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Depuis l'avènement
de SM Mohammed VI, l'horloge monarchique s'est emballée. Désormais,
elle tourne volontiers dans le sens des aiguilles d'une montre, c'est-à-dire
de l'avant. Elle égrène le temps avec impatience, comme
si elle avait un immense retard à remonter.
C'est ainsi que l'on ressent un règne qui n'est plus nouveau, après
sept années d'exercice à plein régime. On en a pris
le rythme, compris le fonctionnement, saisi les priorités et perçu
les objectifs. La fête du Trône, qui ponctue l'ordre monarchique,
est un moment privilégié pour remettre les pendules à
l'heure de ce qui a été fait et de ce qui reste à
faire.
Gouverner, c'est prévoir, dit-on. Au Maroc de juillet 1999, il
suffisait de voir. Car, c'était tout vu. L'amoncellement cumulatif
des problèmes était tel que la pente à remonter était
rude. On ne donnait pas cher de la capacité de l'ex-nouveau Souverain
à l'arpenter. L'attente ne fut pas longue pour avoir une première
réponse, en attendant d'être définitivement fixé.
Dès le premier discours d'intronisation, le ton était donné.
L'un des passages les plus forts était consacré à
l'arbitraire, qu'il fallait lever après quil
ait longtemps sévi. Les années de plomb appartenaient
subitement au passé. Elles devaient être soldées de
tout compte, sur la place publique, par le biais de lIER (Instance
Équité et Réconciliation), première expérience
du genre dans le monde arabo-islamique. Dans ce domaine, entre autres,
la rupture avec l'ancien régime était consommée.
D'immenses espaces de libertés étaient à défricher.
Ils le seront, lentement, mais sûrement. Aussi vrai quil ne
suffisait pas de le décréter pour que la démocratie
fût.
À titre dillustration didactique, le nouveau concept
de l'autorité, pour entrer dans les murs et devenir
un état de fait, prendra beaucoup plus de temps qu'il n'en fallait
pour l'annoncer solennellement par le Souverain. Quelle que soit la volonté
politique au plus haut niveau du pouvoir, les réflexes longtemps
conditionnés ont la peau dure. Des poches de résistance
au changement, difficiles à débusquer, sont toujours nichées
dans les sphères de décision. On peut pousser plus loin,
selon la loi non écrite de la vie politique ou de la vie tout court,
en supposant que de nouveaux lobbies d'intérêts aient succédé
aux anciens. De ce point de vue, il apparaît normal, par exemple,
que le cérémonial makhzenien, dans toute sa splendeur symbolique,
n'ait pas vraiment évolué, au goût de certains. Sauf
que, à la différence d'un passé proche, on peut le
dire et l'écrire, avec force critiques, parfois à la limite
du convenable. C'est cela, la véritable évolution, plutôt
qu'une fixation paranoïaque sur des manifestations d'apparat propres
à chaque régime. Sur ce registre, d'ailleurs, l'étiquette
de la monarchie britannique, berceau de la démocratie moderne,
n'a pas son égale. Oui, mais malgré le God Save the
Queen, celle-ci règne et ne gouverne pas. Patience, on y
arrive. Pour le moment, il faut bien reconnaître qu'en matière
de libertés individuelles et collectives, malgré les dérapages
épisodiques, la progression est patente. Les observateurs étrangers
les plus sourcilleux pour tout ce qui concerne le Maroc, ont fini par
l'admettre.
Le paradigme institutionnel n'a pas échappé à cette
mise à plat quasi-générale que vit le pays. La réforme
de la constitution pour une meilleure définition des pouvoirs est
à l'ordre du jour. Un euphémisme qui cache mal un objectif
précis. En clair, par pouvoir, il faut comprendre celui
du Roi, même si l'on fait un détour par une demande de renforcement
de la primature. Cette réforme mobilise le landernau politique
qui la revendique à demi-mot ou à cor et à cris;
d'aucuns en ont même fait leur cheval de bataille. Pour faire court,
disons qu'ils veulent confiner le Roi dans ses palais et à un rôle
de représentation symbolique.

SM Mohammed VI avec une petite écolière: espoir en lavenir.
Ça tombe mal, à plusieurs degrés de lecture. Car,
par-delà quelques apparences trompeuses, SM Mohammed VI n'est pas
un Roi de palais, ni un Roi de chrysanthèmes. C'est un Roi de terrain
et un Roi d'action. Les palais, devenus lieux de travail ou de cérémonies
officielles, il n'y habite même pas.
Si les journaux télévisés ouvrent, souvent, sur les
activités royales, c'est que ces activités existent.
SM Mohammed VI en a fait son lot quotidien, comme si à chaque jour
suffisait sa peine royale. Gouverner ou pas gouverner, la question nest
pas là. La vérité vraie, cest quil sagit
dun Roi qui aime le travail; qui va à la rencontre des préoccupations
collectives, là où elles existent, sur tous les fronts d'intérêt
général.
Son rayon d'action, c'est tout le pays, qu'il silonne en long et en large,
à longueur d'année. Sa cadence de déplacement à
travers le territoire national est impressionnante. Pour peu que, de son
côté, le Premier ministre en fasse de même -ce qui
est manifestement le cas de Driss Jettou- et on se surprend à dire
que veut le peuple?. Il veut, paraît-il, un Premier
ministre issu d'une majorité élue, rétorque-t-on.
Cela n'a pas été possible en 2002 pour cause de dispute
istiqlalo-socialiste, mais il l'aura en 2007, promesse royale. Quant aux
mutations économiques et sociales que connaît le Maroc, SM
Mohammed VI n'entend pas seulement en être l'artisan lointain, mais
la partie prenante active et dynamisante.
Dans ce même débat aux relents scolastiques sur la délimitation
du pouvoir du Roi, on met en avant des modèles monarchiques d'outre-mer,
espagnol, belge, hollandais, scandinave ou, bien évidemment, britannique.
Comparaison n'est pas raison, mais admettons. Avons-nous les moyens de
ces modèles, en termes de personnel politique et de structures
partisanes, y compris pour le choix des hommes qu'il faut là où
il faut? Rien n'est moins sûr; du moins actuellement, si tant est
que les partis ne sont plus combattus, comme par le passé, mais
encouragés et financés par les deniers publics.
Ceci dit, le nud gordien de toute séparation des pouvoirs
reste le pari, obligatoirement gagnant, sur une justice réellement
indépendante en toutes circonstances.
Il fut un temps où la conduite de la chose publique subissait l'emprise
du politique. Tout, ou presque tout, était pesé et soupesé
à l'aune de considérations hautement politiciennes. On peut
même dire, sans exagération, qu'on a vécu sous le
règne du politique de l'indépendance à 1999. Avec
SM Mohammed VI, il y a eu renversement de la tendance. Primat économique
et priorité au social. Ce n'est plus à l'intendance de suivre;
elle est ficelée à l'avance; avant le premier coup de pioche.
Du coup, le Maroc n'est plus le premier pays producteur de projets jamais
entamés, ou, au mieux, non finis. Qu'il soit grand ou petit, tout
projet est désormais précédé d'un plan de
financement et d'un échéancier de réalisation. Le
Souverain n'y va pas que pour l'inauguration. Il y fait des visites impromptues
pour se rendre compte, de visu, de l'état d'avancement; ou bien
il s'en enquiert à distance, lors d'un déplacement dans
la région concernée. C'est le cas de l'extension du port
de Tanger, de l'aménagement de la vallée du Bouregreg, comme
cela peut être le cas d'un petit barrage de terre pleine ou d'un
tronçon d'autoroute.
Bien que les temps soient durs et malgré une concurrence économique
féroce, agrémentée d'une facture pétrolière
pénalisante, SM Mohammed VI a fait du Maroc un grand chantier à
ciel ouvert. La disponibilité des investisseurs, particulièrement
étrangères, n'a d'égale que leur confiance dans un
pays qui rassure à tous égards. La primauté de l'économie
a également rompu avec l'exclusivité dont bénéficiait
la façade atlantique. Fini le temps dichotomique du Maroc utile
et Maroc inutile. Les régions longtemps excentrées et enclavées
sont embarquées dans l'effort de développement global. Et
quand il faut que SM Mohammed VI paye de sa personne, par sa présence
effective, il y va. Pas seulement les villes impériales, mais les
coins les plus reculés deviennent, l'espace d'une visite ou d'un
séjour royal, les capitales du Royaume.
Les disparités régionales trouvent leur corollaire dans
la fracture sociale. Autre fléau défigurant, autre engagement
sans ménagement. La lutte contre la pauvreté et l'exclusion
sociale, SM Mohammed VI en a fait une priorité nationale. Là
aussi, il y va avec la ferme conviction de pouvoir alléger le poids
de la misère, en attendant de bien meilleures conditions de vie.
Dans la foulée de cette implication personnelle, le Souverain a
entraîné avec lui les ONG les plus représentatives
de la société civile marocaine. Une mobilisation à
la fois suscitée et spontanée, mais toujours sincère,
qui a permis l'émergence d'une autre forme de militance, sociale
et totalement désintéressée celle-là.
Les plus démunis, ces damnés de la terre des
temps modernes, ne se sentent plus livrés à eux-mêmes.
Ils sont un sujet permanent de sollicitude royale. Les attentats du 16
mai 2003, à Casablanca, ont mis à nu toute la face hideuse
de la détresse humaine sous nos fenêtres. Un terreau béni
pour les sergents recruteurs de l'obscurantisme. Depuis, un vaste programme
de villes sans bidonvilles a été lancé
par SM Mohammed VI avec l'adhésion, certes intéressée,
mais néanmoins louable, de promoteurs nationaux. Un toit, un travail,
pour une place au soleil, sous le beau ciel marocain, tel pourrait être
l'emblème d'un règne qui boucle son tout premier septennat.
Au-delà d'un actif satisfaisant, la voie est balisée, de
sérieux gages d'avenir sont donnés. L'espoir est permis.
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