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Tout le
monde en parle. Dans les salons feutrés des hôtels, dans
les bureaux luxueux des banques et même dans la rue, sur les terrasses
de cafés et des restaurants. La crise boursière et la chute
terrible qua connue notre modeste place financière casablancaise
anime aujourdhui les discussions. On ny comprend plus rien.
Dun côté, on nous dit que notre bourse est déconnectée
du marché financier international et donc elle demeure insensible
à la crise internationale; et, de lautre, on assiste à
un effondrement des valeurs boursières.
Presque toutes ont chuté: les immobilières Addoha, CGI et
Alliances, les bancaires et même les valeurs industrielles adossées
normalement à des sociétés qui possèdent un
actif important et une stratégie basée sur des chiffres
réels. Au 31 décembre 2008, la capitalisation boursière
de la place de Casablanca (calculée en faisant la somme des capitalisations
boursières des sociétés cotées, elles-mêmes
obtenues en multipliant le volume des transactions de chaque société
par son cours en bourse) a chuté à 531 milliards de dirhams,
soit 30% de baisse par rapport à son niveau le plus haut enregistré
le 8 avril 2008, qui est de 688 milliards de dirhams.
Cest une chute considérable voire catastrophique. Plusieurs
analystes réduisent cette chute à seulement 13% parce quils
se contentent de tenir compte de la capitalisation boursière du
2 janvier 2008, qui est de 598 milliards de dirhams, et la comparent à
celle du 31 décembre 2008. Quoi quil en soit, 30% de baisse
nest pas 13%. La différence est grande.
Aujourdhui, malgré sa déconnexion des bourses internationales
et la faible présence des investisseurs étrangers, dont
on estime la participation à seulement 2% de la capitalisation
boursière, la bourse de Casablanca traverse une grave crise de
confiance quon constate à travers les comportements des investisseurs.
Ces derniers, principalement les petits porteurs, nont plus aucune
action. Ils ont tout vendu. A perte bien entendu, pour ceux qui ont acheté
à des niveaux de prix plus chers.
Ampleur
Pour les autres, ceux qui ont acquis des actions au moment des introductions
en bourse, ils ont pu limiter les dégâts. A eux seuls, les
petits porteurs ont perdu 60 milliards de dirhams. Un montant quils
nimaginaient pas perdre dautant que les premiers mois de lannée
2008 étaient particulièrement prometteurs, avec lentrée
en bourse de nombreuses sociétés comme Label Vie.
Est-ce la fin de la gloire de la bourse de Casablanca? Est-ce le début
dune crise dont on ne maîtrise ni la dimension ni lampleur?
Pour un analyste de la place, «la bourse, cest un investissement
comme les autres. On peut perdre comme on peut gagner. Il arrive des moments
où les cours des actions montent, mais il arrive aussi que ces
mêmes cours baissent et parfois seffondrent. Cest la
loi du marché. On ne peut rien y faire». Il ajoute, pédagogue,
«un investisseur averti, cest celui qui sait rebondir après
la crise. Qui sait se retirer au bon moment avant de tout perdre et qui
sait, aussi, où replacer ses billes pour ne pas perdre son équilibre
financier».
La chute des cours à la bourse de Casablanca a pris une ampleur
considérable à partir de 16 septembre 2008. Cette date restera
quand même gravée dans la mémoire des boursiers et
des boursicoteurs. Alors que personne ne sy attendait, la bourse
a fortement chuté. Certains diront que cest à cause
dune manipulation orchestrée par la banque daffaires
CFG, mais lenquête du conseil déontologique des valeurs
de Casablanca (CDVM) a confirmé quil nen est rien.
Dautres expliqueront plus tard cette baisse par la vague de chutes
boursières un peu partout dans le monde, dans le sillage de la
crise financière internationale. En poussant plus loin son enquête,
le gendarme du marché découvrira plus tard une faille importante
dans le système dinformation de la bourse de Casablanca.
Faille qui coûtera aux trois membres du directoire leurs postes,
puisquils seront débarqués fin novembre. «Cest
aussi ça qui a anéanti la confiance chez les investisseurs.
Comment venir leur expliquer que les dirigeants de leur bourse sont des
gens peu responsables», nous déclare un autre analyste dans
une société de bourse de la place.
Turbulence
Toujours est-il, la crise nest pas encore près de disparaître.
La reprise, non plus, nest pas à nos portes. En témoigne
le cas de lentreprise Trarem Afrique, spécialisée
dans la fabrication de mobilier de bureau, qui a décidé
de reporter sine die son projet dintroduction en bourse. Elle lavait
programmé en octobre dernier mais son management a constaté
que des turbulences pesaient sur la bourse de Casablanca.
Trarem Afrique voulait lever 100 millions de dirhams sur le marché
pour financer ses projets de développement. Plusieurs commentateurs
se posent encore cette question: est-ce normal que des patrons dentreprise
et leurs actionnaires se remplissent les poches au moment des introductions
en bourse et lâchent plus tard les petits investisseurs pour faire
face aux fluctuations du marché? La plupart du temps, ces derniers
ne sont pas bien conseillés, encore moins orientés.
Transparence
Ces mêmes commentateurs avancent une autre explication à
la crise actuelle qui simpose delle-même: le marché
marocain était trop cher et il est en train de descendre à
ses niveaux raisonnables. Aussi, les prix auxquels certaines sociétés
sétaient introduites en bourse étaient surévalués.
Les banques daffaires, chargées par leurs clients dévaluer
les actions cotées sont, pour une grande part, responsables de
cette surestimation des prix des actions. On avance également la
responsabilité des sociétés de bourse qui agissent,
au nom des sociétés cotées, sur les cours de celles-ci
pour les faire monter afin de profiter de plus-values substantielles.
Doù la flambée incroyable que le marché boursier
avait connue au début et au milieu de lannée 2008.
Cest que le fonctionnement de la bourse de Casablanca a encore besoin
de la transparence et de léquité. Sinon, on connaîtra
toujours les mêmes problèmes dans lavenir.
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