de l’ONU pour le Sahara semble avoir compris au terme de sa première tournée au Maghreb.
Il a suggéré des contacts informels et directs entre le Maroc et le Polisario, comme préalable à une éventuelle reprise du processus de Manhasset débuté en juin 2007, après quatre rounds de pourparlers totalement stériles. Déblocage possible ou nouvelle chimère sur une autre génération de Sahraouis sacrifiés à Tindouf.