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Maroc
Hebdo International: Vous vous êtes distinguée lors de la
campagne présidentielle française en étant porte-parole
de Ségolène Royal. Ne croyez-vous pas que vous tronquez
les principes démocratiques en acceptant d'être nommée
membre d'une instance devant être élue?
-Najat Belkacem: Mon engagement politique est en France et nulle part
ailleurs. C'est là que je sollicite le suffrage des électeurs
et que je rends compte de mon action. Le Conseil des Marocains de l'étranger
est une instance consultative et non représentative au sens strict,
puisque nous n'y sommes pas élus, mais désignés,
un peu comme le Conseil économique et social en France. Il n'est
pas question pour moi que ce Conseil se substitue d'une manière
ou d'une autre à l'expression de la volonté populaire des
Marocains. Je ne vois pas de reniement de quelque principe démocratique
que ce soit dans cette démarche. Si cette instance avait été
élective, en revanche, je n'y aurais pas participé.
Je crois que c'est aussi l'occasion d'apporter le témoignage que
l'on peut être parfaitement à l'aise avec une double culture
et, pour ce qui me concerne, une double nationalité.
MHI: Certes, le CCME dans sa version actuelle est provisoire, mais
il n'empêche que votre position n'est pas très confortable...
-Najat Belkacem: Dans sa phase transitoire, le CCME exprime à travers
ses membres un point de vue de Marocains de
l'étranger, riches de plusieurs cultures et engagés dans
la vie locale, économique, associative, politique de leur pays
de résidence... Je ne vois pas dès lors en quoi ma position
est inconfortable. En France, à Lyon plus précisément,
j'ai travaillé dans le cadre de mon activité auprès
du Maire de Lyon, sur la création d'un Conseil des résidents
étrangers permettant aux habitants étrangers de Lyon, privés
du droit de vote, de pouvoir s'exprimer et d'enrichir l'action locale
de leurs avis et propositions. Les membres de ce Conseil sont aujourd'hui
désignés (et non élus) au terme d'une procédure
de sélection impartiale visant essentiellement à représenter
de façon juste les différentes communautés, les différents
âges, les différents sexes et les différentes catégories
socioprofessionnelles.
MHI: Connaissez-vous suffisamment les MRE et leurs problèmes
pour pouvoir vraiment en être le défenseur?
-Najat Belkacem: Je crois qu'il ne faut pas se tromper sur l'objet de
cette commission. C'est un conseil consultatif et pas un organe décisionnel.
Les représentants des Marocains de l'étranger, ce sont les
parlementaires marocains, pas les membres du CCME. Je le répète,
nous ferons valoir un point de vue sur les sujets dont le CCME sera saisi
compte tenu de nos expériences, de nos sensibilités et de
nos responsabilités et de notre attachement au Maroc. Quant à
connaître les Marocains de l'étranger, il serait bien présomptueux
de prétendre les connaître parfaitement, cependant, l'histoire
de beaucoup d'entre eux est aussi la mienne.
MHI: Justement, c'est quoi le rôle du Conseil?
-Najat Belkacem: Le Conseil a vocation à être consulté
sur un certain nombre de sujets intéressant les Marocains de l'étranger,
on évoque en particulier la question de la politique migratoire.
Je souhaite que l'on puisse, au-delà, parler aussi de co-développement.
Mais je crois que nous pourrons être saisis d'autres sujets liés
à la mise en uvre de politiques publiques, la volonté
de Sa Majesté le Roi étant d'accorder un champ assez large
au Conseil.
MHI: Des ONG, en Europe notamment, montent au créneau pour
dénoncer la procédure de formation du Conseil. Qu'en dites-vous?
-Najat Belkacem: Je pense que comme toute nouvelle instance celle-ci suscite
à la fois des attentes, des interrogations, voire des inquiétudes,
a fortiori lorsque celle-ci procède de la désignation et
non de l'élection; c'est normal. Moi-même, j'ai beaucoup
de questions à poser sur le fonctionnement de ce conseil. Aucun
des membres du CCME ne veut ni être une caution, ni un faire-valoir.
On ne signe pas de chèque en blanc. Le Conseil devra apporter la
preuve qu'il est légitime. Cette légitimité, il l'acquerra
par un travail libre et indépendant.
MHI: Pensez-vous que la composition du Conseil reflète la
diversité de la communauté marocaine de l'étranger?
-Najat Belkacem: Je ne saurais vous répondre vraiment, je ne connais
pas beaucoup les autres membres du Conseil. C'est toujours difficile de
composer une commission. Je note néanmoins que celle-ci n'est pas
complète, puisque seulement 37 des 50 membres ont été
nommés par le Roi. Il y a sans doute la place pour des ajustements.
MHI: Certes, la personnalité du président fait l'unanimité,
mais aura-t-il les coudées franches?
-Najat Belkacem: Vous avez raison de dire que la personnalité du
président, Driss Elyazami, est importante et constitue en soi un
signe qui devrait rassurer. Le président, comme l'ensemble des
membres de la commission, devront avoir ce que vous appelez les coudées
franches.
A nous de rendre cette commission crédible et légitime,
et pour cela il faut que le président et les membres de la commission
n'aient aucun interdit. Je n'ai pas, pour ma part, l'intention de renoncer
de quelque manière que ce soit à la liberté de parole
qui est la mienne, ni aux valeurs auxquelles je crois, et qu'il faut défendre
en France comme au Maroc.
MHI: Quelle démarche comptez-vous adopter pour être
à l'écoute des MRE et défendre leur cause?
-Najat Belkacem: Je voudrais à nouveau dire qu'il n'appartient
pas à cette commission ni de se substituer aux représentants
élus des Marocains de l'étranger, ni aux consulats qui,
au premier chef, doivent défendre les intérêts des
Marocains.
La commission s'exprimera d'abord sur les sujets dont elle sera saisie
par Sa Majesté en faisant valoir un point de vue de Marocains de
l'étranger, et pour ce qui me concerne de Franco-Marocaine engagée
dans la vie politique française. J'espère que le Conseil
pourra également relayer un certain nombre de préoccupations
dont les ONG que vous mentionniez tout à l'heure se font l'écho.
Très concrètement, je ne sais pas encore comment la commission
va fonctionner. J'imagine qu'elle aura un secrétariat auquel les
requêtes pourront être adressées.
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