Ali Bouzerda, nouveau directeur général de la MAP
L’art et la manière

La nomination, le 9 janvier 2009, de Ali Bouzerda à la direction générale de l’agence officelle marocaine d’information Maghreb Arabe Presse couronne un long parcours au service de l’information. Un agencier doublé d’un professionel de la télévision.

Mouna Izddine

 


Ali Bouzerda. Dire la vérité et laisser son point de vue de côté.

 

Rabat, vendredi 9 janvier 2009. Siège de l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP). Allocutions solennelles, protocole de circonstance, tenues strictes et langage mesuré. Rien, dans l’expression ou l’attitude des officiels et des journalistes venus assister en cette fin d’après-midi à la cérémonie d’installation de Ali Bouzerda à la tête de la direction générale de la MAP, ne laisse deviner que, quelques heures à peine auparavant, aucun d’eux n’était encore au courant de cette nomination royale. Inattendue, celle-ci a eu l’effet d’une petite bombe médiatique dans le milieu de la presse. Et bien qu’il se murmurait depuis quelques semaines dans les couloirs de l’agence officielle à la capitale et dans quelques rédactions du pays, que le prédécesseur de Ali Bouzerda, Mohamed Khabbachi, serait prochainement appelé à remplir des fonctions diplomatiques, le nouveau patron de la MAP a avoué n’avoir été informé de sa nomination par le secrétariat du Roi Mohammed VI que ce même vendredi 9 janvier 2009.
Rigueur
Aucune explication n’a été fournie quant au remplacement de Mohamed Khabbachi. Une substitution plutôt qu’un limogeage, tant le prédécesseur de Ali Bouzerda semble avoir, de l’accord de son entourage professionnel, dirigé, si l’on peut dire, “le navire de l’information gouvernementale”, Un professionnalisme, «un dévouement et une abnégation» que ne manquera pas de saluer le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, qui présidait la cérémonie. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, Mohammed Khabbachi cède le gouvernail de l’agence de presse officielle à l’ex-directeur central de l’Information à la Société nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), Ali Bouzerda. Une main de fer gantée de velours... Affable, humble, toujours à l’écoute, comme tout homme de relations publiques, ce journaliste accompli, passionné par son métier, sait comment mettre ses interlocuteurs et ses collaborateurs en confiance. Créant une ambiance de camaraderie dans tous les services dont il prend la direction et liant aisément connaissance avec des gens de tous bords, de toutes classes sociales et professions confondues.
«Un journaliste doit parler des autres, éclairer ses lecteurs, dénoncer l’injustice, dire la vérité et laisser son point de vue personnel de côté», a-t-il coutume de dire. Mais, derrière son éternel sourire, Ali Bouzerda dissimule un sens de la rigueur et de la persévérance et un amour sans faille du travail honnête.
Pragmatisme
Autant de valeurs inculquées par de modestes parents originaires du Moyen-Atlas, qu’il aidait, alors qu’il n’était pas plus haut que trois pommes, à labourer les champs et entretenir le petit patrimoine familial dans la campagne avoisinante d’El Jadida. Le petit berbère de Sidi Bennour, 54 ans aujourd’hui, se souvient encore du jour où, à 17 ans, il a quitté sa petite cité natale, bac en poche, pour la capitale. Là, à Rabat, il s’inscrit à la Faculté de droit de l’Université Mohammed V. Sans trop de conviction. Car il sait que sa vocation est ailleurs. Au bout de deux années, il décide ainsi d’abandonner la Faculté au profit d’une formation à l’Institut supérieur du Journalisme de Rabat.
Les bases du métier apprises, avec une grande culture littéraire et politique à son actif, et ayant largement baroudé dans le monde dans les années 70, le jeune lauréat intègre sans difficulté, au lendemain de l’obtention de son diplôme, la TVM, comme chef d’édition. C’est à Dar El Brihi qu’il fait ainsi ses premières armes, confrontant ses idéaux de gauche marxiste à la réalité d’une bureaucratie directement connectée aux hautes sphères du régime. Au sein de la chaîne publique, on apprécie sa culture générale, son franc-parler et sa force de persuasion doublée d’un tact certain. Tant et si bien que Ali Bouzerda ne quitte son poste de chef d’édition qu’au bout de neuf ans. Neuf années au bout desquelles la télévision n’a plus de secret pour lui. En 1989, Bouzerda, quelque peu lassé par l’échec des tentatives de réforme au sein de la TVM, jette l’éponge. Il est embauché aussitôt par Reuters, la célèbre agence de presse britannique, à Rabat, comme grand reporter et correspondant itinérant en Afrique du Nord. Multipliant les stages de formation à Chypre, en Egypte, en Grande-Bretagne ou encore en France, Ali Bouzerda, encadré en outre par le regretté Stephen Hughes, illustre journaliste britannique résidant au Maroc depuis 1952, apprend progressivement à maîtriser le journalisme d’agence, sa quête rapide d’informations fiables, son style simple et sobre, son souci de recoupement, sa concision. Il sait désormais mettre les mots qu’il faut là où il faut, traiter l’information vite et bien pour la mettre le plus tôt possible dans le circuit. C’est aussi dans cette prestigieuse école qu’il apprend à rédiger les dépêches directement en anglais, devenant par là même polyglotte. Déterminé, perfectionniste, sa quête permanente de vérité et d’objectivité lui vaudra quelques déboires avec les autorités. Notamment en 1990, lorsqu’il rapporte que 33 personnes sont mortes dans les émeutes de Fès, alors que le gouvernement parle de 5 décès seulement.
Persuasion
Ou encore en 1999, lorsqu’il écrit dans une dépêche que des paysans expropriés ont attaqué par jets de pierres dans la périphérie de Rabat le cortège du tout-puissant ministre de l’Intérieur de l’époque, Driss Basri. Mais, acceptant son métier avec ses risques, ce père de quatre enfants, doté d’un pragmatisme et d’un sang-froid qu’il dit avoir développé davantage auprès de sa charmante épouse japonaise, ne se laisse pas abattre. En novembre 2002, il quitte Reuters pour revenir à ses premiers amours, la télévision. Car dans l’info il est, dans l’info il restera. Le voilà donc chef de bureau de la chaîne satellitaire arabe Canal Abou Dhabi TV pour l’Afrique du Nord, où il densifie son réseau de contacts et de connaissances, des milieux associatifs et militants jusqu’au ghota politique et économique du pays en passant par la presse marocaine, maghrébine et arabe.
Grille
Le 22 mars 2004, succédant à Mohamed El Moudden, il est appelé au poste de directeur de l’information à la télévision nationale avant d’être promu directeur central chargé de l’Information à la Société nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT).
En connaisseur de la boîte, il refait vite sa place Rue Brihi et tente, comme il dit, aux côtés de Fayçal Laâraïchi, patron de la SNRT, de «faire de la première chaîne marocaine une source d’information et non pas de simple consommation». Au bout de cinq années de travail de longue haleine, et même si beaucoup reste à faire, ces efforts conjoints ont fini par porter leurs fruits: le passage en Société anonyme est réussi et El Oula, grâce notamment à sa grille de programmes améliorée, sa rédaction restructurée et autres liftings attractifs, a sensiblement augmenté son taux d’audience dans les foyers marocains face à la rude concurrence des chaînes étrangères satellitaires. Aujourd’hui, fort de 30 ans de carrière dans la presse écrite et audiovisuelle, Ali Bouzerda hérite de nouveau d’un poste délicat, l’année même où l’agence de presse fondée par Mehdi Bennouna fête son cinquantenaire. En sa qualité de reporter et d’agencier confirmé, il devra recueillir, traiter et transmettre l’information officielle avec subtilité, sans parti pris. Ceci tout en poursuivant le travail de restructuration et de mise à niveau entamé par son prédécesseur.
C’est dire si Ali Bouzerda a du pain sur la planche. Mais gageons que ce dynamique homme de terrain, qui ignore ce qu’oisiveté et apathie veulent dire, saura redonner à cette dame quinquagénaire tout le peps dont elle a besoin.