Fermée depuis deux ans pour réfection, la mosquée El Qarawiyine de Fès est de nouveau ouverte aux prieurs. Aperçu sur l’histoire d’un monument témoin de la grandeur marocaine d’antan.

La splendeur retrouvée 

Loubna Bernichi

 

 

Une nuit doublement singulière que celle du 9 au 10 octobre 2007 à la mosquée El Qarawiyine de Fès. Le Roi, accompagné des Princes Moulay Rachid et Moulay Ismaïl, a en effet choisi la nuit du destin, Laylat Al Qadr, pour présider une veillée religieuse à la célèbre mosquée, donnant par la même occasion le signe de sa réouverture aux fidèles.
Deux ans de méticuleux travaux de restauration, supervisés par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, et 27 millions de dirhams ont été nécessaires pour redonner à ce joyau architectural, symbole de l’histoire religieuse et spirituelle de la ville de Fès, toute sa splendeur d’antan.
El Qarawiyine se dresse avec fierté au cœur dans l’ancienne médina. Ses toits en tuiles vertes et son minaret sont perceptibles depuis la colline des Mérinides. Pour y accéder, il faut emprunter un dédale de ruelles étroites et ombragées. Le chemin de Attarine, sur lequel se trouve le mausolée Moulay Idriss, est le plus parfumé et le plus agréable. En empruntant le chemin de Achamaïne, l’on découvre aussi la tour de cette mosquée-université où se trouve l’Observatoire céleste, construit par le sultan Abou Inan le mérinide vers la moitié du XVIème siècle. Cette tour dispose aussi d’une horloge, offerte par le sultan Moulay Rachid, que l’on peut encore admirer. Sur ce site est prévu un musée de l’astrolabe.

 



L’entrée principale de El Qarawiyine donne à voir deux magnifiques fontaines rattachées aux nefs latérales par de petits pavillons en pierre sculptée, de tous points semblables au faux pavillon de la Cour des Lions, à l’Alhambra. Au fond, se prolonge, obscure et mystérieuse, la longue enfilade des arcades de la mosquée, dont les dimensions sont telles que 22.000 personnes peuvent assister à la prière, sous les voûtes de 270 colonnes. Sur le plafond en plâtre sculpté, des lustres à chandelles sont accrochés, dont deux sont initialement des cloches d’église provenant probablement d’Andalousie.
C’est grâce à El Qarawiyine que la ville de Fès s’est affirmée comme premier foyer de rayonnement de la culture arabo-islamique et capitale spirituelle de l’occident musulman après l’éclipse des villes de Kairouan et de Cordoue. Elle fut bâtie en 859, sous le règne du sultan Yahia Ben Idriss, par Fatema El Fihria à la mort de son père, un riche négociant kairouanais réfugié à Fès. À la même époque, sa sœur, Meriyem El Fihria, faisait construire la non moins prestigieuse mosquée Al Andalous. Au départ simple oratoire aux modestes dimensions (1.248m2), la Qarawiyine fut agrandie au fil des siècles par les différentes dynasties qui régnèrent au Maroc, pour atteindre sa grandeur actuelle et devenir un carrefour incontournable des oulémas et autres savants du monde arabo-musulman.
En avril 1998, sur instructions du Roi Hassan II, sa restauration a été entreprise après la détérioration de cette bâtisse et de ses richesses documentaires. En septembre 2004, elle ouvre ses portes aux chercheurs marocains et étrangers qui peuvent consulter sur place les manuscrits et publications conservés et également rénovés, dont quelques-uns proviennent de la bibliothèque personnelle du Sultan Abou Inan Al Marini. Ainsi, on y retrouve les mémoires d’illustres personnages comme Ibn Khaldoun, Ibn Tofaïl, Ibn Rochd, Ibn Toumert, Al Kairaouani, Cibawayh et Ibn Ajarrum.
Le fonds documentaire a été reconstitué, catalogué et photo-filmé par une équipe d’experts. Contenant environ 22.000 titres de publications, 600 titres de revues périodiques et quelque 2.034 numéros datant du 10-ème siècle, il compte également quelque 3.800 manuscrits.Ces derniers sont de véritables oeuvres d’art écrites sur peaux de gazelle, de veau ou de chèvre en calligraphie coufie, orientale et andalouse témoignant de diverses origines. La bibliothèque Qarawiyine est aussi dotée d’un laboratoire de restauration des manuscrits, une salle lecteur de micro-films avec ordinateurs ainsi que de caméras de surveillance. Les derniers travaux de réfection (voir encadré) sont venus porter la touche finale au relooking d’El Qarawiyine.
Les gros travaux ont concerné notamment les coupoles, les poutres, les dômes et les portes, mais aussi le Sahn (grande cour dallée de marbre et de zellige et dotée d’un lustre monumental, datant de l’époque Almoravide).
Au cours de la restauration, des vestiges archéologiques inédits et des motifs décoratifs inconnus à ce jour ont été découverts. Les fouilles entreprises sur une superficie de 172 m2 environ, ont ainsi permis de dégager, notamment, des murs de maisons d’habitation avec des spécimens de décor peint sur plâtre qui remontent, selon les archéologues, aux premières années de construction de l’édifice religieux (245 H/859 après J.C).
Un renouveau bien mérité pour ce témoin précieux de la grandeur de la civilisation arabo-musulman et inestimable patrimoine séculaire marocain.

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