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On va astreindre
les fonctionnaires au pointage, pour contrôler leur présence.
Une idée complètement saugrenue. Depuis quand un agent de
la fonction publique est-il obligé d'être à son bureau?
Les petits, peut-être, mais les moyens et les grands pontes, jamais.
Et même quand ils y sont, c'est pour être constamment en réunion,
donc inaccessibles. La nouvelle mesure a reçu un habillage digne
des technologies les plus pointues.
Chaque fonctionnaire aura sa carte magnétique pour signaler ses
arrivées et ses départs. Le ministère de la Modernisation
des secteurs publics, qui a certainement désespéré
de la hiérarchie de chaque département, s'en est, finalement,
confié à la machine.
Il était temps, car les statistiques de Mohamed Boussaïd sur
l'absentéisme chronique des agents de l'État sont alarmantes.
Cinq mille congés de maladies par an, dont 80% pour une moyenne
ou longue durée de trois à cinq ans. Ceci ne concerne qu'une
pathologie d'une quarantaine de maladies, essentiellement neurologiques
ou carrément mentales. Ce n'est donc qu'une partie des absences
légales dont la justification est réelle ou fictive. La
vérification continuera à relever du pouvoir discrétionnaire
des supérieurs hiérarchiques.
La machine, elle, devra enregistrer les retards, les sorties avant l'heure
et les brèves disparitions sans motifs à l'appui. Cette
procédure informatisée a déjà été
utilisée pour recenser les fonctionnaires fantômes que l'on
a estimés recensables. En vain. Puis il y a eu, récemment,
la même commande pour faire sortir les administratifs fantômes
de leurs trous en échange d'une prime de départ volontaire.
Résultat négatif. Ce sont les plus valables qui ont quitté
le navire.
Cette fois-ci, on veut guérir l'administration de l'une de ses
deux maladies les plus chroniques, l'absentéisme; en attendant
de s'attaquer, sérieusement, à la grande et petite corruption.
Difficile d'y croire. L'informatique, ayant déjà servi à
falsifier les élections, n'est pas un argument convaincant.
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