À Nivelles, en Belgique. Geneviève Lhermitte, est inculpée de l’assassinat de ses cinq enfants maroco-belges. Dans l’attente du verdict, les spéculations vont bon train sur les motifs de ce multiple infanticide.

L’énigme d’un quintuple infanticide

Mouna Izddine

 



En haut: le père, Bouchaïb Moqadem. En bas: les cinq enfants en compagnie de leurs parents.

 

Mercredi 7 mars 2007. Bouchaïb Moqadem, vient d’enterrer ses 5 enfants à Agadir, après leur rapatriement. Toujours sous le choc, il ne comprend pas ce qui a poussé son épouse, Geneviève Lhermitte, à égorger leur progéniture. Il refuse de répondre aux questions de la presse.
Depuis plus d’une semaine, tous les regards sont rivés sur la petite ville de Nivelles. Une bourgade paisible du Barbant wallon de 25.000 habitants, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles. C’est ici, au domicile des Moqadem, sur l’avenue bourgeoise du Général Jacques au centre-ville, que les policiers et les secours de la ville, découvrent, le mercredi 28 février 2007, cinq cadavres étendus dans un bain de sang. Une scène si insoutenable qu’une aide psychologique a été proposée aux premiers témoins de cet épouvantable spectacle sanguinaire. Yasmine , 14 ans, Nora, 12 ans, Myriam, 10 ans, Mina, 8 ans, et Mehdi, 3 ans, membres de la même fratrie, gisent, la gorge tranchée à l’arme blanche, sur leurs lits à l’étage de la coquette maison de briques jaunes.
Leur mère, Geneviève Lhermitte, 52 ans, avoue le quintuple infanticide. Grièvement blessée de coups de couteau au thorax -elle a tenté de se donner la mort à son tour- la mère est transférée à l’hôpital de la Louvière en soins intensifs. Le père, Bouchaïb Moqadem, 43 ans, délégué médical, parti depuis fin janvier 2007 à Agadir, où il avait raccompagné sa propre mère venue pour les fêtes en Belgique, était absent au moment des faits. Il est prévenu par la police du décès de ses enfants à son débarquement à l’aéroport Zaventem de Bruxelles. L’enquête de la juge d’instruction nivelloise a permis de reconstituer le déroulement de ce crime tragique. Ce dernier s’est déroulé entre 13 heures et 14 heures 30 dans la journée du mercredi 28 février 2007.


Les cercueils des cinq enfants Moqadem, assassinés par leur mère.


Comme à son habitude, Geneviève Lhermitte rentre à la maison en compagnie de ses cinq enfants, qu’elle est allée chercher à l’école. En ce mercredi après-midi et comme à l’accoutumée, «y a pas classe». Tous joyeux, les enfants s’installent devant la télévision. Geneviève sort de chez elle. Dans sa poche, une lettre destinée à Valérie Guirsch, sa meilleure amie résidant à 500 mètres du domicile Moqadem, dans laquelle elle lui fait part de son désarroi et de la survenue prochaine d’un drame. Geneviève Lhermitte poste sa missive puis se rend au supermarché Champion  et y achète un couteau de boucher d’une lame de 20 centimètres environ. Sans rien laisser paraître de ses intentions, en rentrant chez elle, elle prépare le déjeuner à ses rejetons.
Elle les appelle quelques instants plus tard un à un puis les égorge l’un après l’autre, du cadet, Mehdi, 3 ans, à l’aînée, Yasmine, 14 ans, dans des pièces différentes. Seule Yasmine s’est vraisemblablement débattue, à en juger par les empreintes de lutte décelées par les enquêteurs sur le corps de l’adolescente. Une fois son forfait commis, comme en témoignent les traces de sang disséminées à travers la maison, Geneviève Lhermitte transporte ses enfants et les dépose sur leurs lits respectifs. La mère essaie en vain de se suicider en se plantant à trois reprises le même couteau qui lui a servi à tuer ses enfants en pleine cage thoracique, au niveau du coeur. Pliée de douleur, elle écrit un message sur la porte d’entrée du domicile «Appelez la police.Urgent», puis joint les services de secours à 14 heures 43 minutes. Quand ces derniers arrivent, il est déjà trop tard. Les enfants Moqadem sont tous morts. Leur mère est opérée en urgence dans la soirée du même mercredi puis inculpée le lendemain, jeudi 1er mars 2007, du meurtre de ses cinq enfants. Un expert psychiatre a été désigné par le juge d’instruction pour déterminer la responsabilité pénale de la mère, aujourd’hui incarcérée au pénitencier pour femmes de Berkendaen dans l’attente de son jugement. Pour le Procureur du Roi de Nivelles, Jean-Claude Elslander, et son premier substitut Bernard Goethals, le dessein criminel de Geneviève s’est formé de manière très brusque mais réfléchie, méthodique, organisée et systématique. Interrogée durant son séjour à l’hôpital, Geneviève Lhermitte aurait fourni des explications incohérentes.
Enseignante de formation, Geneviève a quitté son emploi pour s’occuper de ses enfants et de son foyer. Elle est décrite par son entourage comme une maman prévenante, dévouée, souriante, courtoise et joviale. Certains voisins vont jusqu’à raconter avec force détails comment elle accompagnait ses 5 enfants à leurs écoles respectives et à la piscine communale, transportant «à la kangourou» le petit Mehdi, qu’il pleuve ou qu’il vente. Des petits Moqadem, les voisins, le corps professoral et les camarades d’école gardent le souvenir d’enfants polis, soignés et serviables. L’époux et père, Bouchaïb Moqadem, arrivé en Belgique en 1983 et était employé par Docteur Schaar, un médecin qui sous-louait le second étage de l’habitation familiale. Ses amis parlent d’un homme gentil et discret. Rien ne semblait indiquer que la famille Moqadem était une famille à problèmes. Mais, d’après les premiers éléments de l’enquête, Geneviève Lhermitte, suivie régulièrement par un psychiatre, serait tombée dans une grave dépression après la naissance de son cinquième et dernier enfant, Mehdi.
Ce dernier, seul garçon de la famille, était le chouchou de son père. La soeur de Geneviève, Catherine Lhermitte, raconte qu’elle s’était convertie à l’Islam et que son mari faisait en sorte de l’isoler de sa famille, y compris de ses deux sœurs qu’elle ne voyait que de temps à autre. Toujours selon la sœur Lhermitte, le père refusait que ses enfants reçoivent des copains à la maison. Au collège Sainte-Gertrude, que fréquentait Yasmine, des élèves se souviennent que l’adolescente avait porté le voile lors de la rentrée scolaire, mais l’avaient enlevé après quinze jours. Bouchaïb se défend d’être particulièrement religieux. Ses amis belges soutiennent qu’ils leur arrivaient de partager ensemble des verres de vin ou de champagne avec ce père de famille rieur. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que ce père de famille était souvent absent et lourdement endetté, notamment envers son employeur, Dr. Schrass. Est-ce le sentiment de solitude et d’abandon chronique, qui a poussé Geneviève à commettre son forfait ? L’énigme de Geneviève reste entière.