Selon une étude rendue publique par l’ANRT, le taux de pénétration de la téléphonie a atteint 60% en 2006, en hausse de 12 points
par rapport à 2005.

Un marché toujours en expansion

Aïssa Amourag

 

Abdeslam Ahizoune, Pdg Maroc Telecom.

 

Ce mercredi 7 janvier 2007, Wana, le troisième opérateur en télécommunications, présidé par le brillant Karim Zaz, inaugure son offre «grand public». Aux premières heures de l’ouverture des points de vente, une grosse file d’attente s’est constituée devant les portes. Chacun attend son tour pour acheter l’un des packs fixes ou mobiles lancés sous la marque commerciale Bayne. Ahmed, chauffeur de taxi, est venu, lui aussi, profiter de cette offre. «J’ai vu leur publicité à la télévision et je compte acheter un portable», lâche-t-il. Si Ahmed s’est présenté pour se procurer un téléphone Wana, c’est qu’il trouve leur offre assez originale. À l’achat d’un pack Bayne, un crédit de communication de 100 dirhams lui est offert et il pourra, en plus, communiquer gratuitement vers tous les téléphones Wana jusqu’au 31 juillet 2007. Le tout pour seulement 149 dirhams sans obligation de signer un contrat d’engagement avec l’opérateur. Ce qui s’applique au téléphone portable est aussi valable pour le téléphone fixe. Sur ce segment, Wana veut également frapper fort. L’offre fixe comporte, en effet, un poste téléphonique, un bon crédit de communication et des appels gratuits vers les autres postes Wana. Cet opérateur dont le tour de table est à 100% marocain (le capital est détenu en majorité par les deux groupes ONA et SNI) affiche sa détermination à apporter sa touche au secteur des télécommunications au Maroc. Il le montre déjà en choisissant le terme Bayne (clair et net, en darija) pour désigner ses offres commerciales. Pour le confort technique et financier du client, Wana veut être totalement transparent et souhaite adopter un mode de tarification claire.

Karim Zaz.


Avec ce troisième opérateur, le client profitera désormais d’un grand choix de produits téléphoniques assortis de prix compétitifs et de promotions incroyables sur les communications. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le téléphone s’est démocratisé. Tout le monde a un portable qu’il utilise comme bon lui semble. Les prix peuvent paraître parfois dissuasifs pour certaines catégories de produits, mais tout dépend du modèle de téléphone choisi et la nature d’adhésion aux services.
Il y a quelques années de cela, un agriculteur en train de labourer son champ dans une région éloignée du pays était coupé du monde. Il ne pouvait pas communiquer avec l’extérieur même pas avec ses proches se trouvant dans la campagne. Aujourd’hui, il est dans le champ d’action téléphonique. Pendant le moment où il travaille, il peut à la fois avoir des nouvelles sur ses proches, régler ses problèmes avec la banque ou commander à distance ce dont il a besoin comme marchandises. Et cela lui coûte trois fois rien. Il faut dire que les packs Jawal, de Maroc Telecom, Medijahiz, de Méditel, et, désormais,  Bayne, de Wana, ont permis à une large frange de la population marocaine d’accéder au téléphone portable. Les bas prix de ces produits et leur aspect pratique y sont pour beaucoup.

Inigo Serrano


Maroc Telecom, considéré comme l’opérateur historique, est le premier qui a inauguré cette révolution téléphonique. Son patron, Abdeslam Ahizoune, a réussi à hisser Maroc Telecom au rang des entreprises nationales les plus performantes de l’économie nationale. Il a d’abord commencé par moderniser l’entreprise, puis il s’est attaqué à l’expansion de ses activités, surtout vers l’Afrique, avant de procéder à son introduction en bourse.
Pour sa part, Méditel, que dirige aujourd’hui le jeune ingénieur Inigo Serrano, a inauguré l’ère de la concurrence. Avec son démarrage en 1999, le téléphone est devenu moins cher et la gamme de services s’est élargie. D’abord, pour le téléphone mobile et ensuite pour le fixe.
L’Internet arrive malheureusement au troisième stade de développement, traînant un retard qui nous place en queue de peloton des pays branchés. Toujours est-il, le Maroc est le pays où le téléphone a pénétré tous les foyers, comme le téléviseur, il y a une vingtaine d’années, et la parabole satellitaire, il y a dix ans. Selon les derniers chiffres communiqués par l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), le taux de pénétration de la téléphonie fixe et mobile a atteint 58% en 2006 dans notre pays, en hausse de 12 points par rapport à 2005. Pour sa part, le nombre d’abonnés à Internet au Maroc a atteint, au terme de l’année écoulée, 399.723, soit un taux de pénétration de 1,34%, contre 0,88% en 2005.
Le développement du secteur est, également, favorisé par le dynamisme que connaît le marché des services à valeur ajoutée et des centres d’appel. À fin 2006, les déclarations des services à valeur ajoutée dépassent 12.000 et le nombre de centres d’appel est estimé à 235,
dont les deux tiers sont déjà actifs.
Le chiffre d’affaires du secteur marocain des télécommunications avait atteint 35 milliards de dirhams en 2005 contre 10 milliards en 1998, contribuant ainsi à hauteur de 6,7% au PIB national.
Cette dynamique a favorisé la création de 11.000 cybercafés et 46.000 téléboutiques, ce qui représente plus de 75.000 emplois. “Ces avancées positives devraient se poursuivre au-delà de 2012”, estime Mohamed Benchaâboun, patron de l’ANRT. À cet horizon, on s’attend à atteindre un taux de pénétration de 80%. Pour l’Internet, sur lequel le Maroc est aujourd’hui à la traîne, il est prévu que son taux de pénétration dépasse 20% d’ici 10 à 15 ans. Pour cela, les trois opérateurs ont compris qu’il faut développer le parc du téléphone fixe, resté en retard à cause de l’explosion du téléphone mobile. Les stratégies de développement pour les années à venir vont se jouer sur ces deux segments: l’Internet et le téléphone fixe.


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