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La nouvelle
est donc tombée comme un couperet, ce mercredi 13 septembre 2006:
S.M le Roi a déchargé le général de division
Hamidou Laânigri de ses fonctions de directeur général
de la Sûreté nationale pour l'affecter au poste d'inspecteur
général des Forces auxiliaires. Son successeur est Charki
Draïss, jusqu'alors wali de Laâyoune. Un agent d'autorité
qui a fait toute sa carrière à l'Intérieur depuis
une trentaine d'années avec, au départ, une licence en sciences
politiques.
Qu'en penser? Tout d'abord que cet officier général ne peut
considérer sa nouvelle affectation comme une promotion; tant s'en
faut. En professionnel aguerri par les épreuves de sa carrière
militaire diversifiée et riche en situations de tension et d'affrontements
en tous genres, il est plutôt familier de l'odeur de la poudre
et des sifflements des boulets de canon. En politique qu'il était
devenu depuis le début du nouveau règne en se voyant confier
des responsabilités sécuritaires de premier plan, il n'ignore
pas la dialectique du couple grâce/disgrâce. C'est
dire qu'il ne va sombrer ni dans la déprime ni dans l'aigreur,
comme les limogés du jour au lendemain qui n'ont pas pu maîtriser
leurs nerfs, Driss Basri étant le meilleur exemple clinique de
cet effondrement psychologique
Cela dit, Hamidou Laânigri a-t-il démérité?
Ou, si l'on préfère, pourquoi n'est-il plus l'homme de la
situation à la tête de la DGSN? Ce qui conduit à rappeler
les conditions qui ont présidé à sa nomination à
la tête de la DST, à la fin septembre 1999, direction assurée
alors par Driss Basri depuis janvier 1973. Il fallait rendre sourd et
aveugle le tout puissant ministre de l'Intérieur qui devait, d'ailleurs,
être limogé quelques semaines plus tard, le 9 novembre. Le
profil de Hamidou Laânigri répondait au descriptif voulu
par le Souverain: un gendarme qui a roulé sa bosse sur de nombreux
fronts - en Afrique et au Golfe à la tête du contingent des
FAR aux Emirats Arabes Unis, un professionnel du renseignement et du contre-espionnage
qui avait fait ses preuves à la DGED, précisément
à la tête de ce département. N'était-ce pas
suffisant pour redynamiser une DST débasrisée
et pour en faire un instrument privilégié de la sécurité
publique et de la politique royale. Question donc de stabilité
des institutions au moment où la succession dynastique venait de
se faire dans une phase de transition démocratique; mais aussi
volonté de montrer un signe fort marquant la rupture avec le passif
du précédent règne et de nombreux responsables sécuritaires
qui l'avaient servi. Hamidou Laânigri s'acquittera de cette tâche
en passant un coup de torchon, mutant les uns, mettant d'autres
à la retraite
Ce sera la première étape de
sa mission et il l'accomplira en imprimant même un nouveau
style: médiatisation, contacts avec les journalistes, ou
avec certains d'entre eux en tout cas, réception des envoyés
de la presse étrangère, avec lesquels il dresse un large
tour d'horizon de la conjoncture politique. En fait-il trop? Personne
ne le lui fait remarquer du côté des familiers du Méchouar,
sans doute parce que les intéressés n'avaient pas encore
maîtrisé tous les tenants et aboutissants des questions sécuritaires
posées alors.

Charki Draïss, le nouveau
patron de la police.
La deuxième séquence qui va suivre s'ouvre pratiquement
avec les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Elle va ainsi
consacrer une montée en puissance de Laânigri du fait même
qu'il a, es qualité, la charge de la lutte contre la subversion
traditionnelle, marquée désormais du sceau de la lutte antiterroriste.
Il multiplie les contacts avec les Américains, coordonne avec eux
des positions, fait jouer son propre carnet d'adresses ainsi que son professionnalisme.
Il devient leMonsieur Sécurité au Maroc, statut
amplifié par certaines publications et ONG connues, qui le placent,
par ailleurs, en pole-position dans la liste de ceux devant être
jugés pour leurs actes du passé. Il n'en a cure, attaché
qu'il est à re-fonder un nouveau système sécuritaire.
À son corps défendant, peut-être, il devient un acteur
de la politique intérieure, surexposé et donc surdimensionné
par ce contexte.
En tout cas, avec le 16 mai 2003, et les attentats qui ont frappé
Casablanca ce jour-là, c'est une troisième séquence
qui s'imprime. Elle consacre
l'échec d'une politique sécuritaire, sa politique.
Et il ne peut qu'en endosser la responsabilité. Il confiera à
un journal à ce propos qu'il se doutait de quelque chose
en préparation contre le Maroc, mais qu'il ne pensait jamais qu'il
y aurait des opérations suicides de cette nature
Par
instinct sécuritaire, il ne fait pas dans la dentelle et ses services
interpellent des milliers de personnes; pas moins de 1.300 d'entre elles
sont condamnées par les tribunaux. Et les accusations de torture
au centre de Témara, relevant de la DST, se multiplient chez les
ONG locales, relayées à l'étranger par les associations
internationales.
Laânigri se distingue par sa détermination à lutter
contre le terrorisme, mais aussi, et surtout, par une volonté éradicatrice
sans états d'âme. Sa bête noire reste l'islamisme et
il est du côté des faucons de l'après-16
mai qui ont appelé à la dissolution du Parti de la Justice
et du Développement. Compte tenu de l'air du temps, cela ne pouvait
pas vraiment porter à conséquence quant à l'exercice
de la plénitude de ses attributions sécuritaires, d'autant
plus que le discours officiel allait bien dans ce sens. Et ce qui va se
passer ensuite infirme cette loi non écrite qui veut que les sécuritaires
se renforcent pourtant dans un contexte sécuritaire.
C'est que, en effet, dans les cercles concernés du pouvoir s'impose
une autre équation: faire du sécuritaire en cantonnant,
sinon en marginalisant, Laânigri. Pourquoi ? Le général
était devenu par trop voyant, voire encombrant; son alignement
sur les positions américaines minorait les propres intérêts
sécuritaires du Royaume; n'était-il pas devenu un obstacle
à une réarticulation de l'appareil sécuritaire inscrite
désormais à l'ordre du jour et qui devait s'opérer
sur de nouvelles bases et une autre déclinaison des responsabilités?
Si bien que le voilà déchargé de la DST pour être
nommé à la tête de la DGSN. Pour tout autre responsable
que le général Laânigri, ce ne serait pas une rétrogradation;
mais, pour lui c'est le cas, et il le sait de la même façon
que l'opinion publique qui a une perception identique.
De nouveau, loin de baisser les bras, il s'attelle à la tâche
et entreprend des réformes dans une maison où le moral n'est
pas au mieux. Il obtient la revalorisation des salaires, restructure la
direction, recrute de nouveaux profils universitaires, met en uvre
un programme d'équipements informatiques, édite une revue
mensuelle et crée une nouvelle unité de sécurité
urbaine, les GUS. Ces nouveaux effectifs sont diversement appréciés
par la population du fait de certaines bavures
Rien n'y fait quant à sa perte d'influence progressive par paliers
successifs depuis le 16 mai 2003. C'est que la mise sur pied d'un nouveau
pôle sécuritaire au côté de S.M le Roi ne fait
plus beaucoup de place au général Hamidou Laânigri.
Le ministre délégué à l'Intérieur,
Fouad-Ali El Himma, a
désormais la haute main sur la sécurité, coordonnant
les activités des appareils concernés, en l'occurrence la
DST et la DGED. La DST, dirigée par Ahmed Harrari, ne donne pas
satisfaction, d'autant plus qu'elle est encore restée sous la coupe
de Laânigri. Et c'est Abdellatif Hammouchi qui lui succède,
le Souverain lui ordonnant d'avoir affaire directement à lui et
de l'informer en premier. À la DGED, c'est Yacine Mansouri qui
remplace le général Harchi.
Avec l'arrestation du réseau terroriste Ansar Al Mahdi, voici six
semaines à peine, la question sécuritaire rebondit au premier
plan de la vie politique nationale. Elle est relayée ces derniers
jours seulement par une autre grande affaire, de droit commun celle-là,
liée à l'arrestation d'un grand bonnet de la drogue à
Tanger et de la présentation à la justice d'une bonne dizaine
de responsables (lire l'article de Majdoulein ElAtouabi, pages 10, 11
et 12). Sur ce dossier, l'analyse qui a été faite est que
le directeur général de la DGSN ne peut rester en fonctions
du fait de la personnalité et du statut de certains mis en cause.
Est-ce la seule raison? Pour l'heure, il est difficile de donner une réponse
définitive à cet égard. Le fait à relever
n'est-ce pas la fin d'un parcours tel que celui de Hamidou Laânigri,
qui aura été finalement durant un septennat l'homme
d'une transition sécuritaire plutôt heurtée, avec
des spasmes et un coût politique jugé élevé?
Reste cependant cette dernière interrogation: la gouvernance sécuritaire
est-elle satisfaisante? L'observateur quelque peu attentif ne peut évacuer
les multiples formes d'instabilité qui paraît frapper ce
domaine. Ainsi, à la veille de la fête du Trône, un
autre gendarme, le général Mohamed Belbachir, patron de
la sécurité militaire a été remplacé
par le conlonel-major Mohamed Maïche; aujourd'hui c'est le général
Hamidou Laânigri qui est déchargé de la direction
de la DGSN. Il y a assurément du tangage du fait d'une houle non
encore maîtrisée, alimentée par les facteurs endogènes
et exogènes des risques et des menaces pesant sur le Maroc, mais
aussi par les crises et les affrontements qui marquent le monde d'aujourd'hui.
Toutes les options de politique sécuritaire du Maroc, avec les
hommes qu'il faut là où il faut, sont désormais ouvertes:
elles sont entre les mains du Souverain.
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