Hassan Benaddi, secrétaire général du PAM
Un parcours de ruptures

Depuis sa cooptation, le secrétaire général du PAM (Parti Authenticité et Modernité) a fait l’objet d’un intérêt progressif de la part des médias.

Abdellatif Mansour


Au début, Hassan Benaddi n’apparaissait qu’en filigrane derrière, loin derrière Fouad Ali El Himma qui, lui, focalisait toutes les attentions. Il en était ainsi pour tous ceux qui ont répondu à l’appel de “l’ami du Roi” comme aiment à le qualifier la presse et le microcosme. Cela n’a pas changé aussi bien pour la paternité du nouveau produit politique que pour le qualificatif. Sauf que Hassan Benaddi a dû sacrifier aux exigences de ses responsabilités par ses récentes apparitions médiatiques et ses interviews dans les journaux. Apparemment, cet effort indéniable de communication n’a pas suffi, en ce sens que les faiseurs d’opinion n’ont pas cherché à connaître l’homme et son parcours, au delà de la fonction, même si les deux sont intimement liés.
Hassan Benaddi n’est ni un OVNI, ni un nouveau venu en politique. La politique, comme on dit, il est tombé dedans dès sa prime jeunesse. Ce natif de Marrakech, en 1946, a adhéré au PCM (Parti communiste marocain) quand il était encore en classe terminale, en 1963. C’est peut-être l’effet du programme de philo. Une matière qu’il approfondira à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, pour en faire l’objet de son métier d’enseignant à partir de 1967.
Radicalisme
C’était l’époque où l’ambiance universitaire incitait à l’engagement politique. Jusqu’à la moitié des années 1970, l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc) constituait un formidable exutoire pour la militance de gauche et un lieu de formation pour une citoyenneté active. Hassan Benaddi y plonge corps et âme, à partir d’un PCM qui, entre temps, avait changé de nom pour devenir PLS (Parti de la Libération et du Socialisme). Il fait alors partie d’une célèbre cellule qui comprenait Aziz Blal, Abraham Serfaty, Taïeb Bencheikh, Omar El Fassi et Ismaïl Alaoui. Même après son affectation au lycée Moulay El Hassan, à Rabat, il continue à fréquenter la faculté pour les besoins d’un doctorat en philosophie. Un beau prétexte pour poursuivre son activisme militant à travers la passerelle PLS-UNEM.
En 1969, il contribue, avec Abdellatif Laâbi et Noureddine Saïl, qui avait rejoint le PLS en 1968, à transformer le magazine culturel Souffles en revue politique. C’est la première tribune d’un nouveau type de radicalisme de gauche avec des éléments venant de l’UNFP et du PLS, copieusement pourfendus dans un article devenu célèbre, Les masques sont tombés.
Hassan Benaddi rompt avec le parti de Ali Yata en 1970, sans pour autant participer à la création de groupuscules tels 23 Mars, Ila Al Amam ou les Frontistes. La même année, il s’installe à Casablanca; puis à partir de décembre 1971, il participe à la rédaction de Maghreb Information, organe de l’UMT (Union marocaine du travail) et rencontre Mahjoub Benseddik, patron de cette centrale syndicale. Il est, quand même, rattrapé par ses accointances avec l’extrême gauche, arrêté au printemps 1972 et interné à Derb Moulay Chérif. À sa libération, peu de temps après, Hassan Benaddi intègre l’UMT, après l’interdiction de Maghreb Information en 1975.
Il devient membre du Bureau national de l’UMT, puis représentant des salariés au Parlement, au titre de la longue législature 1984-1992.
Convictions
Une nouvelle expérience commence pour lui, en tant que syndicaliste. Mais aussi des divergences avec Mahjoub Benseddik sur la manière d’assumer la députation salariale. Nouvelle rupture. Ceci pour dire que Hasan Benaddi n’est pas homme à se laisser mener en bateau. Après une candidature malheureuse aux législatives de 1993, sous l’étiquette UC (Union constitutionnelle), Hassan Benaddi renoue avec le journalisme. Il dirige Al Moustaqil avec Fayçal Ghissassi, puis tient une chronique dans la Vie Économique, avant de publier L’essentiel, La lettre confidentielle puis Le Mensuel.
Parallèlement à ses activités journalistiques, Hassan Benaddi participe, de temps à autre à une réflexion informelle sur le bilan et l’avenir de l’action politique. Le Rapport sur le cinquantenaire de l’indépendance est le produit de cette réflexion. De même, d’ailleurs, que le MTD (Mouvement pour tous les Démocrates) lancé par Fouad Ali El Himma. En adhérant à cette structure, Hassan Benaddi ne savait pas qu’elle déboucherait sur un parti. En tant que Secrétaire général du PAM, sa mission consiste à gérer une phase transitoire, en attendant un premier congrès qui doit se tenir avant la fin de l’année. L’objectif stratégique étant la contribution à la recomposition du champ politique national.
Hassan Benaddi jure qu’il n’a d’autre ambition que la participation à ce rêve partagé, qui, assure-t-il, lui laisse sa totale liberté de penser et de prendre position. Il ne s’enflamme, dit-il, que pour des convictions personnelles. Tout le reste est relatif. C’est dans cette fourchette, confie-t-il qu’il faut apprécier son passage dans l’émission Hiwar, qui a réalisé 20% d’audience, un record loin devant l’ancienne performance de 12% avec Abdelilah Benkirane.